Une presse censurée et une liberté d’expression réprimée : la loi Yadan 

Safia HAOUAR Le 20 janvier 2026, une commission signée par 129 députés représente un nouveau danger pour la liberté d’expression et la liberté de la presse protégée par la loi de juillet 1881. Présidé par Caroline Yadan, député macroniste qui porte cette loi, pour condamner toute acte qui rejetterait l’existence et la légitimité d’Israël. En visant les manifestations pro-palestiniennes, elle vise également toute ambiguïté, insinuation, et toute résistance contre Israël pour les qualifier “d’apologie au terrorisme”. Entre censure et liberté de la presse : pourquoi cette loi menace-elle autant la liberté d’expression ? 

Être contre le sionisme est passible d’emprisonnement

La loi de Yadan présidée par Caroline Yadan et co-signée par 129 députés venant de la droite républicaine, Ensemble pour la république, Horizons, LIOT, démocrates et socialistes provoque un scandale. S’opposer au sionisme encourrait près de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amendes. 

Mais comment cette peine aussi lourde et politiquement significative devient-elle possible ? Caroline Yadan propose cette loi sous l’édifice d’une lutte contre “les formes renouvelées d’antisémitismes”. Se qualifier “d’antisioniste” reviendrait à banaliser la Shoah, promouvoir la haine contre les juifs mais également faire l’apologie du génocide du peuple Juif. Derrière ce prisme, Caroline Yadan espère ancrer sa proposition de loi dans la constitution pour garantir l’antisionisme comme la nouvelle forme de terrorisme et ne pas être réprimé. 

“Il fallait quelque chose qui ne soit pas sanctionnable par le Conseil constitutionnel. »  – Caroline Yadan lors d’un entretien avec Le Point

Mais elle ne s’arrête pas là, en réalité elle ambitionne également qu’ absolument toutes les références contre Israël soient punissables. ”Je voulais que soient punissables toutes les références à des expressions telles que « From the river to the sea » avec des cartes où Israël a disparu” affirme-t-elle. “From the river to the sea” (De la rivière à la mer) est un slogan récité lors de manifestations contre la politique génocidaire des Palestiniens, présent également sur des fonds d’écrans, des posts Instagram ou Tiktok, menerait ainsi à l’emprisonnement. 

Une loi qui essentialise les juives et les juifs.

Des manifestants juifs ultra orthodoxes se rassemblent dans le quartier de Mea Sharim, à Jérusalem. Photographe : AHMAD GHARABLI/AFP

Cette proposition de loi a naturellement engendré de nombreuses réactions qui soulignent l’essentialisation des juifs. Dès lors qu’être contre le sionisme c’est devenir antisémite, alors cette loi considère toutes les juives et les juifs comme intrinsèquement liés à l’Etat d’Israël. Cela souligne un paradoxe puisque des juifs eux-mêmes ont témoigné de leur position politique contre Israël tel que lors des manifestations par les juifs ultra-orthodoxes à Jérusalem, après l’attaque du 7 octobre. Cette communauté juive déclare consacrer leur vie uniquement au texte de la Torah qui leur interdit de combattre pour Israël, une terre illégitime. Ils ne considèrent pas le peuple juif comme une nation israélienne mais comme une communauté religieuse. De ce fait, après l’appel d’Israël pour mobiliser les juifs à servir l’armée, les ultra-orthodoxes ont manifesté leur désaccord en faisant même un rapprochement entre les nazis et Israël. “Les nazis avaient brûlé des corps et vous, vous  brûlez des corps et des âmes”, “Nous préférons vivre comme des juifs que des sionistes méprisables” déclarent deux manifestants ultra-orthodoxes.

Critiquer les politiques d’Israël devient interdit.

S’opposer à une politique qui contredit le droit international est le nouveau terrorisme pour Caroline Yadan et 129 députés Français. Pourtant ce texte de loi appuierait indirectement la colonisation illégale en Palestine au regard du droit international, ce qui créerait une contradiction légale : ce qui est condamné par le droit international ne peut être dénoncé ni par les journalistes, ni par les citoyens, ni par les intellectuels, ni par personne. Dans ce raisonnement, c’est donc la prise de parole qui serait contrôlée et censurée.

