Axelle VANBERG |

Le 3 et 4 Octobre 2025 ont eu lieu les élections parlementaires Tchèques. À cette occasion, les Tchèques ont choisi le parti qui les représentait le mieux, le vainqueur devait ensuite amorcer des négociations afin de former un gouvernement. Sans grande surprise au vu des résultats des sondages précédant l’élection, le mouvement populiste ANO (Action des citoyens mécontents) l’a emporté avec presque 35% des votes ! Ainsi, il compte 80 sièges sur 200 dans la Chambre des députés. Non seulement le parti a reçu plus d’un tiers des votes, mais ces élections ont marqué le plus gros taux de participation à une élection en Tchéquie depuis 1998 : 69% de la population inscrite sur les listes électorales s’est déplacée. Cette victoire signifie également que la fonction de Premier Ministre tchèque revient à celui qui l’a quitté il y a quelques années : Andrej Babis. Bien que les résultats des élections parlementaires aient été prévisibles, ils restent surprenants au vu de la figure très controversée autour de laquelle se forme ANO. Déjà Premier Ministre de 2017 à 2021, Babis a dû abandonner ce statut alors qu’il était au centre d’un scandale de subventions européennes qu’il a malhonnêtement touchées. Une affaire qui n’a pas encore été résolue et pour laquelle le leader du parti vainqueur sera attendu au tribunal dans les mois à venir. À cette période, la population tchèque parcourait les rues, manifestant pour la démission de Babis comme Premier Ministre.
Seulement, il apparaît que 4 ans plus tard, le travail de Babis pour rétablir sa réputation a payé : le voilà de retour grâce à une campagne ciblée et une stratégie populiste.
Alors que les Tchèques se sentent délaissés et ignorés par le gouvernement de la coalition de centre-droit, Babis s’érige comme figure d’opposition : lui, milliardaire accompli, mènera des “politiques économiques sensées” basées sur son expérience de businessman, et tout cela en délestant les foyers d’un coût de la vie, et particulièrement celui de l’énergie, ne cessant de grimper depuis quelques années. En outre, il accuse le gouvernement, “eux”, de se détourner de leur propre peuple, “nous”, pour lui préférer le sort des Ukrainiens. Cette communication populiste, pour laquelle il est connu, se combine ici avec des idées nativistes, rejetant ainsi l’immigration et l’aide à l’Ukraine. De même, il prend quelques distances vis-à-vis de l’Union Européenne, qu’il estime coûteuse, aux positions progressistes et exigeantes : non, il refuse que la Tchéquie continue à investir autant pour aider l’Ukraine alors que sa population souffre.
Ainsi, par ses discours, Babis séduit un électorat plutôt âgé qui craint de ne plus recevoir de retraites, la classe moyenne et la classe de travailleurs qui voit leur qualité de vie diminuer peu à peu, et les “oubliés” de la campagne, ces personnes qui se sentent d’autant plus exclues qu’elles n’habitent pas dans les grandes villes. Ces différentes caractéristiques de l’électorat ANO ont été données par des sondages conduits dans le pays par le STEM, principal institut de sondage tchèque.
Il convient de rappeler que Babis a monté, avec son partenaire hongrois Victor Orban, le groupe d’extrême-droite du Parlement européen : Patriotes pour l’Europe, composé du Fidesz d’Orban, du FPO (parti d’extrême-droite autrichien), du Vlaams Belang (parti nationaliste flamand) et du Rassemblement National de Lepen entre autres. Ainsi, bien que plus modéré que son homologue hongrois, Babis s’inscrit dans une politique européenne conservatrice et nationaliste.
Ainsi, beaucoup s’inquiètent de ce que représentent ces élections pour la démocratie européenne. Elles témoignent d’un vaste mouvement en Europe : la victoire des extrêmes populistes.
À présent, Babis négocie toujours avec les partis tchèques les plus proches de lui idéologiquement afin de former un gouvernement. Il est également attendu de lui qu’il résolve le conflit d’intérêt dans lequel il se trouve, au regard de sa nouvelle fonction et de ses parts majoritaires dans la société Agrofert, représentant un empire financier.
