Ad Astra : Odyssée spatiale aussi renversante qu’ennuyante

Florentin GROH | Nous sommes donc bien seuls dans l’univers. C’est le triste constat du nouveau James Gray, film spatial mélancolique aux allures d’une odyssée kubrickienne, présenté à la Mostra de Venise cette année. Brad Pitt, en astronaute maniaco-dépressif dans une société post-2050, entreprend de retrouver son père (interprété par Tommy Lee Jones), disparu il y a plus de 16 ans au niveau de Neptune et menant une expédition ayant pour but de découvrir si, une bonne fois pour toutes, une vie intelligente extraterrestre est possible. 

Artistiquement, Ad Astra est un film majeur, autant dans le genre de la science-fiction que dans le paysage cinématographique depuis le début de cette décennie. En témoigne une scène d’ouverture mémorable, détrônant le Gravity de Alfonsò Cuaron dans la mise en scène de la chute et le malaise spectatoriel qu’elle suscite. Il va s’avouer, d’ailleurs, plus réaliste que ce dernier pourtant moins scientifique et prétentieux sur la description de son environnement que le Interstellar de Christopher Nolan. La photographie signée Hoyte Van Hoytema (à qui l’on doit la photographie de Her, Spectre, Dunkerke, ou un certain… Interstellar) sublime le décor cadre et y insuffle un élan de tristesse et de froideur, accentuant le vertige artistique suscité par la mise en scène. Avec une précision anthropologique, Gray dépeint un futur dystopique pas si fictionnel, se rapprochant ainsi de la vision de Stanley Kubrick dans 2001, l’Odyssée de l’espace ; mais le met en scène avec une vision poétique et mélancolique, prenant le contre pied d’une simple description froide des événements et apportant une vision critique sur les ambitions humaines de contrôle, d’exploitation, et de politique interventionniste. Car ce film reste avant tout un film humaniste, renvoyant constamment à la futilité de la condition humaine. L’usage des gros plans, caméra à l’épaules, insuffle un rythme haletant créant ainsi une atmosphère étouffante qui permet au réalisateur de saisir un contraste violent entre le nombrilisme humain et le vide spatial. Le vide est montré de façon tellement sidérante que l’on éprouve un vertige saisissant aux images des reconstitutions de base lunaire ou autre vol stationnaire. Mais ces détails ne sont pas de simples ornementations ; empreint d’un symbolisme fort, le vide spatial renvoie à la difficile condition humaine de solitude et d’insignifiance, amplifiant le discours idéologique de James Gray et servant de base à la magnifique B.O de Max Ritcher, habitué des épopées lyriques contemporaines. 

Car bien qu’éloigné du genre de ces précédents longs-métrages (Two Lovers, La nuit nous appartient, ou encore  Little Odessa), le réalisateur continue de sonder l’âme humaine et le rapport d’un individu à son environnement. Ici, ces habituels questionnements prennent une tournure philosophique plus introspective mais non moins universaliste avec cette terrible question : sommes-nous seuls dans l’univers ? Non seulement James Gray prend le parti pris inverse d’une majorité de productions de films SF actuelles en affirmant, avec une phrase aussi simple que fataliste, dans une des plus belles scènes du film, que nous sommes bien seuls ; mais il s’en sert également pour apporter une réponse aux voyages initiatiques de ces précédents films, argumentant alors sur la nécessité de se ressourcer via une introspection et une considération plus importante de son environnement. Finalement, avec ces vides immenses, son intrigue mélo-dramatico-dépressive, et ses questionnements existentiels, James Gray offre une réponse à son propre questionnement intérieur : sommes-nous seuls ? Teinté d’une critique nombriliste de l’humanité (d’où l’omniprésence de la religion et de la mort), Ad Astra est le film ultime de James Gray, celui qui lui permet d’exorciser cet état mélancolique qui emplissait sa filmographie. 

Mais à part ce sous-sens idéologique et son importance artistique, Ad Astra passe très loin du statut de film majeur du cinéma. Avec une construction narrative pompeuse, un usage de la voix-off intempestif et ornementatif, et une tendance pour le mélo-drame, Ad Astra souffre de longueurs évitables (même s’il ne dure que 2h03) paradoxalement (alors que c’était là l’objet de la prise de conscience psychologique) devient un pur film d’auteur nombriliste où tout repose sur le pathos (l’usage insupportable des gros plans suggérant une pseudo-intimité avec Brad Pitt) que ça en devient ridicule.

Ad Astra avait tout pour être un chef d’œuvre, mais se rate et devient un objet hybride à regarder pour sa fulgurance artistique, mais à oublier une semaine après.

Ad Astra, réalisé par James Gray, sorti le 18 septembre 2019 au cinéma

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