Chronique photographique d’un 1er mai à Paris

Anouk DIMITROU | Un soleil de plomb brille dans le ciel de la capitale, 30 degrés dehors et les Parisiens en short et débardeur. Assez inhabituel pour le début du mois de mai. Mais celui-ci fait le bonheur des manifestants, si bien qu’on ne sait pas vraiment si c’est davantage la météo ou les revendications qui les amènent à déambuler dans les rues en ce 1er mai 2025. Dehors, la musique forte et les slogans lancés par les mégaphones, tout se mélange en une joyeuse cacophonie. À l’image de cette porte parole, perchée sur son stand, qui flotte au-dessus de la foule de chapeaux, casquettes et drapeaux. On l’écoute, on l’acclame, on chante avec elle les hymnes révolutionnaires. Pop-star d’une journée, avec l’ambition de changer le monde. 

© Anouk Dimitriou

Dans la foule, on retrouve les petits qui accompagnent les grands. Soucieux de donner un avenir décent à leur progéniture, ces derniers manifestent en famille. Cette inquiétude se lit dans le creux de la ride qui plisse leur front quand ils commencent à parler du contexte politique en France, des conflits internationaux, de la crise climatique, et finalement de leur incapacité à protéger leurs enfants. Plus ou moins conscients des tourments de leurs parents, les mômes sont plutôt d’humeur festive, “Qu’est-ce que c’est marrant tout ce charivari dehors !”. 

© Anouk Dimitriou

Lors de la manifestation du 1er mai, la capitale se transforme et le peuple se réapproprie son territoire. On a chassé les bruyantes voitures, les bus imposants et les piétons pressés d’aller à leur prochain rendez-vous. Non, le 1er mai on marche lentement, en rythme avec les slogans. On prend le temps de faire une pause, d’observer les gens autour de soi. Les rues sont noires d’une marée humaine ponctuée de cris et de notes de musique. Comme pour appuyer les propos revendiqués, elle prend toute la place et laisse des traces dans la ville. Arrêts de bus transformés en stands d’imprimerie mobile, librairie à ciel ouvert ou simplement quelques mots projetés sur les murs à l’aide de bombes aérosols.

© Anouk Dimitriou
© Anouk Dimitriou

Alors que le peuple défile dans la rue, il n’est pas laissé seul et libre. Une présence plus ou moins discrète de casques noirs et de boucliers l’accompagne. À chaque intersection, sur les bords des rues, ils surveillent. Eux aussi forment une masse compacte, mais plus organisée, plus silencieuse et parfois dangereuse. Quand ils sortent leurs matraques et fondent sur la foule, on aimerait leur crier : “Toi aussi tu es un être humain ! Pourquoi frappes-tu ton prochain ?”. Ceux qui sont censés garantir la sécurité me font peur; le ventre noué, je les approche pour mieux les appréhender à travers l’objectif.

    © Anouk Dimitriou
    © Anouk Dimitriou

Au cœur de l’affrontement avec les forces de l’ordre, alors que chacun des camps se regardent en chien de faïence, tous lèvent la tête vers le pont de la coulée verte du XIIème arrondissement. Ils sont perchés là-haut, fumigènes à la main. Ils semblent libérés. En bas, la foule lance un cri commun vers la dizaine d’individus qui côtoient le ciel. “ACAB !”.

 © Anouk Dimitriou










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