Le Cercle des poètes disparus : de l’écran à la scène

Lilou MOURAUX | Vous l’avez certainement vu passer: cette année le film américain culte Le cercle des poètes disparus, sorti en 1989, a été adapté au théâtre par le metteur en scène français Olivier Solivérès.  Compte tenu du succès de la pièce, elle est renouvelée pour une tournée dans plusieurs théâtres français à partir de janvier 2025. En entendant ces retours positifs, j’ai voulu assister à une de ses représentations. Les attentes étaient hautes compte tenu du succès de film de Tom Schulman et Peter Weir.  Alors, la pièce a-t-elle une réelle plus-value ou est-elle une pâle copie du film ?

L’intrigue épurée mais similaire

Tout comme dans le film, la pièce se déroule en 1959 dans la prestigieuse académie de Welton. On suit l’évolution de neufs lycéens surdoués et du nouveau professeur de littérature nommé Keating, interprété par le talentueux Stéphane Freiss. Le professeur essaie de donner à ses élèves des outils pour développer leurs esprits critiques et penser en dehors des livres et des règles vieillottes imposées par le directeur, qui lui, souhaite respecter les traditions.

Bien que l’intrigue soit allégée en raison des contraintes imposées par l’adaptation théâtrale, elle reste tout de même fidèle au film sans pour autant décevoir. Les thèmes principaux et les enjeux majeurs traités dans l’œuvre originale sont amenés sur scène avec brio.

Le “Carpe Diem”

La pièce, à l’instar de l’œuvre de 1989, aborde des thèmes variés. Celui du carpe diem est le fil conducteur qui permet de déroulement de l’intrigue. Il est accompagné par les enseignements du professeur Keating qui passent par la confiance en soi et le libre jugement par la philosophie et la littérature. 

Les élèves devront alors faire face aux conséquences de leurs décisions prises en ayant suivi le carpe diem. Le rêve de devenir comédien de Niel, les différentes relations entre les adolescents et leurs parents ainsi que les premiers amours sont au centre de l’intrigue. Il est donc facile de s’identifier à ces personnages. L’adaptation sur scène éveille une empathie du public envers les neufs garçons.

Une mise en scène captivante et rythmée

La mise en scène de Olivier Solivérès est effectivement intéressante. Tout d’abord, elle permet de susciter une émotion particulière chez les spectateurs en rendant quelques scènes plus intimes que celles du film.  Le jeu de lumière et les personnages pouvant parfois parler directement face au public ajoutent une réelle proximité avec les personnages. Les apparitions des personnages dans la salle parmis public permettent aussi de nous immerger dans la pièce, comme si nous faisions partie intégrante de la pièce. La mise en scène contribue alors réellement à l’impact qu’ont les leçons du professeur Keating sur le spectateur.

De plus, cette dernière est rythmée. On ne voit pas le temps passer pendant les deux heures de spectacle.  Les changements de décors sont orchestrés, parfois en musique, les comédiens alternent entre monologues et échanges dynamiques et les scènes nous font passer du rire aux larmes. Bien que l’accent soit toujours sur les comédiens, les décors, tels que les salles de classe et la grotte, ajoutent une réelle plus-value à l’intrigue. 

La mise en scène permet donc à la pièce de se distinguer du film par une proximité plus forte avec les personnages. Cependant, nous pouvons voir que Olivier Solivérès a voulu rester fidèle au film. Les scènes se déroulant dans la grotte sont celles qui m’ont le plus marquées. En effet, le jeu de lumière, qui définit l’atmosphère de la scène, est une réplique quasi parfaite du décors du film. 

Olivier Solivérès a aussi souhaité maintenir le dialogue originel. Un dialogue, qui d’ailleurs, fonctionne très bien et permet de soutenir la dynamique particulière entre les personnages.

Le nombre de personnages réduit, des liens tout aussi forts

Un lien fort se crée entre le professeur Keating et les 9 garçons.  Ils prennent ses leçons très à coeur et souhaite même rendre hommage au club fondé pour le professeur durant ces années de lycéen dans cette académie. Les 9 garçons vont ainsi se réunir sous le nom de “cercle des poètes disparus”. Les scènes entre les étudiants et les lycéens sont pures et dévoilent le rôle du mentor dans la vie des adolescents. C’est un rôle qui prend plus ou moins de place en fonction des personnages. Niel, par exemple, se lie fortement avec son professeur et ses leçons sur le carpe diem lui permettent d’aller à l’encontre de l’emprise de ses parents et de poursuivre son rêve d’être comédien. Le père de Niel s’impose comme vrai personnage d’autorité “à l’ancienne” et permet d’illustrer la pression et les attentes que les parents ainsi que l’établissement mettent sur les épaules des élèves.

Un personnage plus discret mais tout aussi intéressant concernant sa relation avec les autres étudiants est Todd, d’une timidité maladive et qui réussit à s’imposer comme parfait exemple du succès des cours de Keating.

Les traits de caractère des étudiants sont identiques aux héros du film. Les comédiens ont réussi à saisir l’essence des personnages.

La production française acclamée par les critiques

La production théâtrale française a reçu des critiques élogieuses du public ainsi que des critiques. La pièce est même renouvelée à partir de janvier 2025 avec des représentations dans plusieurs villes françaises. Le travail de Olivier Solivérès a également été récompensé par 2 Molières lors de la cérémonie de la Nuit des Molières en mai 2024. Celui de la meilleure mise en scène et de la révélation masculine pour Ethan Oliel, l’interprète de Niel. Cette prestigieuse cérémonie de récompenses remet des prix aux meilleures artistes et productions théâtrales de l’année. 

J’ai effectivement été loin d’être déçue de la pièce. En l’ayant vu avant le film, j’ai préféré le côté vivant et la proximité de l’adaptation de Olivier Solivérès. On y retrouve l’essence de l’intrigue et  des comédiens interprétant parfaitement leurs rôles. La mise en scène permet de ne pas s’ennuyer grâce à son rythme et l’implication du public qui commence dès le début, puisqu’ il est invité à danser sur scène avant le début de la représentation. Le théâtre libre, étant une salle relativement petite, associé avec la mise en scène brillante de Olivier Solivérès ont rendu possible une approche plus intime de l’intrigue. Cela a pu amener le spectateur à une réflexion plus intense qu’en regardant le film.

Faut-il acheter vos billets ?

La pièce permet donc de comprendre l’essentiel du film en se concentrant sur le thème principal du Carpe Diem et sur le destin de Niel. Tout en réduisant le nombre de personnages et les différents lieux, l’adaptation théâtrale garde l’humour et le rythme entraînant mais aussi tragique du film. La pièce m’a parue plus intense grâce à la mise en scène de Olivier Solivérès et à la proximité avec le public rendue possible par le lieu de la représentation.  

Je ne peux donc que vous recommander vivement d’aller profiter de la pièce, qui est encore sur scène au théâtre Antoine à Paris mais aussi dans plusieurs théâtres français en 2025

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