 “La haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des juifs » (Caroline Yadan dans sa proposition de loi)

De fait, cette loi Yadan s’inscrit dans un contexte politique de répression en Israël. La politique de Netanyahu autorisant la torture des Palestiniens et la peine de mort uniquement pour les Palestiniens, célébré ce lundi 30 mars par le parlement Israelien, ne peut plus être critiqué. Dénoncer ce que l’Organisation des Nations Unis condamne déjà comme “crime de guerre” serait jugé en France comme du terrorisme et de l’antisémitisme. Tout dans cette loi reposerait sur l’amalgame entre Israël et Judaïsme, juif et sioniste, lutter contre les politiques de Netanyahu et devenir terroriste. La loi prévoit, à partir de cette association, que  quiconque se positionne contre l’existence d’Israël, contre leur politique, contre leur légitimité, par ambiguïté ou allusion se verrait  sévèrement réprimé.

Censurer la liberté de la presse pour censurer la parole

Toutes ces nouvelles règles impacteraient naturellement la liberté de presse qui subirait une censure considérable pour tout propos insinuant la “négation de l’Etat d’Israël”. Se positionner n’est plus nécessaire pour être condamné, simplement ouvrir une porte de réflexion contre les politiques d’Israël deviendrait de l’antisémitisme “renouvelé”. De cette façon, la liberté d’expression serait contrôlée selon l’interprétation de l’Etat qui jugerait si certains propos sont antisémites ou non. De plus, la loi reste très vague concernant ce que serait l’apologie du terrorisme : rien n’est défini précisément donc tout peut être possiblement censuré. 

Un collectif d’universitaires dans Le Monde constitué notamment de sociologues politiques ainsi que des anthropologues s’inquiètent pour leur profession. Particulierement concernée lorsque la “résistance” signifierait terrorisme puisque leur travail repose sur l’esprit critique et la remise en question des violences politiques. “Une telle loi viendrait criminaliser tout effort de contextualisation historique et sociologique », prévient la tribune. 

S’exprimer librement devient une lutte : la pétition contre la loi Yadan

Afin de protéger la liberté d’expression et la liberté de la presse face aux tentatives de répressions, une pétition a été lancée contre la loi de Yadan, qui sera discutée le 16 avril à l’Assemblée Nationale. Necéssitant au moins 500 000 signatures, cette pétition sert à dénoncer autant l’antisémitisme que la répression contre la liberté de presse et par extension la capacité du peuple à s’exprimer librement par lui même. Cette pétition permettrait de porter la voix de la lutte contre la censure protégeant autant les journalistes, et les chercheurs que de simples lycéens et étudiants, qui prendraient la parole au péril de leur liberté. 

« Oui, il faut lutter contre l’antisémitisme de toutes nos forces, comme contre toutes les autres discriminations, est-il écrit dans la pétition. Mais pas en muselant la liberté d’expression ni en assimilant la communauté juive à la politique de Benyamin Netanyahou. »

Sources 

Qu’est-ce que la loi Yadan ? On vous explique –  Humanité 

EXCLUSIF. La députée Caroline Yadan dépose une loi pour lutter contre les « formes renouvelées d’antisémitisme » 

Tension en Israël : les juifs ultra-orthodoxes réprimés violemment

Pourquoi la proposition de loi contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » fait polémique ? – France 24

« Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens », dénonce Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU, devant le Conseil des droits de l’homme

Peine de mort en Israël : l’ONU dénonce la loi visant les Palestiniens qui constituerait « un crime de guerre »

Plus de 350 000 signatures contre la proposition de loi Yadan – L’Humanité

Peine de mort ciblant les Palestiniens : la gauche française dénonce la loi « scandaleuse » votée en Israël 

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