Joker : Quand un rire dépeint un personnage

Delia Arrunategui / @arrunategui22 | Le rire, ce phénomène d’empathie et de légèreté assez fondamental, devient dans le film Joker un des composants clé pour entrer dans la peau du personnage central. Comme le dit un vieux proverbe : « les yeux sont le miroir de l’âme », car ils sont censés refléter nos émotions et nos sentiments. Nous pouvons attribuer au rire la même particularité, même si certaines fois il peut être involontaire, nerveux ou même pathologique ; il reste le moyen non-verbal le plus direct pour montrer et transmettre nos ressentis. 

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Festival Art Immersif – Atelier des Lumières

Fanny Larade | Lorsqu’en 2013 Bruno Monnier, Président de Culturespaces, décida de remettre au goût du jour l’ancienne fonderie de la rue Saint Maur (11ème arrondissement) ce fut en quelque sorte un nouveau défi qui vint s’offrir à lui : celui d’y ouvrir le premier centre d’art numérique de Paris après l’ouverture des Carrières des Lumières (2012). Pari réussi puisque cinq ans plus tard, le projet finit par aboutir. Il s’avérera être un vrai succès avec une exposition permettant une expérience d’immersion au spectateur autour d’une rétrospective des œuvres de Gustav Klimt

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Ara Malikian, parmi l’Olympe

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Par Adrien Chupin

Si l’Olympia avait été le point culminant de la Grèce, le mont des dieux antiques, Ara Malikian et son violon auraient immanquablement eu leur place au panthéon. Le 13 octobre dernier, l’artiste a été adoubé par la mythique salle parisienne, grâce à sa délicieuse performance, passerelle entre le sublime et l’universel.

C’est le pianiste qui a l’honneur du premier projecteur. L’incroyable technicité mise à l’œuvre, la démonstration d’habileté, est dès lors le présage du concert de haute voltige qui va suivre. Puis le reste de la scène s’illumine et l’ensemble de la formation se dévoile au public à l’ouïe furtive. Ils sont 8 au plateau, mais très vite, les regards et les oreilles se focalisent sur la vedette du soir à la chevelure divine, celui dont le nom brille de rouge pour une nuit en lettres capitales sur le boulevard des Capucines : Ara Malikian et son violon ensorceleur.

Des sons insoupçonnés jaillissent des cordes, l’artiste et l’instrument font corps. Le premier solo, déjà, est magistral. Jouer du violon à genoux, en sautant, les yeux fermés, en tourbillonnant jusqu’à l’évanouissement, tout est possible tant la maîtrise est totale.

Ecouter Royal garage, son dernier album, c’est parcourir le grand écart proposé par ce personnage atypique : depuis sa découverte de la musique avec son père dans son garage souterrain au Liban, alors qu’à l’extérieur la guerre s’acharne à l’irraison, jusqu’à tenir entre ses mains le premier violon de l’Orchestre Symphonique Royal de Madrid. C’est en découvrant la tortuosité de son parcours que l’on comprend la variété de son répertoire. Arménien né au Liban, parti seul étudier son art en Allemagne puis à Londres, sa musique respire la culture tzigane, sent l’Amérique latine ou donne à voir l’Orient. Ara Malikian est un homme-monde, s’exprimant dans un français parfait.

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Le virtuose a taillé sa tenue orchestrale aux épaules et pailleté son dos pour se faire showman. Entre les morceaux, il est conteur de sa propre vie. Sa rencontre insolite avec Björk, sa carrière de castor au sein d’un groupe norvégien, sa courte expérience de musicien juif, les anecdotes sont croustillantes, de véritables pièces du spectacle ! Puis au détour d’une intervention hilarante, c’est une mélodie de Led Zeppelin qui s’invite dans son archet. Au tournant suivant, Alien’s office, pièce maîtresse du concert, symbolise son parcours d’étranger, d’extra-terrestre, mis en regard avec celui de millions de réfugiés qui souffrent de leur extranéité. Des mélodies orientales connues de tous investissent l’Olympia, avant qu’Ara Malikian ne parcourt les travées de la salle au son de la BO du film In the mood for love

A sa sortie de scène on voudrait suivre la troupe, vivre de musique, de fête, de rire, de voyage, simplement.

Gemini Man, un blockbuster qui oscille entre grand-spectacle et fiction intimiste

Florentin GROH | Qui n’a jamais eu le fantasme de revoir Mr Will Smith version Prince de Bel Air, qui, même si nous n’étions pas nés, a bercé notre adolescence et même peut-être fait découvrir ce dernier ? Et bien, XXIème siècle merci, c’est aujourd’hui chose faite avec le dernier Ang Lee : Gemini Man. Après l’échec (incompréhensible tant il s’agit d’un film merveilleux) de Un Jour Dans La Vie de Billy Lyn, le réalisateur éclectique de Tigre et Dragon et Brokeback Mountain revient avec un actionner qui sent bon les années 90, nostalgie quand tu nous tiens.

