NOVEMBRE – Julie Favarel #1

Je connais un jardin, je le visualise beaucoup, parce que je n’y suis pas retournée dernièrement. Il est très grand, très vallonné, « en avalanche » comme le dit quelqu’un que je connais. En fait c’est surtout ma petite soeur qui l’appelle comme ça. Parce que quand le vent souffle fort pour faire coucher les joncs, on dirait qu’ils dévalent la grande pente. C’est un décor que je connais surtout les jours de soleil. Peut-être que d’un temps qui engloutit cet endroit spécial, il me reste des images de pluie. Mais ce qui demeure de ces occasions est au contraire bien particulier. Bien plus une odeur de chaud, quand l’eau bat le long des verrières. Et puis le bruit sourd et incessant du ciel qui se déverse sur la maison.

« C’est quand même inadmissible. Je vois pas comment on peut supporter ça. »

C’est comme un rêve que je fais, mais le processus a l’air inversé, parce que je viens de me réveiller ici, sur un banc contre un mur froid et dans ce qui ressemble à un interface, ou plutôt un dispositif carrelé. Je repère très vite ce à quoi cela ressemble. C’est comme une page d’accueil, ou une page d’attente. Et je ne suis pas seule. Il y a de la vie qui se propage et remue autour moi et puis je repère que personne n’est vraiment humain. Pas totalement monstre non plus. C’est très agité, on voit surtout de grands mouvements de circulation. C’est comme un manège, mais réglé sur un autre dispositif que l’amusement ; et je crois comprendre que j’attends mon tour. Il y a quelqu’un que je ne vois pas derrière un guichet qui appelle des numéros. Je n’ai pas de ticket. J’imagine qu’il faut en chercher un quelque part mais je n’y arrive pas. Le cabinet est à la fois vide et envahi de textures qui ne font que défiler. Ils se succèdent et se mettent en file pour accéder à l’espace d’accueil. Le monde entier passe devant moi.

Il y a le grésillement de paroles que je ne comprends pas. Il faut que je parvienne à me frayer un chemin, alors je me jette derrière la dernière personne de la file, ce que je ne reconnais que plus tard, en suivant la trajectoire de bas en haut avec mes yeux, comme la matière de ce qui est tout à fait autre qu’humain. J’ai l’impression que je vais tomber en arrière, c’est comme si le sol possédait un pouvoir d’attraction sur mon dos qui se courbe de plus en plus dans l’autre sens, et mes petits pieds qui s’efforcent à me maintenir en équilibre. Le haut de mes épaules finissent par rencontrer quelque chose que je perçois comme une présence floue, indolente, qui ne fait rien que permettre à l’arrière de mon crâne de s’enfoncer de quelques millimètres à l’intérieur. Elle n’a pas bougé et n’a pas émis de son. Je bascule dans l’autre sens, raide.

Quand le bourdonnement s’arrête je peux entendre des paroles.

« Ce serait comme de l’indécence en fait. Non mais c’est vrai, c’est indécent ce genre de chose, non ? C’est un putain de numéro que j’ai pas au bout des doigts, et on veut me les couper. En fait le pire là dedans c’est que je me rends compte que j’ai pas la main dessus. Et.. (excusez moi, oui, je me calme) Et en fait, c’est comme si t’habitais dans une machine. Et moi je suis pas une machine moi, enfin j’habite pas dans la machine et je suis pas un écrous. Je suis pas un écrous… ou un boulon, hein, on s’entend c’est une image. »

Et puis ce qui attendait devant moi se fond pendant que je m’avance quand je vois le guichet apparaître. Il très grand, trop pour moi qui ne vois que la matière blanche et froide. Je tente de me hisser sur la pointe de mes pieds, mais il me manque encore trop de hauteur. Je me mets à crier :

« Il me faut un numéro ! » Mais je sens ma voix interrompue par la réponse comme programmée.

« Pour vous, couloir 12. » Et c’est sur ma droite que je le devine, le couloir 12, il est apparut, je n’avais pas vu la porte dessinée dans le carrelage, comme une ombre sur un mur. J’ai l’impression que c’est un passage éphémère et je me jette à l’intérieur alors que je voulais rétorquer, ou questionner. Mais ce monde va vite et j’ai peur de rater ma sortie.

