Camille BLANCHET | Vous les avez sûrement déjà aperçus dans les rues. Poils longs, ras ou durs, de couleurs différentes, le teckel se classe désormais à la dixième position des races préférées des Français selon le LOF (Livres des Origines Français) . Ces adorables boules de poils, appelées communément « chien-saucisse », sont de véritables phénomènes de mode, notamment sur les réseaux sociaux.

La « teckel mania »
Sur TikTok ou Instagram, des comptes entièrement dédiés au teckel cumulent plusieurs millions de vues. Depuis 2020, cette race est en vogue aussi bien dans la rue que sur les réseaux sociaux. Maxime, propriétaire d’Ulysse, rencontré à la marche des teckels, décrit son chien comme « instagrammable » et « esthétique ». Un engouement qu’il cultive sur un compte Instagram dédié, où Ulysse pose régulièrement, notamment vêtu de tenues de Noël soigneusement accessoirisées.
Nina n’a pas résisté non plus à la vague teckel. Passionnée par la race, elle en a fait bien plus qu’un simple compagnon. Depuis 2024, elle est à l’origine du Teckel Fest, un festival estival organisé en Normandie, qui a déjà rassemblé plus de 500 teckels. Une passion qui se prolonge au quotidien et s’invite dans chaque recoin de sa maison nous dit-elle : « Le teckel fait vraiment partie de ma vie. Ça peut passer par des tasses, des coussins ou des porte-clés. C’est devenu l’objet de référence quand on nous offre des cadeaux. »
En plus d’être d’excellents compagnons, ces petits chiens sont faciles à transporter. Une qualité que Caroline et Damien, propriétaires de deux teckels nains à poils courts, apprécient particulièrement : « On les emmène partout. Quand on va au restaurant, on prend un plaid, on le met sous la table et ils se couchent dessus. » Mais cette popularité ne va pas sans contraintes. Leur dos fragile et leurs pattes courtes nécessitent certains aménagements du quotidien, comme l’installation de rampes pour monter et descendre du canapé, ou encore des sacs de transport adaptés pour les promenades.
La folie des grandeurs
Avec une communauté aussi grandissante, le teckel est désormais devenu un véritable événement. La marche des teckels, organisée chaque année depuis 2018 sur les quais de Seine, ne rassemblait alors que 130 chiens. Aujourd’hui, elle en compte plus de 2 500, selon Virginie Sido, organisatrice de l’événement : « L’idée de la marche m’est venue en 2018, inspirée par celles de Londres, New York et Milan. »
Pour l’occasion, ces petits chiens, souvent mis sur leur trente-et-un, défilent pour le plus grand bonheur des 5 500 participants venus cette année les accompagner ou simplement les admirer. Les tenues rivalisent d’inventivité : certains sont déguisés en abeilles ou en aviateurs, d’autres arborent des costumes assortis à ceux de leurs maîtres, tandis que quelques teckels représentent fièrement leur région avec des drapeaux accrochés, comme la Bretagne. On croise aussi des références à la pop culture, avec des costumes Pokémon ou de Western, donnant à la marche un air de carnaval miniature. Certains participants préparent l’événement depuis des mois, quand d’autres découvrent l’expérience sur internet et font le déplacement pour la première fois.
Petites pattes, grands gestes
Derrière l’aspect festif, la marche porte aussi une mission essentielle. Les fonds récoltés grâce à la vente de calendriers, pins ou sacs sont intégralement reversés à l’association Teckels sans doux foyers, engagée dans la protection et le bien-être de la race. Emmanuel, bénévole lors de l’événement, explique : « On va vendre le plus possible et faire en sorte que tout se passe dans la bonne humeur. »
Tout au long de la journée, l’association, qui compte plus de 50 bénévoles, profite également de la visibilité de la marche pour sensibiliser le public. « Il y a des centaines de teckels abandonnés chaque année. On s’occupe au quotidien d’une quarantaine de chiens. Il faut les promener, les nourrir, les emmener chez le vétérinaire… c’est énormément de temps, et c’est difficile à chiffrer », souligne un membre de l’équipe.
Un engagement parfois éprouvant. Cynthia, vice-présidente de l’association, évoque avec émotion l’accompagnement d’un teckel atteint d’un cancer : « On a tout fait pour la sauver. Malheureusement, on n’a pas réussi…Mais on l’a portée à bout de bras et elle a été aimée jusqu’au bout. C’est aussi ça, l’association, c’est de l’accompagnement. »
Une recrudescence qui inquiète
L’engagement de l’association est clair : recueillir et soigner chaque année entre 50 et 60 teckels. Mais avec une augmentation de 10 % des adoptions en seulement un an, François Raveneau, président de Teckels sans doux foyers, observe aussi une hausse préoccupante des abandons. « Ça fait 18 ans qu’on existe, et en 18 ans, ce sont près de 1 800 teckels qui sont passés entre nos mains », souligne-t-il.
Un chiffre qui interroge, à l’heure où la race connaît un succès sans précédent, porté par les réseaux sociaux et les tendances. Si l’image du teckel amuse et attendri, la réalité du quotidien rappelle qu’il s’agit d’un engagement sur le long terme, avec des besoins spécifiques et parfois coûteux. « Si on veut acheter un chien, il faut se tourner vers des éleveurs sérieux, il y en a en France. Et si on veut faire une bonne action, aller dans une association, pourquoi pas adopter un teckel SDF (Sans Doux Foyers) », témoigne François Raveneau avec le sourire. Le teckel séduit donc plus que jamais. Mais l’association le rappelle : au-delà de la mode, l’amour pour un chien doit durer toute une vie.

