Muganga : un regard sur des femmes brisées

Mardochet SONKERE-MUKUAYANGI | L’Observatoire communal des violences faites aux femmes de Corbeil-Essonnes est à l’origine des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et à leurs enfants, entre le 25 novembre et le 10 décembre au sein de la ville. Le cinéma Arcel de Corbeil-Essonnes accueillait à cette occasion un ciné-débat avec la projection du film Muganga, celui qui soigne, réalisé par Marie-Hélène Roux et sorti en salle le 24 septembre dernier.

Instagram: 21 novembre 2025 sur le compte de la maison de quartier de la Nacelle
affiche officielle du film Muganga, celui qui soigne

Une femme violée toutes les quatre minutes. Un enfant victime de violences sexuelles toutes les demi-heures. C’est ce qui est ressorti du rapport de l’ONU datant de mars dernier concernant la situation critique à l’est de la République démocratique du Congo. L’armée rwandaise est l’autrice de crimes divers dont viols, assassinats de civils, d’enfants. C’est une nation congolaise en ruine que nous avons devant nous. Tout cela profite alors à certains états, qui grâce à cette guerre, peuvent facilement extraire des minerais précieux du sol congolais comme le cobalt ou le coltan, utiles pour la confection d’appareils électroniques comme les téléphones portables ou les ordinateurs.

Un acte de sensibilisation fort

Ce contexte de violences constitue la toile de fond de l’initiative autour du film Muganga, celui qui soigne projeté au cinéma Arcel, pour un ciné-débat gratuit et accessible à tous. La Maison de quartier de la Nacelle, avec l’initiative de l’animatrice, analyste politique et journaliste Mariane Mayulu, a grandement participé à la mise en place de cet évènement. Elle était accompagnée de deux intervenants : Meryem Bendjaballah, psychologue travaillant auprès de nombreuses femmes victimes de violences sexuelles, au Congo et ailleurs, et Mheneryck Lalu, fondateur du collectif Urgence Pona Mboka qui œuvre contre les crimes causés dans la région du Kivu. Nous pouvons aussi souligner la présence de Monia Aïssa, maire adjointe déléguée à l’égalité homme-femme et aux violences faites aux femmes et Lynda Seriket, directrice de l’Observatoire communal des violences faites aux femmes.

Un hôpital et un docteur exposés à des menaces multiples

Muganga, c’est plus qu’un film, c’est un déchirement. On suit tout du long Denis Mukwege, un chirurgien qui, au sein de son hôpital, l’hôpital Panzi, essaye de soigner un maximum de femmes victimes de violences. On l’appelle “l’homme qui répare les femmes” : en effet, il a réussi à opérer plus de 60 000 patientes. Il rencontre, à la suite d’une allocution, le docteur belge Guy Cadière, qui va le rejoindre pour travailler avec lui dans son hôpital accompagné de sa fille Maïa, profondément touché par les atrocités que le docteur Mukwege présentait. Le choc culturel et social est énorme. Un père et sa fille habitués au mode de vie occidental sont confrontés à des problématiques qu’ils n’ont jamais connu auparavant. L’hôpital Panzi est complètement ancré dans le contexte de guerre à l’est du pays, il se trouve devant la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), une zone de tension plus que dangereuse. Denis Mukwege et ses pairs sont constamment exposés à des attaques, des intrusions militaires qui visent les patientes et le docteur Mukwege lui-même ou encore à des menaces du gouvernement congolais pour le faire taire : des conditions extrêmes.

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Des histoires déchirantes

Suite à la projection du film, les témoignages des intervenants ont pu être entendus. La psychologue Meryem Bendjaballah nous a parlé de son expérience auprès de diverses femmes victimes de violences qu’elle a pu accompagner. Des femmes traumatisées, dont les séquelles ne s’en iront jamais : comment redonner de l’espoir à des femmes qui ont traversé la mer Méditerranée pour fuir la guerre et qui, arrivées en France, se retrouvent à dormir dehors et à être une proie à de nouvelles agressions ? C’est la question devant laquelle la psychologue fait face au quotidien. Nous avons ensuite pu écouter l’histoire de Mheneryck Lalu. Ce fut le choc. Nous avions devant nous un homme qui a été brisé le jour où il a assisté impuissant au viol de sa mère et à la mort de son frère, assassiné d’une balle dans la tête. Il n’avait pas encore 10 ans et son frère non plus. Son père, après ce qu’il passé, l’a jeté dehors, lui et sa mère, car il ne voulait pas garder une femme qu’il considérait désormais impure, sale, sans valeur. Voici alors une femme et un petit garçon totalement vulnérables, traumatisés et à la rue. Mheneryck nous a expliqué à quel point ils ont dû se battre pour survivre et envisager un avenir meilleur.

Cet évènement a été le fondement de son engagement pour relever la RDC et changer les choses. Il arrive malgré tout à venir en France et à organiser de nombreuses protestations pour pointer du doigt la responsabilité de la communauté internationale sur les crimes commis au Congo. Son collectif, Urgence Pona Mboka, œuvre pour que les violences subies par les congolaises soient reconnues. En effet, dans les familles congolaises, la femme est la fondation du foyer : si on brise les femmes, on brise alors les familles et tout le pays. Urgence Pona Mboka est notamment à l’origine d’une manifestation ayant eu lieu le 1er février avec près de 1500 manifestants dans les rues de Paris.

Article TV5 Monde du 2 février 2025

Ces témoignages ont enrichi le débat qui a suivi et a permis à des personnes du public d’exprimer leur indignation, leur tristesse face à ces atrocités. Malgré tout cela, un message de motivation et d’espoir a clôturé nos échanges. Nous, qui avons la chance d’avoir des moyens, de vivre et d’étudier dans de bonnes conditions, nous pouvons nous lever face à ces crimes contre l’humanité. Nous pouvons tous faire un geste pour que jamais le monde n’oublie que le Congo saigne.

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