En Afghanistan, la violence devient un droit.

Cholé RANSOU | Un nouveau texte juridique légalise les violences conjugales et rend la justice inaccessible pour les victimes, faisant, une fois de plus, reculer l’humanité accordée aux femmes afghanes.

Photographie issue du magazine ELLE

Après l’interdiction d’étudier, de choisir leur mari, de sortir sans voile, de travailler, de se déplacer sans tuteur masculin, de croiser le regard d’un homme, de chanter, de fréquenter les espaces publics, de pratiquer un sport et même d’être aperçue par la fenêtre de leur maison, les femmes afghanes voient leurs droits fondamentaux reculer davantage avec le nouveau code pénal du régime Taliban.

Instauré début janvier et long de 90 pages, le « De Mahakumu Jazaai Osulnama » légalise et banalise les violences conjugales. Une clause stipule que les maris sont autorisés à infliger un châtiment corporel à leurs femmes et enfants. Ces derniers sont même encouragés à distribuer des « sanctions discrétionnaires », des « ta’zir », c’est à dire une correction, si elle ne laisse aucune trace visible physiquement.

Dans le cas d’une agression grave (fracture, hématomes…) l’épouse peut porter plainte auprès du tribunal, mais les conditions de plaidoirie ne peuvent être qualifiées que d’absurdes :  la victime doit prouver qu’elle a subi un châtiment physique résultant en des blessures visibles, sans pour autant se découvrir de sa burqa. De plus, elle doit impérativement être accompagnée de son tuteur légal pour se rendre au procès. Dans le cas de violences conjugales ce dernier est le mari, soit pour la majorité, l’auteur de l’offense. Quand bien même une femme parvenait à surmonter ces obstacles, la sentence maximale pour un tel crime n’est que de 15 jours d’emprisonnement.

Avec ce texte, les violences faites aux femmes sont désormais juridiquement protégées et relèvent du droit. De plus, il caractérise les maris comme des « maîtres » ce qui assimile les femmes à des esclaves, une étape supplémentaire dans la déshumanisation des Afghanes.

Le code se poursuit par l’interdiction pour les femmes de chercher refuge chez leur famille sans accord de leur mari, sous peine d’emprisonnement pour elles, ainsi que pour ceux leur ayant accordé l’asile. Ce qui représentait auparavant la dernière échappatoire pour les victimes de violences conjugales leur est désormais légalement interdit.

Enfin, le nouveau code pénal hiérarchise les condamnations en fonction du statut social du criminel, non du crime en lui-même. Ce système de caste place en son sommet les religieux qui risquent au maximum des conseils, viennent ensuite les élites qui peuvent être réprimandés publiquement dans le tribunal pour les plus grandes offenses, puis les classes moyennes et populaires qui encourent une peine d’emprisonnement ou des châtiments corporels pour la caste “inférieure’’. Le clerc Islamiste bénéficie donc d’une immunité religieuse et d’un pouvoir absolu face à une absence de contrôle et de recours légal.

Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, le pays voit son taux de suicide chez les femmes exploser. Face à la confiscation inarrêtable de leurs droits fondamentaux pour les effacer de la société, les Afghanes semblent unanimement se tourner vers la dernière chose qui leur est autorisée : disparaître.

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