« Vous voyez c’est de ça dont je parle, les images qu’on a plus le droit de faire. Parce que quand je parle d’une machine je parle en fait du manque d’empathie que vous avez tous là. Enfin pas vous-vous, mais les programmes, là, qu’on doit suivre pour des trucs aussi tragiques. Y’a pas de sentiment, « non monsieur gardez votre sentiment s’il vous plait euh, on a beaucoup à gérer » Et et et parfois c’est écoeurant ça. »

Julie Favarel – @juliefavarel

Joker : Quand un rire dépeint un personnage

Delia Arrunategui / @arrunategui22 | Le rire, ce phénomène d’empathie et de légèreté assez fondamental, devient dans le film Joker un des composants clé pour entrer dans la peau du personnage central. Comme le dit un vieux proverbe : « les yeux sont le miroir de l’âme », car ils sont censés refléter nos émotions et nos sentiments. Nous pouvons attribuer au rire la même particularité, même si certaines fois il peut être involontaire, nerveux ou même pathologique ; il reste le moyen non-verbal le plus direct pour montrer et transmettre nos ressentis. 

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Aime ton clito et tu t’aimeras !

Marilou Paquereau | Ce petit organe bien trop souvent oublié, négligé, n’est presque plus un tabou… et c’est pas trop tôt ! Dessiné à la craie sur le béton, brandi lors de manifestations, placardé dans les établissements scolaires, célébré sur les réseaux sociaux… On ne peut que se réjouir devant ce nouveau moyen de revendication des droits des femmes. Pourtant, le clitoris n’a pas toujours vécu des beaux jours… Depuis 1945, date à laquelle son existence est officiellement reconnue par le corps médical, le clitoris bataille pour qu’on le considère à sa juste valeur : celle de donner du plaisir sexuel aux femmes (rien que ça !). Mais, pourquoi a-t-il mis autant de temps à s’imposer ? 

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Projet Include : vivre sa citoyenneté européenne à Paris

Sarah Bronsard | Paris – Du 23 au 25 octobre, les résultats du projet INCLUDE (Initiatives nouvelles pour la citoyenneté locale et urbaine des Européens) ont été présentés lors d’un colloque organisé à l’Hôtel de Ville. Né le 10 mars 2018, ce projet a été lancé par la Ville de Paris en coopération avec les Jeunes Européens France et le Forum civique européen.

Quels objectifs ?

Le projet INCLUDE a pour ambition de promouvoir la citoyenneté européenne. Comment encourager les citoyens à vivre cette dernière ? De quoi s’agit-il exactement ? A quels droits donne-t-elle accès ? Autant de questions que se posent les ressortissants des pays membres de l’Union européenne, venant d’arriver dans la capitale. Le but est donc également de les inclure davantage dans la vie parisienne. Le troisième objectif découle des précédents : servir d’inspiration pour d’autres villes européennes.

Quelles actions ?

Afin de mettre en place ces objectifs, de nombreuses actions ont été menées durant les deux dernières années. La création d’un comité consultatif de citoyens européens, le Conseil parisien des Européen·ne·s, est l’une des actions principales. Par ailleurs, 24 ateliers citoyens et 24 interventions des Jeunes Européens durant des événements dédiés à l’Europe ont été organisés afin d’informer sur les droits électoraux, et sur les implications concrètes de la citoyenneté européenne, adoptée en tant que telle par le traité de Maastricht de 1992. 

L’ouverture du colloque 

Comment vivre sa citoyenneté européenne dans sa commune ? Tel a été le fil rouge pendant trois jours. Pour aborder cette problématique, des tables rondes, des conférences et des ateliers ont été organisés visant à la sensibilisation citoyenne. Sans oublier les moments conviviaux propices à l’échange interculturel. 

Mercredi 23 octobre, le colloque débute par une table ronde autour de la citoyenneté européenne à l’échelle locale, suivie d’une pièce de théâtre : « L’Europe à la barre ». Un faux procès de l’Europe est mis en scène par une troupe de musiciens et comédiens professionnels. La journée se termine par un buffet dînatoire. 

Les conseils consultatifs de citoyens non-nationaux : un moyen d’inclusion ?

Le lendemain matin, des intervenants de différents conseils consultatifs citoyens nous expliquent leur travail. Venus de Strasbourg, de Grenoble et de Paris, la présence du Conseil Parisien des Européen·ne·s est particulièrement intéressante, dans la mesure où il est une des création principales du projet Include. Elena Italiani, italienne, et Frédéric Couffin, franco-allemand, témoignent de leur travail  et surtout de la passion qui les anime à lier l’Union européenne et l’engagement local. En effet, les membres du Conseil tirés au sort représentent tous un pays européen et sont donc un interlocuteur privilégié des ressortissants de l’UE fraîchement arrivés à Paris. « C’est très excitant de pouvoir participer à la première année de ce conseil, à cet espace de parole où 60 personnes vivant dans la même ville, puissent parler de problématiques liées à l’Europe au niveau local », nous confie Elena. 

