Le désenchantement africain : l’œuvre des études postcoloniales ?

Albien Gakegni | Un phénomène social marque l’histoire mondiale depuis plus d’un siècle. C’est la sécularisation. Elle consiste en la disparition du pouvoir de la croyance au profit de la science. On parle alors de « désenchantement du monde ». Une expression née en 1914, d’un constat fait par le sociologue allemand Max Weber, selon lequel il y a désormais un recul des croyances religieuses et magiques au profit des explications scientifiques. Mais quel rapport avec l’Afrique ? En quoi consisterait le désenchantement africain ?

Au lendemain des indépendances le terme « désenchantement » sera récupéré par les écrivains africains de l’époque postcoloniale, pour évoquer la souffrance du peuple sous les régimes dictatoriaux des années 60. La littérature sera présentée dès lors comme l’expression même du désenchantement ; c’est-à-dire de la désillusion sociale par rapport aux attentes des peuples à l’égard de nouveaux dirigeants. Critiques et murmures, expressions diverses de cette grande déception, vont véritablement nourrir l’écriture de cette difficile période.

Si l’on considère de près la définition de Max weber, force est de constater à notre tour que l’abandon des traditions ancestrales africaines au profit du modernisme occidental, constitue de fait le véritable sens du « désenchantement africain ». Car, si le recul de la spiritualité et l’attribution de la paternité du savoir à la science constituent d’importants mouvements qui ont bouleversé le cours de l’humanité et provoqué ainsi le désenchantement du monde, l’instauration de la culture du doute et de la spéculation dans l’espace traditionnel africain fortement marqué par une entière croyance au surnaturel, est l’expression même du désenchantement de cette population. Pour dire que le désenchantement des peuples d’Afrique n’est nullement leur cri de souffrance face à certaines violences qui ne sont d’ailleurs que la continuité de la politique impériale, mais plutôt l’acculturation face à laquelle la résistance de ces peuples n’a su tenir jusqu’au bout. Mais, la tâche de l’écrivain africain consisterait-elle finalement à réconcilier les peuples d’Afrique avec ses traditions et à rejeter la modernité ? Si le travail de l’écrivain africain ne doit plus être centralisé uniquement sur les politiques internes, comment devrait-il se situer face à la politique d’aliénation qui représente de nouveau un défi pour son peuple ?

De telles interrogations ne sauraient être de trop. En effet, lorsqu’on reconsidère la théorie du désenchantement dans la littérature africaine, on s’aperçoit tout de suite qu’il existe un rapport entre sa définition telle qu’enseignée en Afrique, et l’arrivée au pouvoir des premiers dirigeants africains. Des gouvernants à la fois choisis et enviés par les « démocraties libérales occidentales » qui posséderaient l’art redoutable et parfait de la gestion des affaires publiques. Et à ce stade on peut considérer la perception du désenchantement telle qu’évoquée dans la littérature africaine, comme un détournement de sens au profit des puissances coloniales à l’instar de l’Empire français. Une hypothèse qui peut tout à fait modifier le regard de cette littérature sur le continent. Dans la mesure où l’on pourrait croire à une sorte de manipulation au nom des institutions chargées de reconnaître et de valoriser les œuvres littéraires. Et si l’on se trompe au niveau du mobile de cet acte subjectif, l’idée d’un « beau mensonge » demeurera néanmoins au centre de cette conclusion. Voilà à peu près à quoi devrait ressembler la découverte et la nouvelle trajectoire pour les études postcoloniales francophones, ou du moins la problématique sur laquelle elles devraient fonder désormais leurs théories. Refuser l’enseignement qui emprisonne tout un peuple dans une idéologie fondée sur l’aveuglement et la soumission, est par principe une lutte pour mettre un terme au système de domination. 

Extrait de l’essai Le double du monde d’Albien Gakegni (à paraître)

1 commentaire

  1. Quand les religions se pervertissent par l
    Argent ou d.autres vices qu.en reste t.il pour pour soulager les cœurs des pauvres ici ou en afrique quand l.ypocrisie a remplacé l.esperance de peuples en besoin de repères sur la terre de leurs ancêtres devenue un gâteau partagé par des multinationales avides

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