Le Powerlifting : un sport émergent dominé par les hommes masculinistes ?

Eléa MUNCH | Alors qu’il est souvent confondu ou comparé à l’haltérophilie, le powerlifting n’a lui, pas encore la chance d’être considéré comme un sport olympique.

Plus communément appelée « Force Athlétique » en français, cette discipline émergente s’est aujourd’hui développée sous une toute nouvelle approche technique et est classée comme un sport de force. Le powerlifting se constitue de trois mouvements à réaliser : le Squat, le Développé Couché et le Soulevé de Terre. Malgré qu’elle n’ait été reconnue tel un sport de haut niveau par le secrétaire d’Etat du sport qu’en 2005, la force athlétique est née il y a plus longtemps qu’on ne le pense. En effet, d’après Jeffery A. Jones, cette discipline puise ses racines de la Grèce Antique, où des épreuves de soulevé de pierres étaient organisées comme moyen pour les hommes de prouver leur virilité.

La séparation avec l’haltérophilie s’est marquée dans les années soixante-dix tandis que les premières compétitions internationales de powerlifting ont eu lieu et que l’haltérophilie était centrée sur des mouvements déjà olympiques à l’époque : l’arraché et l’épaulé-jeté. C’est alors en 1972 que la Fédération Internationale de Force Athlétique (IPF) fut créée. Toutefois, la Fédération Française de Force ne fut créée qu’en 2015, mais compte tout de même plus de 11 000 licencié.e.s à ce jour. Alors pourquoi pouvons-nous penser que le powerlifting est un sport majoritairement composé d’hommes masculinistes prêts à tout pour soulever le plus lourd possible et asservir leur virilité ?

Le powerlifting découle naturellement de la musculation, une activité physique qui nécessite rigueur et discipline et où les résultats ne sont que les fruits d’un dur travail acharné sur plusieurs mois voire années ; ceci colle plus ou moins avec les idées véhiculées par la droite et l’extrême-droite au profit du culte du corps et de l’esthétisme. Il est donc logique de retrouver dans les salles de sport des profils en accord avec ce type de valeurs. Le documentaire de France TV « Mascus, les hommes qui détestent les femmes » réalisé par Pierre Gault en 2024 confronte plusieurs coachs sportifs qui adhèrent à ce phénomène.

Sur les réseaux sociaux, ces personnes se démarquent le plus souvent grâce aux émojis qu’ils choisissent d’ajouter dans leurs noms d’utilisateur. En effet, les hommes ayant les émojis du drapeau français et de la fleur de lys prônent souvent ce qu’on appelle la masculinité toxique et ne jurent que par le dépassement physique de soi. La volonté de repousser ses limites n’est pas forcément mauvaise, au contraire, c’est nécessaire si l’on veut évoluer dans n’importe quel domaine ; or dans ce sport, certains ont tendance à confondre discipline et toxicité. Selon certains discours, rater un entraînement, même en cas de fatigue ou de grippe, est un signe de faiblesse.  En effet, le lien entre la fleur de lys et l’extrême droite a été renforcé par l’Action Française et d’autres organisations royalistes telles que la Restauration Nationale, Nouvelle Action royaliste et l’Alliance royale. D’après un article – dont le nom de l’auteur.e n’est pas spécifié.é – sur IndexTrême, plusieurs groupes radicaux et violents revendiquent le symbole de la fleur de lys comme porteur d’idées racistes, homophobes, antisémites… Certains revêtent même leur logo par la fleur de lys.

A sa création distincte, la force athlétique ne présentait aucune catégorie spécifique pour les femmes lors de compétitions car elle était principalement pratiquée par des hommes. Ce n’est que plus tard que des catégories créées spécialement pour les femmes apparurent, penchant alors vers une évolution pour une participation plus inclusive du sport. Aujourd’hui, il existe dix catégories de poids pour les femmes et dix autres pour l’âge. Grâce à cette diversification, on retrouve désormais autant de femmes que d’hommes en compétion, capables de réaliser des prouesses folles qu’on ne nous aurait jamais cru capables encore le siècle dernier. Aujourd’hui en France, de nombreuses athlètes féminines sont devenues championnes du monde en force athlétique, telles que Lya Bavoil ou Tiffany Chapon.

L’image du powerlifting a cependant (et heureusement !) évolué au cours du temps ; s’il était question il y a trente ans de se mettre des gifles avant de s’avancer vers sa barre pour s’encourager et se gonfler l’égo, on retrouve maintenant des personnes pour qui passer sous une barre permet de repousser ses propres limites et d’obtenir une tranquillité d’esprit qu’une vie sans activité physique ne pourrait leur apporter. Alors non, le powerlifting n’est pas (plus) un sport dominé par les hommes, et encore moins des hommes  masculinistes.

Je dois avouer qu’en tant que femme lesbienne, j’ai moi-même du mal à trouver ma place dans ce monde-là, qui reste, selon moi, une sphere très hétérosexuelle. Heureusement, j’ai vite découvert qu’il s’agissait en grande partie d’idées véhiculées et que les powerlifteur.euses ne partageaient pas tous.tes cette mentalité. J’ai la chance d’avoir rencontré deux incroyables amies, qui savent me pousser et se pousser elles-mêmes, sans pour autant tomber dans un cercle toxique qui reviendrait à se traiter de nul.les en cas d’échecs. J’ai également un coach, sans qui je n’aurais jamais été aussi épanouie dans ce sport et grâce à qui je deviens meilleure chaque jour.

1 commentaire

  1. Le monde sait aussi évoluer dans le bon sens, dans ce domaine comme dans tant d’autres.

    Merci pour cet article intéressant.

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