La parole aux citoyens !

L’après-midi, des ateliers thématiques sont organisés. La particularité ? Le public est invité à échanger directement avec les experts. A l’issue des échanges, des propositions concrètes, des « fiches action » sont élaborées et rendues publiques pour que d’autres villes puissent s’en inspirer. C’est aussi une manière de valoriser le travail des participants en communiquant ces résultats aux mairies et aux collectivités territoriales. 

Outre les conseils consultatifs, des ateliers sur les actions de rue, sur les outils pédagogiques et les actions innovantes sont organisés. Le public se répartit dans chacun des groupes de travail. 

Pour ma part, je participe activement à l’atelier « L’Europe dans les médias », animé par le journaliste européen Simon Marty qui nous explique son travail pour Euradio. 

Décalage entre médias et citoyens 

Nous commençons par énumérer les problèmes liés au décalage entre les médias et les citoyens : des problèmes de vocabulaire, les règlements, avis et directives sont autant de termes techniques qui compliquent la compréhension, rendant les articles souvent inaccessibles, alors même que les médias sont censés être les curseurs pour s’adresser à un public ciblé. Le deuxième problème est lié aux « fake news » qui sèment la méfiance et rendent les sources difficilement vérifiables. A cela s’ajoute également un décalage entre l’immédiateté de l’information disponible sur Internet et les médias ayant besoin de temps pour rédiger leurs articles. Enfin, comment parvenir à s’adresser aux citoyens de tout le territoire ? A titre d’exemple, les grands quotidiens ne proposent pas de rubrique européenne, mais passent du national à l’international, sans passer par l’échelle européenne. Comme si elle n’existait pas. Ce choix crée évidemment une distance supplémentaire avec l’Europe qui est pourtant présente au quotidien.

Nos solutions

Une fois que nous avons fait l’inventaire des problèmes, nous élaborons une liste de priorités orientées autour de trois axes principaux. 

  1. Sensibilisation et éducation aux médias

Pour nous, l’angle d’attaque passe tout d’abord par une sensibilisation et une éducation aux médias. A travers des jeux, des mini-séries, des formats ludiques et l’influence considérable des youtubeurs et influencers, les citoyens seront davantage intéressés et sensibilisés à des contenus qui diffèrent de l’actualité et de l’image souvent froide qu’ils ont des institutions technocratiques de Bruxelles. Une idée émerge : une émission « Top chef » européenne au cours de laquelle serait élaboré un repas composé de différentes spécialités du continent. Une entrée suédoise, un plat grec, un dessert espagnol ! 

  1. Les rencontres interculturelles et l’appel aux GAFA 

Le deuxième axe s’articule autour de rencontres interculturelles. Le succès d’Erasmus atteste de l’importance qu’il convient d’accorder à l’échange socio-culturel, l’immersion dans un autre pays étant une expérience inoubliable. Alors, valorisons les fêtes de voisins entre ressortissants de l’Union européenne autour de repas typiques des différents pays d’origine. Redonnons un nouveau souffle à la Journée européenne et aux échanges de jeunes, notamment du milieu professionnel. 

Quant au financement de cette « réforme médiatique », nous proposons de faire appel aux GAFA. (Google, Apple, Facebook, Amazon.) 

« On ne naît pas Européen, on le devient ! »

Vendredi matin, tous se réunissent à nouveau pour la dernière journée du colloque INCLUDE. Le matin, une restitution des ateliers permet de découvrir les réflexions menées dans les autres groupes de travail. Le groupe des actions de rue s’est penché sur la question de sensibilisation de citoyens dans les milieux populaires et à l’échelle locale. Des blind-tests musicaux avec des paroles « choc » de députés européens viseraient à interpeller les passants. L’atelier « Actions innovantes » propose le développement de simulations du Parlement européen pour que tous puissent s’approprier le fonctionnement des institutions de manière plus ludique. En outre, la création de plateformes numériques dédiées aux Européens mobiles,  la valorisation de témoignages de jeunes ayant effectué un service civique européen ou encore le développement de débats et de concours d’éloquence dans le milieu académique font partie des idées qui émergent. 

« On ne naît pas Européen, on le devient ! » Les membres des conseils consultatifs mettent en avant leur expérience. C’est un travail de longue haleine. Tous ceux ayant participé à un projet européen en sortent changés. Les liens, la solidarité interculturelle et intergénérationnelle permettent de développer un sentiment d’appartenance à cette grande communauté que constitue l’UE.  

Plénière de clôture : quelles sont les valeurs européennes ? 

