Harry potter “évoquait paradoxalement notre époque désenchantée” : comment l’univers de J.K Rowling figure comme un miroir à la société

Justine GAUTIER | « Tout se passe comme si cette histoire enfantine de mages et de sorcières évoquait paradoxalement notre époque désenchantée » (p59), écrivent Paul Guillibert, Frédéric Monferrand, chercheurs sur Harry Potter. L’univers de Harry Potter, écrit par Joanne K Rowling, connue sous son  nom de plume J.K Rowling, cacherait alors une société plus similaire à la nôtre qu’on ne le croit, où règnent le capitalisme et une intense hiérarchie sociale. 

Une hiérarchie sociale enchantée : quelle est la bave d’ogre cachée par la poudre de fée ?   

Dans l’univers de Harry Potter, la hiérarchie sociale se compose dans cet ordre, du plus puissant au plus sous-considéré : sorciers de sang purs, sorciers de sang mêlé, sorciers nés de parents moldus, les moldus ( les humains qui ne détiennent pas de pouvoirs), enfin les créatures magiques. Par exemple, dès le tome 2 (Harry Potter et la Chambre des Secrets), l’autrice met en place une forte indignation lorsque Drago Malfoy insulte Hermione de “Sang de Bourbe”, une insulte visant ses origines moldus.

Ces dernières sont en effet sujettes à un racisme structurel, malgré une capacité de penser, de communication et de langage égale aux sorciers, elles sont réduites à servir les sorciers  comme des êtres inférieurs. Leur situation est expliquée par une logique naturelle, notamment par les Weasley : ils seraient nés pour servir les sorciers. Pourtant, il est évoqué brièvement dans les livres que les créatures magiques ont tenté des révoltes afin de renverser la domination des sorciers. Finalement, elles ont perdu la révolte et le droit d’utiliser les baguettes magiques leur a été retiré. Ce qui signifie qu’elles possédaient déjà cette capacité avant les révoltes, ce droit d’exercice leur a été retiré par les sorciers, s’agit-il, au lieu d’une soumission naturelle, une soumission forcée. ? 

Jean Claude Milner, linguiste et philosophe interviewé par Radio France en septembre 2020, compare ce fonctionnement à celui d’Athènes. Le travail est fait par les esclaves, laissant le temps au maître de faire de la politique ainsi que de la philosophie. Dans Harry Potter, certains sorciers font de la magie, administrent le monde de la magie tandis que les elfes de maisons s’occupent  du logis et que les gobelins s’occupent de l’accueil à Gringotts. 

En effet, avez-vous entendu dans les films/séries ou lu dans les livres un sorcier ouvrier ? A part Charlie Weasley, quel sorcier faisait des travaux qui nécessitent une charge et une exploitation physique ? 

Les chercheurs notifient un monde où les sorciers administrent le monde de la magie. Ils exercent des professions comme enseignants, journalistes, employés au ministère de la magie, vendeurs de baguettes, etc… L’univers des sorciers est alors dominé par un état bureaucratique ; le travail « suant » étant donné aux créatures. 

Bien qu’elles continuent de recevoir une estime moindre. Dans le tome 4 (Harry Potter et la Coupe de Feu) , Fred reproche à Hermione son implication dans la situation des elfes de maison, lui dictant de « ne (vas) pas les mettre en tête qu’ils ont besoin de vêtements et de salaire, l’avertit Fred, tu les empêcherais de travailler”. On peut ajouter un commentaire de Ron qui affirme que les Gobelins sont des voleurs. 

D’ailleurs, même les groupes avant-gardistes, comme l’Armée de Dumbledore et l’Ordre du Phénix qui se battent contre Voldemort, ne contestent pas la domination sur les elfes de maison. Alors que, Voldemort est dangereux par ses motivations d’instaurer une société dominée par les sorciers de sang purs. Son but était de faire des sorciers de sang pur une « sur-race » qui domine les sorciers issus d’un ou des deux parents de moldus, ainsi que les moldus eux-mêmes. 

C’est ainsi le nœud du racisme idéologique de l’univers. Alors que le racisme structurel comprend un champ de domination entre les sorciers et les créatures, le racisme idéologique prend place au cœur de la communauté des sorciers. Il s’identifie comme  un principe de hiérarchisation des sorciers et des sorcières en fonction de la pureté de leurs sang : « sang de bourbe », « sang mêlés », « sang pur ». 

Hiérarchie sociale et discriminations 

Des différenciations de classe accompagnent cette hiérarchie. Le riche Draco Malfoy confronte le pauvre Ron Weasley. La famille Wesley était d’ailleurs surnommée « Traîtres à leur sang » à cause de leur pauvreté alors qu’ils étaient une des familles de sorcier de « sang pur », les plus anciennes avec les Black et les Lestrange. Une preuve que les sorciers, dans le monde des Malfoy, sont destinés à une supériorité financière. Cette idée s’étend jusqu’entre les murs de Poudlard. 

Selon Jean Claude Milner, J.K Rowling reprend les clichés des écoles élitistes britanniques. Jean-Jacques Leclerc le rejoint dans un commentaire où il prend l’exemple de la compétition entre les maisons de Poudlard qui reprend le principe de compétition entre les élèves apparemment inculqué au sein de ces écoles.

De cette aristocratie se confrontent les moldus, symboles de la classe moyenne, selon Jean Claude Milner. Les Dursley, décrits comme parfaitement « normaux », représentaient la classe arrivée au pouvoir à cette époque : une classe moyenne axée sur la production industrielle ainsi que la propriété de demeure, amenée par Margaret Thatcher, députée britannique. Il fut confirmé plus tard par J.K Rowling que le personnage de Marge, la sœur de l’oncle d’Harry, fut inspirée de la personnalité de Margaret Thatcher. 

Ainsi, l’œuvre reflète une version enchantée du monde, dont les travers comme le capitalisme, la hiérarchie sociale, le racisme voire l’esclavage sont représentés et banalisés sous couverts de coup de baguette magique et d’un combat contre un tueur en série sans nez. Les travers vont au-delà de l’univers puisque la communauté des Potterheads (qui est le nom attribué aux fans de Harry Potter) s’interrogent sur la transphobie de J.K Rowling, qui a utilisé l’argent gagné par ses livres afin de le donner à une association transphobe. Selon France 24, elle aurait donné 70 000 livres sterling, donc plus de 83 000 euros. Cette décision l’a amenée jusqu’à la cour suprême organisée autour de la question de ce qui détermine une femme entre le genre et le sexe bilogique. Elle décide ensuite de financer un fonds privé transphobe. Se pose alors la question : faut-il boycotter Harry Potter pour cette raison ?

1 Dans leur thèse Le capitalisme magique d’Harry Potter, Classe, race et histoire dans le monde de J. K. Rowling  Revue du Crieur,  2019

2Première femme élue première ministre d’Europe (1979-1990) et la “première ministre ayant exercé le plus longtemps sans interruption” écrit Britanica, après trois lmandats consécutifs. Elle visait notamment la privatisation des entreprises ainsi que la suppression de certaines subventions et aides sociales, convertissant le Royaume Uni de l’étatisme au libéralisme. 

Laisser un commentaire