Khan MOON | Entre injonctions familiales, exclusions sociales et désir ardent de liberté, les jeunes Britanniques d’origine indienne, pakistanaise et bangladaise ont fait émerger, dans les années 1980 et 1990, les Daytime Raves. Ces scènes, organisées en journée dans des établissements locaux, offraient aux jeunes de la diaspora sud-asiatique des espaces où danser, boire et faire des rencontres.

Dans les années 1990, la culture rave britannique explose sous l’impulsion de la House et de l’Acid house avec des lieux emblématiques comme l’Haçienda à Manchester ou le Ministry of Sound à Londres. Cependant, pour de nombreux jeunes Britanniques originaires d’Inde, du Pakistan ou du Bangladesh, l’accès aux clubs traditionnels n’est pas toujours simple. En effet, la culture rave britannique derrière l’image d’une scène ouverte et libérée, était marquée par des formes de discriminations plus ou moins explicites. Les personnes issus de la diaspora sud-asiatique subissaient alors des contrôles plus strictes à l’entrée, des refus arbitraires ou encore des stéréotypes raciaux.
À ces discriminations s’ajoutait un contrôle parental souvent très strict au sein de certaines familles sud-asiatiques. La musicienne britanno-bangladaise Sarah Sayeed, qui a grandi dans les années 1990, raconte: “je n’avais pas vraiment le droit de sortir quand j’étais jeune”. Dans les pages du magazine Mixmag, {elle} n’avais que 15 ans lorsqu’elle a commencé à sécher les cours pour se rendre aux Daytime raves du Hammersmith Palais, un geste qu’elle décrit comme un “véritable acte de rébellion”, alors qu’elle vivait encore chez ses parents”. Sarah explique également que ce qui la captivait avant tout, c’était la musique: les sets des DJs, les performances live et l’énergie sonore qui circulait dans la salle. “J’aimais la musique, et je voulais l’expérimenter comme je pensais qu’elle devait l’être”, raconte-t-elle. Et pour elle, cela ne pouvait se faire que “dans un club!”.
Au-delà de la simple fête, les Daytime Raves constituent un acte d’auto-organisation communautaire. Dans les villes comme Bradford, Birmingham, Leicester ou certaines zones de l’ouest londonien, les promoteurs desi développent leurs propres réseaux de DJs et musicien.nes créant ainsi une infrastructure indépendante au sein d’une scène clubbing qui les marginalisait. On y entend à la fois de la house, du R&B, du Hip-hop, mais aussi des influences bhangra, un style de danse et de musique indienne ayant émergé de la région du Pendjab en Inde ainsi que des sonorités bollywoodiennes remixées

Des artistes comme Bally Sagoo, Bally Jagpal et Punjabi Hit Squad deviennent alors des noms incontournables de ces scènes. En 1988, BBC Network East souligne leur popularité grandissante: “partout où ils jouent, ils font salle comble”.

Aujourd’hui, faire la fête en plein après-midi et rentrer chez sa famille le soir peut sembler être une insulte à l’identité des ravers. Pourtant, le fait que ces événements se soient déroulés en pleine journée était fondamental. Cette temporalité rendait possible ce qui autrement ne l’aurait pas été: offrir à la jeunesse britanno-sud-asiatique un espace d’expression créative, social et culturel.
Les Daytimers constituaient alors une déclaration d’existence, il s’agit d’affirmer “nous somme là”, mais aussi un geste une reconnaissance mutuelle: se voir, se rencontrer et se comprendre entre pair. En occupant ces espaces festifs, les participant.es déconstruisaient les préjugés persistants d’une jeunesse asiatique prétendument asexuée, documentée ou enfermée dans le mythe de la “minorité modèle”.
En fin de compte, Daytime Raves est un message qui résonne aujourd’hui, à une époque de nationalisation extrême et la montée rapide de l’extrême droite: les communautés d’immigrants ont toujours trouvé le moyen de revendiquer leur place dans des univers alternatifs et elles continueront à le faire.
