Koceila SERSOUR | Le thérémine est un instrument de musique électronique inventé en 1920 en Union soviétique par le physicien Russe Léon Theremin. Il s’agit du premier instrument de musique électronique de l’histoire, et c’est aussi le seul qui se joue de façon “dans le vide”.
Il se compose d’une enceinte contenant des tubes radio générant des oscillations sonores à deux fréquences situées au-delà du seuil d’audition humaine. Par le phénomène de battement, ces fréquences produisent une fréquence audible plus basse, équivalente à leur différence de fréquence. La manipulation de la hauteur du son s’effectue en approchant ou en éloignant la main d’une antenne, ce qui modifie la capacité électrique d’un des oscillateurs. Cette interaction permet de contrôler les variations de tonalité sur une plage de six octaves, tandis que les harmoniques peuvent être filtrées pour offrir une diversité de timbres et de couleurs sonores.
Pour son fonctionnement, le Thérémine utilise de l’électricité pour créer deux circuits primaires dans ses deux antennes qui contrôlent le pitch et la hauteur de la note avec la verticale et le volume de la note avec celle en forme de boucle. Le corps du musicien joue ainsi le rôle d’un organisme électromagnétique; avec ses mains, le musicien produit de la musique sans toucher l’instrument, la main droite contrôle l’antenne verticale, plus elle y est proche plus le son devient aigu et plus elle s’éloigne plus le son devient grave. Quant à la main gauche, le musicien la positionne dans la boucle pour couper le son, et en s’éloignant de l’antenne, elle module le volume sonore.

Pour une bonne maîtrise de la hauteur, de la tonalité et du volume, le musicien ajuste une coordination musicale fine, chaque geste influence les capteurs de proximité, le circuit de hauteur et celui du volume. Pendant le jeu, un léger mouvement de la tête, des bras ou du dos du musicien affecte l’oscillateur fixe et l’oscillateur variable. Ainsi, les musiciens restent immobiles tout en jouant au Thérémine. Généralement, il n’y a pas de guide ni de partition de Thérémine pour la pratique; chaque musicien utilise ses propres techniques pour réaliser la musique chironomique.
En somme, pour maîtriser le Thérémine, un entraînement régulier ainsi qu’une coordination musculaire hors du commun sont demandés à cause de la sensibilité extrême des capteurs de hauteur de son et du volume, ce qui demande donc une précision maximale des mains pour avoir les sons voulus. Contrairement à la plupart des instruments musicaux, le Thérémine ne fournit aucun retour visuel obligeant le musicien à se fier uniquement à son sens de l’ouïe et à sa proprioception pour contrôler parfaitement le son.
Dans les années 1930-1940, le Thérémine a connu une popularité grandiose notamment dans les bandes-son de films de science-fiction avant qu’il soit oublié pendant quelques décennies. Cependant, à partir des années 1990, il suscite un regain d’intérêt grâce à certains artistes qui l’ont remis au goût du jour.
De nos jours, cet instrument franchit une autre étape au-delà de la musique. Il est utilisé dans d’autres domaines comme l’anatomie, la biologie, la physique et la chimie, l’objectif est de mieux comprendre les pathologies et les phénomènes liés à l’électricité.
Dans le domaine psychologique, le thérémine sert à étudier les interactions entre l’homme et l’instrument. Dans l’éducation, il est parfois intégré aux programmes éducatifs afin d’enseigner les concepts de la musique électronique. La composante gestuelle, tant dans la production que dans la perception vocale, peut aider à l’apprentissage : faire ou percevoir un geste renforce l’acquisition du schéma intonatif correspondant.
Les mélodies et le timing d’une phrase cible peuvent être modifiés en traçant des contours mélodiques sur l’écran tactile d’une tablette mobile. Par ailleurs, au-delà de remédiation d’apprentissage, certains praticiens l’utilisent dans le cadre de thérapies pour la réhabilitation et l’expression créative, notamment dans le domaine de la thérapie musicale.

De ce fait, le thérémine a permis à l’homme d’explorer diverses voies grâce à ses propriétés uniques de production de son sans contact physique. Il reste ouvert à de nouvelles expérimentations dans une multitude de domaines variés. Il est également intéressant de remarquer que cet instrument musical est étroitement lié aux multimodalités de la musique. Cette fusion de modalités sensorielles et gestuelles offre des possibilités créatives et expressives dans la musique, permettant aux artistes d’explorer la production sonore et de repousser les limites de la perception auditive traditionnelle. Cependant, il est important de noter que les gestes utilisés dans la performance du thérémine demeurent un domaine à étudier. Une synthétisation sous forme de partition pourrait être utile pour populariser cet instrument unique à l’avenir.