« L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. »(Article 2, TUE). Voici comment Jean-Marc Roirant, Président du Forum civique européen, choisit de débuter son intervention. Impossible de finir ce colloque sans rappeler les valeurs fondatrices de l’UE !

Des valeurs menacées, l’UE dépassée ? 

Ces valeurs sont cependant menacées par la montée des nationalismes et populismes dans beaucoup de pays européens. En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán remet en cause les principes fondamentaux de l’État de droit en muselant la presse et la justice. Face à ce développement inquiétant, l’Union européenne semble rester l’arme au pied, poursuit l’intervenant. Bien que le Parlement ait dénoncé les récents développements, il n’est pas parvenu à faire voter une résolution permettant de déclencher l’article 7, qui prévoit de sanctionner un État ne respectant pas les libertés fondamentales énoncées dans l’article 2. Le Parlement aurait donc uniquement un rôle de saisie, tandis que le Conseil, composé des chefs d’État et de gouvernement, prend ce genre de décisions, en statuant à l’unanimité. Ainsi, il est plus difficile de sanctionner des États comme la Hongrie, soutenue par la Pologne. 

Comment faire pour surmonter ces freins ? Le Président du forum civique européen dénonce par ailleurs le manque de courage politique, face à la situation turque par exemple, et appelle les institutions à prendre leurs responsabilités. 

En outre, un mécanisme de suivi de la situation de chaque pays est proposé. A l’heure actuelle, les pays candidats pour entrer dans l’Union européenne doivent respecter des critères politiques : être une démocratie, un État de droit… Ce contrôle devrait également exister pour les États membres afin de s’assurer que les valeurs de l’UE soient toujours respectées. 

L’accord UE-Turquie contraire aux valeurs européennes 

Une question du public relance le débat : « Comment parler de valeurs après l’échec de la Constitution de 2004 et de l’accord avec la Turquie ? » Marie-Christine Vergiat, députée européenne de 2009 à 2019 y répond clairement. « Cet accord n’est pas un accord au sens international du terme. Il n’a pas été soumis au vote du Parlement européen. C’est une décision des États. Les députés l’auraient rejeté. C’est un moyen pour contourner la démocratie. » Elle conclut : « Cet accord est contraire aux valeurs de l’Union européenne. »

Des valeurs universelles ! 

Les valeurs que nous tentons de défendre au quotidien ne sont pas seulement européennes, mais avant tout universelles. Elles sont une déclinaison des libertés et droits universels, rappellent les intervenants. Séparer les deux pourrait provoquer un certain rejet. Alors, n’oublions pas qu’en nous battant pour les valeurs européennes, nous portons les valeurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

RESPIRATIONS

Sarah Ben Hamda, Krollan, Florentin Groh | Les Grands Voisins : pour la première fois, nous y sommes et découvrons cet espace enchanteur, coupé de l’agitation parisienne. Une cour, des artisan.ne.s, le bourdonnement des conversations en terrasse, une autre cour, des arbres,  un couloir extérieur, une petite cour taguée, un énorme escalier métallique. On s’y perdra (avec plaisir !) un autre jour car nous sommes arrivé.e.s. Arrivé.e.s dans la salle de la pouponnière où se tient le débat radiophonique organisé par l’association étudiante Radio Campus Paris [NDLR du réseau Radio Campus Paris], où, pendant plus de deux heures, les questions liées à la pauvreté et à l’exclusion sociale et culturelle des enfants en France ont rythmé les échanges entre Anne-Lise DENOEUD, Chargée Plaidoyer France et Expertise à l’UNICEF France ; Christine LACONDE, Directrice générale au Samu Social de Paris ; Serge SAADA, Responsable pédagogique de la formation à la médiation culturelle de Cultures du Cœur ; et Jean-Pierre SAEZ, de l’Observatoire des politiques culturelles. 

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Un siècle de honte, un siècle d’oubli : comment l’Occident s’amuse avec les Kurdes

Louis Satabin | Marx disait que « l’histoire se répète toujours deux fois », il semble cependant au regard du dernier siècle que celle-ci s’est répétée bien plus pour le peuple kurde. Voilà maintenant une semaine qu’ils sont de nouveau sous le feu d’engins de guerre ne distinguant guère les enfants des soldats. Cette fois ci, les bombes sont signées Erdogan, il y a un an encore elles étaient marquées Al-Baghdadi chef spirituel de Daesh, il y a 10 ans c’était Hafez El-Assad dictateur syrien, il y a 30 ans l’acteur principal des massacres était un certain Saddam Hussein spécialiste des attaques au gaz, dans les années 1940 ils étaient écrasés par le Shah d’Iran alors que 20 ans auparavant c’était le dirigeant turc Mustapha Kemal qui s’occupait des massacres et déportations en tout genre.

