D.ANN Jessica | Silapatikaram (சிலப்பதிகாரம்) ou Roman de l’anneau en français fait partie de l’un des cinq ouvrages de la littérature tamoule ancienne (ஐம்பெரும்காப்பியங்கள்). Écrit par Ilango Adigal (இளங்கோஅடிகள்), le prince-poète retrace l’histoire qui lui a été rapportée par son frère, Cheran Senguttuvan (ேரன் செங்குட்டுவன்), qui fut l’un des rois de l’une des trois dynasties tamoules : les Cēra (சேரர்) en Inde. L’auteur nous partage une œuvre touchante et remplie d’une beauté lyrique.
Silapatikaram est un poème écrit entre le Ve et le VIe siècles après J.-C. U.V. Swaminatha Iyer, un érudit tamoul, a joué un rôle majeur dans la redécouverte de classiques littéraires tamouls. Après un rigoureux travail de croisement de plusieurs sources, il publie en 1891 une édition du Silapatikaram.
Ilango Adigal aborde des sujets variés et pertinents : les traditions du peuple, la politique, le droit des femmes, la culture et les arts, la justice, la notion de karma, ainsi que l’hospitalité de cette époque considérée.
Histoire en bref
L’histoire suit trois personnages principaux : Kovalan, Kannagi et Madhavi. Kovalan et Kannagi sont mariés et issus de familles aisées, mais Kovalan tombe amoureux de Madhavi, une danseuse-courtisane. Il dépense toute sa richesse pour elle, négligeant Kannagi. De leur union naît un enfant, Manimekalai (மணிமேகலை), mais les tensions apparaissent rapidement et Kovalan met fin à son aventure avec Madhavi, faute d’argent et retourne auprès de Kannagi.
Afin de retrouver une stabilité financière, Kovalan et Kannagi décident de vendre l’anneau en or de Kannagi. Kovalan est ensuite accusé à tort par un orfèvre d’avoir volé l’anneau de la reine et est exécuté sur ordre du roi, sans qu’aucune enquête ne soit menée. Kannagi, son épouse, découvre l’injustice dont il a été victime et confronte le roi, qui, réalisant son erreur, se suicide. Furieuse, Kannagi détruit alors la ville de Madurai avec l’aide d’une force divine liée au feu, épargnant les innocents, puis se pend et rejoint Kovalan dans l’au-delà.
Justice, morale et société dans Silappatikaram
Le roi de Madurai condamne Kovalan sans mener d’enquête, sur la seule accusation portée par un orfèvre de la cour. Cette erreur entraîne une catastrophe politique, morale et cosmique (la destruction de la ville). Le texte affirme que la légitimité du pouvoir repose sur la justice, et que le roi qui faillit à ce devoir perd son droit de gouverner.
Une héroïne exceptionnelle :
Kannagi n’est pas une héroïne guerrière, mais une figure morale absolue. Elle incarne la fidélité conjugale, valeur centrale de la culture tamoule ancienne. Elle devient une autorité supérieure au roi, capable de juger l’injustice du roi. Sa colère n’est pas individuelle, mais éthique et collective. Le texte donne à une femme un pouvoir judiciaire et sacré, ce qui est remarquable dans la littérature antique indienne. La destruction de Madurai n’est pas une vengeance aveugle car Kannagi épargne explicitement les innocents (femmes, enfants, justes). Le feu agit comme un instrument de purification morale, non comme un chaos gratuit. La colère féminine est ici justifiée, ritualisée et sacrée.
De l’épopée à l’analyse sociale : la portée de Silapatikaram
Le texte décrit avec précision :
– les villes (Puhar, Madurai),
– les castes et les métiers,
– la danse, la musique, le théâtre,
– les rites religieux et civiques.
Silappatikaram est un document historique et anthropologique, et ne se limite pas à un récit tragique. Il témoigne d’une société ancienne fondée sur des valeurs culturelles spécifiques, ancrée dans une culture différente et organisée selon ses propres structures et modes de fonctionnement. Cette histoire continue d’avoir des répercussions et sert parfois à expliquer certaines normes sociales actuelles ; elle a donné lieu à la construction d’un temple et d’une statue. De nos jours, la représentation de Kannagi comme un modèle de femme à suivre soulève plusieurs questions, notamment en ce qui concerne les normes de comportement féminin, qu’elle véhicule, la valorisation du silence face à l’infidélité de son mari, ainsi que la passivité et le sacrifice au détriment de sa sécurité matérielle.

Sources:
– TEDC (Tamil Education Development Council). Le premier chapitre du niveau 10. Manuel scolaire, première édition, 2010.
– Miller, Eric (1991). Tamil Nadu’s Silappathikaram Epic of the Ankle Bracelet: Ancient Story and Modern Identity, Chennai, consulté le 31 octobre 2025, https://www.storytellingandvideoconferencing.com/18.html
– “Cilappatikaram.” Wikipedia, consulté le 31 octobre 2025, https://en.wikipedia.org/wiki/Cilappatikaram
