Chloé RANSOU | En ce début de saison hivernale, l’éternelle question du réchauffement climatique se rappelle brutalement à nous. La durabilité de la neige et du tourisme qu’elle implique sont au cœur des esprits et des soucis des locaux.
Alors que Val Thorens ouvre ses pistes aux adeptes de vitesse, les nostalgiques des étés sur le glacier de Péclet nous rappellent que le monde change. De même à Tignes, où le glacier de la Grande-Motte devient progressivement un symbole du changement climatique. Bien que le froid soit revenu, les dangers climatiques persistent. Par exemple : un lac souterrain, formé à la suite de chaleurs estivales excessives, devient une menace pour le village en contrebas. En cas de vidange naturelle brutale de celui-ci, des éboulements et des inondations torrentielles entraîneraient des effets destructeurs en aval.

D’après Météo-France, les montagnes se réchauffent deux fois plus vite que le reste des régions. Leurs aléas imminents mobilisent les consciences de tous. Des enquêtes et alertes de médias spécialisés, tels que National Geographic, se multiplient dans l’espoir de renverser la tendance ou du moins de limiter les dégâts. Un de leurs articles « L’hiver alpin menacé par le réchauffement climatique » alerte sur l’utilisation grandissante de neige artificielle, donc d’une grande quantité d’eau, face à l’absence de neige naturelle. Il illustre donc la technique du “Snow farming”, dont le principe est de ‘’recycler’’ la neige. Cette pratique est observable dans un nombre croissant de stations dans le monde, à Bessans en France par exemple. Des équipes recouvrent la neige de sciure ce qui lui permet de résister à la chaleur sur une longue durée. En 2025, ce sont plusieurs milliers de m3 de neige qui ont ainsi pu être stockés dans cette station. Celle-ci est utilisée l’année suivante pour former une boucle de skieurs de fond sur 3 km. Cette technique reste tout de même énergivore et coûteuse.

Dans le même temps, le pergélisol devient une préoccupation importante : celui-ci disparaît progressivement, favorisant ainsi les éboulements volumineux. En février 2025 sur les routes de la Tarentaise, des conducteurs échappent au pire après la chute d’un rocher volumineux sur la nationale. Malheureusement le drame n’a pas été évité en août dernier sur les routes de Chamonix, où deux décès ont été causés par un éboulement.
Des menaces plus subtiles s’observent également autour des skieurs : la pluie, de plus en plus fréquente à moyenne altitude cause une instabilité du manteau neigeux, augmentant le risque de glissement de terrains. Le verglas qui s’ensuit fragilise les infrastructures, rend les routes et les pistes plus glissantes etc.
Pour contrebalancer les effets dévastateurs du réchauffement climatique, différentes mesures sont testées par des acteurs de la montagne.
Dans la vallée des Belleville, de nombreuses dispositions ont été prises vers une transition écologique : les remontées mécaniques fonctionnent désormais à l’hydroélectricité, énergie renouvelable. Des « corridors écologiques » ont été délimités pour la faune locale. Le damage des pistes est amélioré par l’usage de technologies. Etc.
Ces actions en faveur de la préservation des montagnes sont un signe encourageant d’une sensibilisation grandissante. En effet, une prise de conscience de la gravité de la situation en montagne est indispensable pour favoriser la sécurité, mais aussi relativement aux problèmes économiques qui découleraient inévitablement de la fermeture définitive des stations.
Assurément, le recul de la neige est une réalité dont les locaux sont bien conscients. Dans les Pyrénées, les Alpes de Haute Provence, et même en Savoie, celle-ci baisse en abondance et les saisons se raccourcissent. Résultat : un nombre grandissant de stations de ski n’ont plus la capacité d’ouvrir pour la saison d’hiver. C’est le cas de Céüze dans les Hautes-Alpes, Sambuy en Haute-Savoie ou Notre-Dame-du-Pré en Savoie. Depuis les années 50, 186 sites ont vu leur exploitation cesser.


Ces décisions radicales mais inévitables inquiètent un nombre grandissant de montagnards. En effet, on relève 93 000 habitants répartis sur environ 250 stations et villages de montagne. Tous, à un degré différent, liés au tourisme de l’or blanc. Le recul puis la disparition de la neige entraînerait une perte d’emplois majeure notamment au sein des remontées mécaniques, des écoles de ski, de la restauration etc. S’ensuivrait un déclin démographique d’envergure. D’autres conséquences sociales seraient également lourdes pour la population restante : les prix en stations étant plus élevés, le pouvoir d’achat baisserait fortement. De plus, la vie quotidienne deviendrait plus « désertique » autour des infrastructures non spécifiques à la région comme les écoles, les pharmacies, etc.
La perte identitaire reste également un point sensible de la fermeture définitive. La question de la conservation des remontées mécaniques abandonnées se pose déjà. Des débats houleux entre écologistes et locaux s’engagent : redonner ses droits à la nature ou conserver un patrimoine local. De plus, le démontage est une opération fort coûteuse : entre 10 000 et 25 000€ pour un appareil. Un prix lourd pour les petites stations.
La nécessité de développer un « après-ski » se fait donc ressentir. Les activités hivernales telles que la randonnée à ski, les raquettes, le ski de fond… sont autant d’activités amenées à remplacer progressivement le ski alpin. Cependant, la réinvention des stations est loin de combler la différence et voit le pessimisme s’abattre.
Ce sont surtout les saisons d’été qui vont évoluer. Le vélo est déjà appelé à « remplacer le ski » selon certains. Affirmation démentie par les locaux qui soutiennent que l’affluence hivernale sera inégalable. Aujourd’hui, 41% des Français déclarent avoir fréquenté la montagne en été au cours des trois dernières années (d’après Atout France), pour autant un fossé sépare cette fréquentation avec celle de l’hiver.
Les enjeux économiques et sociétaux pour les stations de ski et leurs habitants demeurent un sujet de première préoccupation.