Et si vous êtes persuadé qu’il n’y a rien d’autre à en tirer qu’un blockbuster décérébré avec une des stars les plus mythiques du cinéma américain, alors arrêtez-vous là, car vous risqueriez de passer au-delà d’un message et d’une intention de réalisation pour le moins étonnante et flirtant avec l’ambition. Mais pourquoi pas dire tout simplement ambitieuse ? Car non, il ne s’agit pas d’une tournure de phrase douteuse pour asseoir un ascendant savant avec un quelconque objectif justifiant l’arrogance, mais bel est bien d’un simple constat : Gemini Man est un pur film d’action. Mais il ne s’agit pas ici d’une négation ou d’une dévalorisation du film, simplement un ressenti que Ang Lee instaure dès le début comme clé de compréhension du film. Avec son allure (à peine voilée) façon Terminator aux plus belles heures du cinéma cameronien (en terme cinéma de « genre bis », n’excluons tout de même pas Titanic et Avatar), et ses clichés inévitables (le bon samaritain, la jeune femme en détresse, le jeune tête brûlée, le comique de la bande), Gemini Man est un divertissement comme on n’en fait plus aujourd’hui : il existe pour lui-même et c’est ce qui le rend terriblement efficace.

Reprenant le prototype même du style de réalisation 4K 3D 120 fps qu’il avait expérimenté dans Billy Lyn, Ang Lee pousse l’usage du numérique encore plus loin au service de scènes d’actions novatrices par une fluidité du mouvement de caméra et l’apport frontal des scènes de combat (dû certainement à l’usage de plans séquences notamment lors de la première rencontre entre Will Smith et son double), mais retombe malheureusement dans le cliché du bourrage d’effets visuels essayant d’être impressionnants mais qui, à la longue, nous explosent la rétine et nous filent un mal de crâne ahurissant (ce qui est dommage, en témoigne la déjà citée scène de rencontre, cinématographiquement impressionnante), nous laissant avec un arrière-goût amer de tromperie contre la promesse qualitative du spectacle. Profitons-en pour saluer le travail des équipes numériques pour le rajeunissement de Will Smith qui, à de rares exceptions près, reste bluffante.

Mais, si le film est intéressant, c’est bel et bien pour les symboles qu’il dégage. Symbole d’abord d’un retournement de la mythologie (au sens Barthien du terme) d’un acteur, le poussant à admettre sa vieillesse (une star, par définition, dans l’acception populaire, est immortelle) et son dépassement au profit d’un regard en arrière et d’une jeunesse perdue, offrant à Will Smith une double confrontation intéressante renvoyant à une réalité brute que peu de réalisateurs oseraient envisager dans ce genre de production. Symbole ensuite métaphorique de la confrontation du double, quasi shakespearien, entre Will Smith, sa copie, et le père de ce dernier, accentuant le message de fable philosophique d’émancipation et de regret. Symbole également d’un renversement des codes du genre, avec une écriture intimiste si chère au réalisateur qui lui permet de sonder l’âme humaine (par l’importance donnée à l’expression et aux dialogues, qu’ils soient intérieurs ou non, par rapport aux scènes d’actions) et de détruire l’image du héros eastwoodien à la Gran Torino au profit de l’expression explicite d’un mal-être social signe d’une inadéquation de la place du personnage dans le monde. Symbole enfin d’un message sociétal doublé d’une critique politique, là aussi chère à Ang Lee, et une métaphore clairement pacifiste avec la figure du soldat déshumanisé (d’où l’usage répété des vues à la première personne façon Call of Duty) et laissé pour compte, déjà thème central de Billy Lyn

Sous ses apparences de super-production, où le spectaculaire prime sur la qualité, Ang Lee offre une vision complexe et profonde par une richesse narrative qui détonne (pour le genre mais certainement pas dans la filmographie du réalisateur, on le répète allez voir Un Jour Dans La Vie de Billy Lyn), et permet à Will Smith de se remettre d’aplomb avec une jolie performance qui, ironiquement, lui donne une seconde jeunesse !

Crédit photo : Copyright 2019 PARAMOUNT PICTURES / Ben Rosenstein

Lawfare : le cas Mélenchon, l’argumentaire sous forme documentaire de Sophia Chikirou

Quentin DIDIER | Sophia Chikirou, conseillère en communication de Jean-Luc Mélenchon pour sa campagne en 2017, ne cache en aucun cas l’important degré de subjectivité de sa première réalisation : un documentaire sur les événements qui se sont déroulés il y a un an jour pour jour contre le parti de La France Insoumise. Elle même impliquée dans les enquêtes concernant des soupçons d’emplois fictifs et de financement illégal de la campagne présidentielle, la fondatrice de Médiascop explique que le premier parti d’opposition de gauche a été victime d’un « Lawfare ».

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Art abstrait et Abstraction littéraire

Albien GAKEGNI (Extrait de Le double du monde, essai) | On attribue généralement la paternité de l’art abstrait à Kandinsky. En effet, grâce à ses multiples voyages en occident, surtout à Paris, il sera marqué par différentes formes d’art, notamment par celle de Monet. Impressionné très vite par l’incroyable magie des couleurs, il les considérera comme l’origine des émotions de l’homme. Le traité des couleurs de Goethe dont il s’inspirera, l’amènera à outrepasser la simple dimension artistique pour atteindre ce qu’il appellera « le spirituel dans l’art ». C’est donc avec la peinture de l’arc noir en 1912 qu’il montrera son intérêt pour l’effervescence de l’âme au détriment de la réalité physique. Ce qui va marquer entre autres ses débuts dans l’art abstrait.  

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