Et dans tout ça, quel rôle pour les puissances occidentales ? Il est simple, froid et surtout honteux. Car voilà maintenant une centaine d’années que les Occidentaux font du peuple kurde une sorte de marionnette, de pion qu’ils agitent, qu’ils avancent selon leurs envies ou leurs besoins. 

Pourtant, cela sentait bon pour ce peuple de 40 millions de têtes, en 1918 le président Wilson clame ses 14 points, dont le 12ème précise que les Occidentaux doivent « garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d’une façon autonome » aux régions sous domination turque donc au Kurdistan. Et ça sent même vraiment bon quand en 1920 lors du traité de Sèvre, apparait sur les cartes un Kurdistan autonome. Et puis après, c’est l’effet domino, en 1923, sous l’impulsion de Mustapha Kemal, le Kurdistan disparait comme par magie des cartes sans que les Occidentaux n’aient à redire. Loin est donc le rêve des Kurdes.

Et aujourd’hui rien n’a changé. Ce peuple laïc, démocratique, qui met en avant le droit des femmes subit des génocides et massacres par des régimes qui sont eux, théocratiques, dictatoriaux et répressifs et cela dans l’impunité la plus totale de la communauté internationale. Les Kurdes sont une vitrine des libertés, une bouffée d’air frais dans ce brasier qu’est malheureusement le Moyen-Orient. Pour sûr, on a entendu parler des Kurdes récemment, mais pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils étaient les pions terrestres de la coalition contre Daesh, comme ils l’avaient été en 2003 contre Saddam. Alors oui, la communauté internationale s’indigne, Trump par ses inévitables tweets, Macron par ses inlassables discours onusiens ou encore Merkel qui – comme toujours – arrête les ventes d’armes bien trop tard alors que le sang d’innocents inonde déjà la terre. Pendant que les massacres de l’opération « Source de paix » d’Erdogan commencent et que le nettoyage ethnique est en cours, ces puissances font le choix du déni, font le choix de l’ignorance, font le choix d’un oubli perpétuel. Voilà comment les Européens, dont la France pays des droits de l’Homme, et les Américains remercient leurs alliés. Leur Maison est peut-être Blanche mais leurs mains sont sales.

Le journal Nouvelles Vagues a rencontré L’AREP – l’Association pour la Responsabilité environnementale de Paris III

[Par Emma Flacard et Maëleen Bonmarin]

(Version intégrale de l’article dédié à l’AREP (pour les contacter > voir en bas d’article). Retrouvez cet article dans sa version papier en page 7 du magazine n° 12 de Nouvelles Vagues disponible sur le campus de Paris 3 et à retrouver ici : nouvelles-vagues-numero-12)

Du 18 au 23 février 2019 se déroulait le Festival de la Création étudiante organisé par le Service d’Action Culturelle et le BVE. C’est dans ce cadre que nous avons retrouvé les membres de l’AREP qui tenaient un stand de sensibilisation à l’écologie dans le hall principal. L’occasion de discuter environnement et engagement, tout en dégustant de délicieux cookies vegans préparés par leurs soins.

Au fil des discussions avec les filles représentantes de l’association, plusieurs thématiques se sont imposées : le peu d’initiative environnementale de la part de l’université, la nécessité de réunir les étudiant.e.s autour d’ateliers, de groupes de discussions traitant du « problème environnemental », et le besoin de promouvoir une forme d’action directe, par exemple en organisant des départs groupés depuis Censier pour les « vendredis verts » (Manifestations hebdomadaires pour le climat, aussi appelées « Fridays For Future », majoritainement organisées par des étudiants).

Lieu de rencontre avec l’AREP lors du Festival de la Création étudiante organisé par le Service d’Action Culturelle et le BVE (18 au 23 février 2019)

En effet, la petite dernière des associations de Paris III (créée en octobre 2018) avait déjà tenu un stand de ce type le 30 janvier lors de la semaine de la Santé et du Bien-être et d’après Sophia Chhor, la fondatrice de l’AREP, « on n’a jamais mieux sensibilisé qu’en tenant un stand, c’est important et assez efficace pour aller à la rencontre des gens ». Elle a accepté de répondre à quelques questions et nous explique d’abord la naissance de cette très récente association.


