Chronique Internationale #2 – Le funeste anniversaire de la guerre civile en Ethiopie

Sophie Jacquier | Le 2 novembre 2021, après presque un an de guerre civile, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré l’état d’urgence. Exécutions, famines et migrations forcées : zoom sur un conflit meurtrier peu présent dans les médias. 

  • Le déroulement du conflit

Deux camps s’opposent : d’une part, les rebelles du Front de Libération du Peuple du Tigré (FLPT), région située dans le nord du pays, et d’autre part, le pouvoir central d’Addis-Abeba, la capitale. Le conflit dure depuis maintenant un an, et après une victoire du FLPT dans le nord du pays, le gouvernement a invité ses citoyens à prendre les armes et à se préparer à défendre la capitale.

  • Abiy Ahmed, le Premier ministre au Prix Nobel

Le Premier ministre, élu en 2018 à la tête du gouvernement, représentait une lueur d’espoir pour l’Ethiopie. En effet, au début de l’exercice de ses fonctions, il a ordonné la libération de milliers de prisonniers politiques et a participé à la résolution de conflits à l’étranger. De plus, en 2019, il obtint le Prix Nobel de la Paix, pour ses actions pacifiques avec l’Erythrée, pays voisin de l’Ethiopie, mettant ainsi fin à un conflit vieux de plus de trente ans. 

Hélas, depuis maintenant un an, ce Premier ministre s’est transformé en véritable chef de guerre.

  • Un conflit mis sous silence

Depuis le début du conflit, presque aucun bilan ou estimation n’ont pu être réalisés, puisque la population, y compris les journalistes, est coupée de toute communication. Toutefois, certaines informations ont été dévoilées, et selon Daniel Bekele, commissaire de l’EHRC, (Equality and Human Rights Commission), « les violations des droits de l’homme [au Tigré] sont équivalentes à des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ». Des membres d’Organisations Non Gouvernementales, notamment Médecins Sans Frontières, ont été exécutés1, poussant les acteurs internationaux à se retirer du conflit par mesure de sécurité. 

  • Une guerre civile qui a des conséquences sur les relations internationales 

Après maintenant un an d’éxécutions, de torture, de déplacements forcés et de violences sexuelles, les tensions montent entre l’Ethiopie et ses nombreux partenaires internationaux. Joe Biden, président des Etats-Unis, a menacé d’imposer des sanctions si le conflit se perpétue. Cela pourrait notamment avoir un impact direct sur l’exonération des droits de douanes accordés à l’Ethiopie. 

  • Des conséquences dramatiques pour la population civile

Selon l’Organisation des Nations Unies, plus de 400 000 personnes sont désormais en situation de  « sévère malnutrition ». Les populations sont privées des nombreuses aides humanitaires, ces dernières étant bloquées par le gouvernement.  Un état constant d’insécurité règne maintenant  dans le pays, et depuis la déclaration de l’état d’urgence, un couvre-feu a été instauré et des arrestations sans mandat sont autorisées. 

Crédits : Karel Prinsloo

Le secrétaire général de l’ONU,  António Guterres, affirme avoir instauré un dialogue avec le Premier ministre éthiopien le 10 novembre dernier.

Notes complémentaires

  1.  La branche espagnole de MSF a annoncé en juin la mort de trois membres lors d’une attaque dans la région du Tigré (Le Monde).

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