Une Révolution du bout des doigts 

Delia ARRUNATEGUI | Dans le mythique centre culturel Flagey à Bruxelles, le trio Busch m’a tiré de ma fatigue hivernale pour me plonger dans l’univers vibrant et révolutionnaire du compositeur Ludwig van Beethoven. Cerise sur le gâteau, j’ai eu le plaisir d’interviewer les musiciens.

[A retrouver dans notre version papier !]

Delia Arrunategui. Trio Busch de gauche à droite : Omri Epstein, Mathieu van Bellen et Ori Epstein.

En décembre dernier, après mes partiels, j’ai décidé de m’accorder une semaine de repos bien méritée. Sachant que je devais travailler la semaine du Nouvel An, j’ai pris ma valise et quitté l’Hexagone sans trop m’éloigner. Mes pas et mon billet de train m’ont conduit en Belgique, plus précisément à Bruxelles, une ville que j’affectionne particulièrement et où j’adore m’exiler.

Le lendemain de mon arrivée, mon copain m’a surpris avec une invitation à un concert de musique classique qui avait lieu au centre culturel Flagey, un bâtiment Art déco, chargé d’histoire, qui abritait autrefois la Maison de la radio belge. Ce spectacle s’annonçait comme une manière douce de commencer mon séjour bruxellois. Je n’imaginais pas  à quel point ce moment allait me marquer.

Johan Jacobs, Flagey de nuit 

Une fois à l’intérieur du centre, nous nous sommes dirigés vers la salle située au rez-de-chaussée. Je me suis installée confortablement et j’ai feuilleté le programme du concert, qui annonçait que le trio de musiciens interprétait la musique de chambre de Ludwig van Beethoven. Bien que n’étant pas experte en musique classique, j’étais ravie d’assister à ce spectacle, désireuse de profiter pleinement des plaisirs que Bruxelles a à offrir. En poursuivant ma lecture, j’ai appris que ces jeunes musiciens avaient déjà remporté de prestigieux prix, et que la presse spécialisée les qualifiait de « meilleur trio avec piano de leur génération ». Ma curiosité a monté d’un cran : lorsque les membres du trio Busch sont montés sur scène, je me suis sentie envahie par une impatience mêlée d’excitation.

Omri Epstein au piano a commencé à jouer avec une dextérité incroyable, ses doigts parcourant le clavier avec une rapidité impressionnante. Son corps semblait traversé par la musique qu’il jouait. Mathieu van Bellen, au violon, et Ori Epstein (le frère d’Omri Epstein) au violoncelle, l’accompagnaient avec une passion et une précision telles que le trio formait une symbiose parfaite. Le public vibrait grâce à leur interprétation des œuvres de Beethoven, composées pour être jouées au piano, un instrument qu’il maîtrisait de manière virtuose. J’ai ressenti que cette musique me réveillait et chassait d’un coup ma fatigue hivernale.

Interview avec le trio Busch

Kaupo Kikkas.  Trio Busch de gauche à droite : Omri Epstein, Ori Epstein et Mathieu van Bellen

Après le concert, les musiciens, joyeux et aimables, ont accepté d’être interviewés pour Nouvelles Vagues. Omri Epstein m’a expliqué que leur trio portait le nom d’Adolf Busch, un légendaire violoniste allemand. Il m’a aussi confié que Mathieu joue sur le même violon utilisé par Busch, un instrument datant de plus de 300 ans !  Les trois musiciens se sont rencontrés en 2012 à Londres, au Royal College où ils étudiaient. Très vite, il se sont liés d’amitié et sont devenus inséparables. Omri précise : « Pour nous, jouer ensemble s’est imposé comme une évidence. Une fois nos études terminées, nous avons réalisé que la meilleure façon de progresser était de bénéficier des retours d’autres musiciens, en particulier ceux avec qui nous jouons. »

Au cours de notre échange, le trio a également évoqué la perte de popularité de la musique classique. Omri et son frère Ori ont regretté que celle-ci n’occupe plus une place aussi centrale qu’autrefois, mais ils considèrent qu’il y a des choses à faire pour remonter la pente : « Les musiciens peuvent faire la différence en jouant les chefs-d’œuvre non seulement avec excellence, mais aussi avec attitude. » Ils soulignent l’importance d’exprimer le plaisir qu’ils éprouvent en jouant, car cela permettrait de transmettre au public leurs émotions et celles des compositeurs. Le trio déclare qu’ils sont opposés à l’idée que le public doit se sentir relaxé après un concert de musique classique. Omri précise : “Nous voulons que le public traverse un véritable tourbillon d’émotions pendant nos interprétations. Les grands musiciens comme Mozart et Beethoven ne composaient pas pour le simple plaisir. Ils étaient animés par une nécessité vitale de créer. Chaque note choisie devait être celle-là et pas une autre. Leur génie rend leurs œuvres intemporelles et universelles. »

Omri finit par affirmer que : « C’est le rôle des musiciens classiques de partager cette passion avec les jeunes générations, de montrer que ce n’est pas une musique élitiste, mais une musique qui traduit les émotions de la vie et révèle le génie des compositeurs. » 

Trio Busch

J’ai terminé ma journée le cœur rempli de joie et de plénitude. Le talent exceptionnel du trio Busch m’a offert bien plus qu’un concert : un moment inoubliable d’art et d’humanité, qui restera gravé en moi.

Pour la petite histoire

Crédit image : IA générée. 

Beethoven, à travers sa musique, a été un véritable révolutionnaire. Il a bouleversé les codes rigides de son époque en ajoutant de la complexité à ses symphonies et en intégrant des voix dans sa Neuvième Symphonie, qui culmine avec le célèbre « Ode à la joie », inspiré du poème de Friedrich von Schiller, devenu aujourd’hui l’hymne de l’Union Européenne. 

Plus encore, Beethoven plaçait l’individu et ses émotions au cœur de ses œuvres, une démarche avant-gardiste pour son temps. En rompant avec les conventions sociales – il abandonna même la perruque, symbole aristocratique – il a redéfini le rôle du compositeur comme celui d’un créateur indépendant et visionnaire.

Lien d’intérêt : https://www.flagey.be/fr

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