Quand on demande à cette jeune femme engagée pourquoi elle a fondé l’association c’est avec une simplicité cinglante qu’elle raconte : « Je comptais m’engager en arrivant à Paris III, et je voulais absolument que ce soit dans l’écologie. Il y en avait une qui s’appelait “Les Colettes” mais elle n’est plus présente cette année sur le campus et je trouvais ça vraiment dommage donc je me suis dit : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! » et j’ai créé mon association. »

Quelles sont les actions proposées par l’AREP ?

Si l’objectif premier est la sensibilisation à la cause écologique, l’AREP ne s’arrête pas là, et voit plus loin pour les étudiant.e.s avec « des actions, des partenariats, notamment professionnels » nous explique Sophia. « On souhaiterait suivre le Manifeste étudiant pour un réveil écologique (disponible ici) et donc permettre aux étudiant.e.s de s’insérer dans un milieu professionnel éco-responsable par le biais de partenariats et à terme proposer des stages, des alternances … afin qu’ils puissent s’engager dans leur vie professionnelle. »


En attendant de mettre en place ces projets d’avenir, la petite équipe – qui ne cesse de s’agrandir – en fait déjà beaucoup et prévoit d’en faire encore plus très prochainement : un vide-dressing prévu début avril afin de donner l’occasion aux étudiant.e.s d’acheter moins cher, de se faire un peu d’argent et d’attirer leur attention sur l’impact environnemental que provoque la consommation massive de produit textile qui est « une forme de pollution majeure étant donné qu’ils sont peu recyclés et le surplus le plus souvent brûlé au lieu d’être donné » nous rapporte Sophia. 

Dans le même esprit, l’AREP se lance dans un projet ambitieux qui se développe maintenant dans de nombreuses universités : la mise en place d’un système d’AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Elles favorisent l’agriculture paysanne et biologique, et promeuvent les initiatives locales). Le Sor’Bio, nom donné à cette initiative, permettrait alors aux étudiant.e.s qui le souhaitent de bénéficier de paniers de légumes biologiques, locaux et de saison, de manière hebdomadaire (L’AMAP de Paris III proposera des paniers de légumes à 10 €, sous conditions d’un abonnement mensuel de 40 €. Il est aussi possible de diviser le panier en deux, en ne payant ainsi que 20 € par mois). 

Peut-être aviez-vous remarqué les bouteilles étiquetées « oui » et « non » sur le parvis ? Encore une de leurs initiatives originales, pour lutter contre la pollution provoquée par la consommation de cigarettes : le sondage à mégots. Adressant une question assez générale aux étudiant.e.s (par exemple, « Le capitalisme peut-il être écologique ? ») sur une feuille de papier, ces dernier.e.s doivent donner leur réponse en jetant leur mégot dans une des deux bouteilles, « oui » ou « non ».

Question posée par l’AREP aux étudiants de Paris III. © page Facebook de l’AREP

Les mégots, nous apprend Sophia, sont ensuite collectés et envoyés à l’association Green Minded, chargée de les recycler et de les transformer, par exemple en plaquettes de PVC pour la construction de bâtiments. D’autre part, l’AREP organise aussi des conférences, en partenariat avec l’association écologique de l’ENS Ulm et soutient les manifestations hebdomadaires pour le climat.

Promotion des « Vendredis verts »

Comment s’engager ?

Entre deux questions, Sophia Chhor développe sa conception de l’engagement écologique militant, et ce que cela implique. En effet, selon elle « il y a une différence entre être écolo et être militant. Tout le monde est écolo à sa manière, à son échelle, tout le monde essaye de faire ce qu’il peut, mais je pense qu’on n’est pas encore à la mesure de l’urgence climatique […] ». Entre boycott, astuces DIY, et diminution de la consommation de viande et de poisson, Sophia nous invite également à participer aux « vendredis verts », des grèves étudiantes qui appellent à lutter contre l’inaction gouvernementale face au réchauffement climatique. Pour elle « c’est important que Paris III soit représentée ». Des groupes de réflexion sont ainsi organisés les matins des manifestations, et un départ groupé est mis en place.

Les membres de l’association défendent aussi l’organisation de « die-in », des démonstrations lors desquelles des individus s’allongent sur la voie publique, simulant la mort pour symboliser la fin de l’ère climatique actuelle, de la vie telle que nous la connaissons.

Ce sont donc de belles initiatives dans le but de réveiller la conscience collective au sein de l’université, menée par une équipe chaleureuse et dévouée. Et si vous avez envie d’en savoir plus ou de les rejoindre, la présidente de l’AREP est formelle : « aucune expérience n’est requise, on encourage le plus de gens à venir nous parler, à s’engager ».

