sport

Emiliano Sala, parmi les nuages

[Hommage, par Adrien Chupin]

Le choc est brutal. Lui était brut. Brut dans son jeu, souvent dépourvu de finesse, apparemment maladroit, mais d’une efficacité redoutable. Brut dans sa vie, sincère et transparent, sans fioriture. Humain parmi les hommes, un de ceux qui se font rares.

Emiliano Sala (source afp.)

Par le simple contact de son pied droit sur un ballon, le voir transmettre la totalité de l’énergie qui l’habite. Puis le voir en trouver encore pour exulter, poings serrés, bouche grande ouverte. Puis exulter avec lui, lui rendre son cri. Scander une fois de plus ces deux syllabes, dans un dialogue sommaire mais extatique avec le speaker. Voilà ce qui depuis quelques jours, tourne en boucle dans les esprits des habitués de la Beaujoire.

Sa carrière est une lente ascension. En écumant les clubs hexagonaux d’Ouest en Ouest (Orléans, Niort, Bordeaux, Caen puis Nantes), il quitte petit à petit les tréfonds du football français, les stades vides et les matchs du vendredi, jusqu’à titiller Kylian Mbappé en tête du classement des buteurs. Au sommet de la réussite, parmi les nuages, Emiliano Sala a disparu. Il n’avait certainement pas fini de s’élever, peut-être aurait-il pointé son nez au-delà du ciel, se serait-il rapproché de l’équipe argentine et de ses galactiques, aurait-il fait trembler le plus prestigieux des championnats et fait concurrence à son homonyme. Mais l’ascension a pris fin, sa trace s’est évaporée.

A Nantes, la consécration

Transféré par le rival bordelais à l’été 2015, Sala débarque à Nantes en terrain sinon hostile, du moins sceptique quant à sa capacité à être le successeur du regretté Djordjevic. Sa réputation le précède, mais on lui reconnaît le mérite d’en vouloir, de se battre. Timide sur les premiers mois, il finit par trouver sa place. Dès sa deuxième saison il empile les buts, rapportant nombre de points aux jaunes et verts. Et alors que les entraîneurs se succèdent, son statut de titulaire n’est jamais discuté. Il prouve à la Ligue 1, match après match, qu’un football moins académique peut avoir sa place, que les lacunes techniques sont compensables. Par de la générosité, de l’abnégation, de la passion, tout simplement. Pilier du collectif, tant sportivement qu’humainement, son départ était déjà une tragédie pour le FC Nantes et ses supporters. Elle n’était rien, comparée à celle qui s’est tenue le lundi 21 janvier.

A Nantes et ailleurs, le football a pris une pause. S’arrêter, comprendre, espérer, puis accepter. Et enfin rendre hommage.

 

 

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