Clarissa NAZAL | La Guyane, un territoire français se situant en Amérique du sud entre le Brésil et le Suriname, possède l’un des plus longs carnavals au monde. Il s’étale sur une période de 2 mois, commençant le jour de l’Epiphanie et se terminant le mercredi des cendres. Cette saison est rythmée par plusieurs événement festifs tels que les bals masqués du samedi soir, ou encore les parades de rues du dimanche après-midi.
Derrière ces déguisements colorés et ces battements de tambours entraînant, se cachent toute une émancipation coloniale et une affirmation culturelle. En effet, le carnaval est le vestige des traditions chrétiennes importées par les colons dans les années 1650 alors que la Guyane n’était encore que des champs de plantations. Lors de l’abolition de l’esclavage, les esclaves se sont réaproprier ces coutumes en y intégrant des éléments de leur culture.
Au fil des siècles, ce métissage culturel a permis de faire naître des personnages qui font désormais partie des emblèmes Guyanais. Nous avons par exemple l’incontournable touloulou. Ce sont des femmes vêtues de grandes robes élégantes et colorées, entièrement masquées qui vont chercher leur cavalier pour danser lors des grands “bals parés-masqués” des samedis soirs. Leur identité, étant dissimulée grâce à leur costume, cela les préserve des jalousies et des représailles. Elles incarnent l’esprit de la fête et renversent les codes traditionnels.
Le jé-Farin est vêtu d’une chemise blanche à manches longues, d’un pantalon blanc, il porte un tablier avec une grande poche remplie de farine qu’il envoie sur les spectateurs des parades. Ce personnage est à la fois drôle, provocateur mais surtout symbolique, la farine ferait référence au travail forcé et à la poussière de manioc dans laquelle les esclaves travaillaient. Nous retrouvons également d’autres personnages satiriques tels que le neg marron, qui incarne l’esclave fugitif autrefois appelé “marron”, enduit d’huile et de suit, il circule en bande simplement vêtu d’un pagne rouge à la taille et d’un bandeau rouge autour de la tête.
Tout ce monde défile au rythme des tambours qui créent un air intense et presque hypnotique. Ce tempo hérité des esclaves déportés d’afrique de l’ouest et d’afrique centrale s’est métissé avec le kasseco surinamais, le rythme des tambours vaudou haitien, martiniquais et guadeloupéens. Ils dictent la cadence des défilés et maintiennent des pratiques spirituelles afro-caribéennes. Car le carnaval guyanais possède aussi des revers liés aux coutumes chamaniques. Durant ces festivités, la population se plie aux volontés du roi du carnaval: Vaval. C’est un mannequin géant qui symbolise la mémoire du temps de l’esclavage et des bagnes mais également les évenements douloureux de l’année ecoulée. Il est entièrement brûlé à la fin du carnaval annonçant la fin des festivités marquant un renouveau et une purification. Avec lui disparaissent tous les esprits malins tels que les djab rouj. Vetus de noir et de rouge, ils sortent dans les rues le jour du mardi gras, soit quelques jours avant la fin du carnaval.
Plus que de simples festivités, le carnaval de Guyane est un espace d’expression populaire et de cohésion sociale. Les groupes participant aux défilés représentent toutes les nationalités que l’on peut retrouver sur ce territoire (amérindiens, brésiliens, surinamais, chinois, hmongs, haïtiens, guyaniens et j’en passe !) Le carnaval guyanais est le fruit de métissage afro-caribeen et reflète la richesse culturelle de cette région.