Pour contacter l’association : areparis3@gmail.com 

Page facebook : @Areparis3


Lawfare : le cas Mélenchon, l’argumentaire sous forme documentaire de Sophia Chikirou

Quentin DIDIER | Sophia Chikirou, conseillère en communication de Jean-Luc Mélenchon pour sa campagne en 2017, ne cache en aucun cas l’important degré de subjectivité de sa première réalisation : un documentaire sur les événements qui se sont déroulés il y a un an jour pour jour contre le parti de La France Insoumise. Elle même impliquée dans les enquêtes concernant des soupçons d’emplois fictifs et de financement illégal de la campagne présidentielle, la fondatrice de Médiascop explique que le premier parti d’opposition de gauche a été victime d’un « Lawfare ».

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De l’écologie dans une faculté littéraire : penser l’écologie autrement ?

[Par Albien Gakegni]

 

Du 18 au 23 février 2019 a eu lieu le Festival de la création étudiante à la Sorbonne Nouvelle. A cette occasion l’Association pour la Responsabilité Environnementale à Paris 3 a accepté de répondre aux questions d’un rédacteur du journal Nouvelles Vagues. Fondée en novembre 2018 par Sophia Chhor, cette jeune association est composée d’une dizaine d’étudiant.e.s appartenant à différents départements. Elle a pour objectif principal de sensibiliser des étudiant.e.s de la Sorbonne Nouvelle sur les enjeux écologiques et surtout à l’urgence environnementale d’aujourd’hui en menant une série d’actions comme l’organisation de conférences, mais aussi d’autres activités comme le cas de “Sorbio”, qui consiste en la mise en place de paniers de fruits en collaboration avec un producteur local. 

 

Comment est née AREP ? 

AREP : Avant il y avait à Paris 3 une association écologique et solidaire qui s’appelait « Les collettes ». Lorsque Sophia Chhor a voulu adhérer à cette association, ce n’était plus possible parce que tous les membres avaient fini leurs parcours et avaient donc quitté la Sorbonne Nouvelle. C’est là qu’elle a décidé de créer une nouvelle structure et nous a toutes recrutées. Nous avons actuellement une quinzaine de membres. Ce qui nous permet d’avoir des pôles dédiés aux différentes actions. 

Est-ce que cette activité est liée à votre formation à l’université ? 

AREP : Nous sommes dans une faculté de lettres et de sciences humaines, et il n’y a donc pas de lien direct avec la préparation d’un diplôme d’ingénieur en la matière. Nous sommes persuadées que l’on n’a pas besoin d’un Master en écologie pour s’intéresser un tant soit peu à l’écologie. Beaucoup de personnes voient l’écologie comme purement physique, chimique et mathématique, alors qu’il y a plusieurs enjeux écologiques qui touchent à la construction sociale ou économique. C’est assez primordial et c’est quelque chose qui touche tout le monde. 

Comment définissez-vous l’écologie ? 

AREP : C’est un état de fait. Dans le contexte français, c’est une manière de poser des actes en pensant à l’avenir. Aujourd’hui nous n’avons pas l’impression que nous ayons un futur viable de l’espèce humaine. On nous a toujours nourris avec des phrases comme « il faut faire de petites choses », « il faut éteindre l’eau quand on se lave les mains… » Pour nous c’est important, mais il faut également se placer à une échelle politique. Il y a quelques semaines par exemple, nous avons organisé une conférence sur la compatibilité entre capitalisme et écologie. C’est une question tout à fait discutable. Mais pour nous l’écologie va de pair avec la solidarité et l’égalité. Et il faut donc penser aussi à repenser l’économie et le système dans lequel on vit. 

Que menez-vous comme action concrètement au sein de la Sorbonne Nouvelle ? 

AREP : Ce que nous promouvons sur le terrain ce sont de petites actions. C’est pour cela que nous proposons en ce moment des cookies vegan et des recettes de shampoing sec que l’on fait soi-même. Mais cela reste un travail de sensibilisation. En promouvant ces petites actions, on fait monter la question de l’écologie dans les consciences des étudiant.e.s de Paris 3. Parce que ce n’est que lorsqu’on commence à se demander « pourquoi j’avais mangé ce cookie vegan l’autre jour, pourquoi est-ce qu’on nous parle de production de produits d’origine animale ? » que l’on va décider d’écrire aux élus, d’aller manifester. Tous les vendredis d’ailleurs nous organisons des départs groupés pour les semaines de Vendredi Vert

 

Quels sont vos projets actuels, notamment pour le nouveau Campus de la Sorbonne Nouvelle ? 

