Gwladys LEPRINCE | Depuis plusieurs années, l’essor du numérique semblait annoncer le déclin du livre papier. L’arrivée des liseuses, des tablettes, des bibliothèques virtuelles et des réseaux sociaux dédiés à la lecture (comme le BookTok, goodreads,…) ont transformé les habitudes. Pourtant, contre toute attente, une partie de la Gen Z se tourne aujourd’hui vers le plaisir du livre papier. Cette tendance interroge : pourquoi revenir au papier quand tout est accessible instantanément en version numérique ?

Le livre numérique : praticité et accessibilité
Le livre numérique a longtemps été présenté comme l’avenir de la lecture. Léger, pratique, il permet d’embarquer des bibliothèques entières dans un seul petit appareil. Pour les étudiant.es comme pour les voyageur.ses, ses avantages sont indéniables : gain de place, coûts souvent réduits, possibilité d’annoter, de rechercher des mots ou d’adapter la taille du texte.
La lecture numérique est également en phase avec les usages connectés : consulter un livre sur son smartphone dans les transports, reprendre la lecture sur sa tablette le soir, tout est synchronisé et accessible en quelques clics.
Le livre papier : un objet sensoriel et émotionnel
Pourtant, le livre papier n’a pas dit son dernier mot. Pour la Gen Z, souvent perçue comme hyper-connectée, le livre papier répond à un besoin de ralentir, de se déconnecter, de tenir entre ses mains un objet tangible, avec son poids, sa texture, son odeur. Lire un livre devient une expérience, presque un rituel.
Sur le plan cognitif, plusieurs études suggèrent que la lecture sur papier peut favoriser une meilleure compréhension et une meilleure rétention que la lecture sur écran.
Une dimension identitaire et culturelle
Pour beaucoup de jeunes, le livre papier n’est pas seulement un outil : c’est un marqueur culturel. Le partager, le photographier, l’annoter, le prêter, le faire dédicacer… Le livre papier vit.
Sur les réseaux, montrer son livre, c’est aussi affirmer une identité de lecteur.ice. Les piles de romans, sur le BookTok par exemple, renforcent un rapport communautaire à l’objet livre, que le fichier numérique ne permet pas de la même manière.
De plus, selon un rapport de la American Library Association (ALA), la Gen Z et les Millennials visitent davantage les bibliothèques physiques et déclarent une claire préférence pour les livres imprimés: “ les répondants ont lu et acheté en moyenne deux fois plus de livres imprimés par mois que tout autre format.”
En somme, opposer le numérique et le papier serait réducteur. La Gen Z ne rejette pas la technologie; elle choisit simplement d’en faire un usage plus conscient. Le numérique répond au besoin de mobilité et d’accessibilité, tandis que le papier offre une expérience émotionnelle et un rapport intime à la lecture.
La véritable tendance n’est donc pas un retour nostalgique au papier, mais une recherche d’équilibre : retrouver du sens dans ses pratiques de lecture, en cultivant à la fois le plaisir et la simplicité.
2 Gen Z and Millennials How They Use Public Libraries and Identify Through Media Use