AREP : Pour le campus Nation, nous avons l’intention de demander l’autorisation de mettre en place un compost et si possible un jardin partagé. C’est un travail à long terme qui nécessite impérativement que nous travaillions en collaboration avec l’administration, pour l’exploitation de l’espace. C’est primordial que ce nouveau campus, encore en construction, se mette au pas du futur. Rendre meilleur les conditions d’études dans une université passe à la fois par l’amélioration des locaux en fonction du confort des étudiant.e.s et aussi celle de la question écologique.

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(Source photo du futur Campus à Nation)

Est-ce que sensibiliser les étudiant.e.s suffit pour atteindre les objectifs que vous visez ? 

AREP : Avec la volonté de mettre en place un compost et potentiellement un jardin partagé, on touche à la fois les étudiant.e.s et l’administration. Nous avons un système législatif aujourd’hui dans la gestion des facs, et ça devient extrêmement compliqué. L’attitude très sceptique de l’administration française, et des facs en particulier, montre qu’elle est très frileuse en ce qui concerne les nouvelles initiatives que pourrait mener à bien un nouveau campus. Pour nous, mettre en place un campus vert ne pourrait être que bénéfique parce que cela permettrait de montrer que l’on peut repenser le système d’éducation autrement.

Pensez-vous que l’administration est favorable à votre démarche ?

AREP : C’est une situation compliquée. On aimerait par exemple réutiliser les toits du campus de Nation qui sont des toits plats, pour faire de l’agriculture hors sol, comme les bacs de jardinage que l’on retrouve dans certains collèges du 20ème arrondissement. Le but est de revendre ses légumes, ou de les offrir à des associations qu’elles soient caritatives ou non. On aimerait surtout reverdir le toit du campus dans un environnement parisien assez pollué. Ce serait un idéal. Mais la question d’y arriver est toujours particulière, parce qu’encore une fois on se heurte à l’administration qui ne semble pas approuver le projet. 

Parler écologie dans une fac de lettres, est-ce la repenser ?

AREP : Nous ne sommes pas là en tant qu’étudiantes en lettres, mais en tant qu’étudiantes simplement et en tant que personnes jeunes qui voulons un avenir meilleur. L’écologie a toujours été politique et non scientifique. Nous pensons que c’est un devoir de créer une association écologique dans une fac, quelle qu’elle soit.

L’écologie dans une fac, n’est-ce pas un travail de politisation de la vie étudiante ?

AREP : D’une certaine manière, c’est le cas, dans ce sens où sur la question de la politique et de l’écologie il y a soit un manque d’information, soit tellement d’informations qu’il est impossible de savoir où se positionner. Notre action permet aux jeunes qui vont voter dans le futur, de pouvoir prendre de bonnes décisions après qu’ils soient informés. Nous pensons que les associations se disent apolitiques simplement parce qu’elles ne veulent pas se heurter à l’administration. Mais en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas apolitiques, parce que pour nous l’écologie est forcément politique. C’est une urgence sociale humaine, et ce serait hypocrite de notre part de le dire.

Quel moyen d’action pour faire face à la politique « législative » de l’administration ?

AREP : Nous pensons que face à l’administration c’est la diplomatie qu’il faut mettre en place comme moyen d’action. Nous n’avons pas l’intention de taguer tous les murs de l’université pour avoir des toits verts à Nation, par exemple. Il y a déjà une subvention de la ville de Paris qui soutient ce genre d’action étudiante dans sa politique « verte urbaine ». Si on se heurte à l’administration qui n’a pas forcément le temps ou l’envie de travailler sur ce sujet-là, on pourra toujours « déjouer » ces administrations-là en passant par un appui de la mairie. Le problème c’est que l’administration elle-même n’est pas la principale force au-dessus de la pyramide. Ce sont des personnes qui se heurtent à plusieurs règles et régulations. 

Quel est votre avis par rapport aux contraintes rencontrées et aux politiques opposées?

AREP : Nous pensons qu’il y a une espèce de paranoïa générale qui est transmise. Aujourd’hui nous savons qu’avec l’urgence climatique, les architectes et les politiques devraient repenser les bâtiments. A l’Arsenal à Paris par exemple, ils ont fait une exposition sur la ville verte pour montrer comment introduire l’agriculture en ville. On constate là une réflexion autour de la question de la réutilisation de l’énergie. Lorsqu’on a un système de refroidissement de la salle informatique de la fac, ça produit une chaleur énorme qui pourrait être utilisée à un autre endroit. Mais on n’est pas encore dans cette dimension, et c’est ça qui est triste. Nous ne connaissons pas évidemment l’architecte du campus Nation. Mais c’est dans notre devoir de nous questionner et de faire part de ce questionnement aux étudiants.

 

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