Bye Bye Blondie de Virginie Despentes


Emeline Cocq, le 24/03/12

Six ans après la parution de Bye Bye Blondie, un de ses romans les plus sulfureux, Virginie Despentes explore son potentiel en l’adaptant au cinéma. L’écrivain, connue et admirée pour son style écorché et sa personnalité underground, peine cependant à convaincre. La crudité du ton, du regard et des images, si prégnante dans un film comme Baise-moi (2000), a déserté cette nouvelle adaptation qui sent plus le soap que le soufre.  

Gloria, une érémiste punk que tout afflige, fait la rencontre de Francès, une vedette de la télé charismatique, quelques années après s’être aimées passionnément dans un hôpital psychiatrique. Décidées à vivre ensemble, Gloria quitte Nancy et ses vinyles pour rejoindre Francès à Paris, où elle fait face à un monde de faux-semblants, trop lisse à son goût. Normale pour elle, pathologique pour les autres, elle dérange le quotidien de Francès en même temps qu’elle fait tomber les masques.

Dans le roman, il s’agit d’Eric, non de Francès. Le choix de remplacer un amour hétéro par un amour homo se discute ; mais qu’est-ce que cela apporte à la trame du film ? Le personnage marginal de Gloria (Béatrice Dalle) est projeté dans un tourbillon de clichés no future plutôt convenus sur fond de Bérurier noir et de graffitis blancs. Si être lesbienne revient à porter des blousons en cuir et scander « Mort aux vaches », l’argument est assez maigre. Sur le papier, la beauté de Gloria ne se réduit pas à sa sexualité : son chaos intérieur, à la fois porteur et destructeur, suffit à sublimer une vie en cloche-pied, sur le fil. Tout comme le roman, le film met sur le même plan le passé à l’hôpital psychiatrique et le présent à Paris : on voit alors la jeune Gloria – brillamment interprétée par Soko – en prise avec le monde adulte, qui la juge et la refuse, sur lequel elle crache volontiers. Francès, internée elle aussi, semble avoir déjà une longueur d’avance sur elle, accentuant sans cesse l’écart entre ces deux personnalités aux destins scellés. C’est le regard de l’autre qui est ainsi mis en cause. Car lequel du patient ou de l’observateur est le plus pervers ?

Virginie Despentes ne cesse de tourner autour de la thématique pourtant constitutive de son livre : celle de la rage, de l’injustice d’aimer sans pouvoir être soi. Francès (Emmanuelle Béart) côtoie des hypocrites qui n’hésitent pas à qualifier de bizarre ce qu’elle admire chez Gloria, et peine cependant à quitter le confort de sa vie, du plateau télé, du yoga et des soirées mondaines. La passion entre les deux femmes vire logiquement à l’auto-destruction – inévitable et topique dans la coexistence de milieux sociaux opposés. Gloria insulte toute le monde sans raison, gueule pour un rien, dérange le mari de Francès (homo lui aussi, mais ça l’arrange bien). C’est pourtant de ce désordre nouveau que naît la recomposition, celle de Francès d’abord, qui se met elle aussi à tabasser son collègue lèche-botte, et celle de son mari écrivain, en retrouvant l’inspiration qui lui faisait alors défaut. Un happy-end attendu, sur les quais de la Seine, est légèrement en deçà du potentiel du roman éponyme.

Hors des passages cloutés, Virginie Despentes ? On l’a compris, ce Bye Bye Blondie visuel (très sonore aussi, mais dans le bon sens du terme) esquisse une rébellion à rebrousse-poil tout en arrondissant les angles. Traitement conventionnel d’une histoire d’amour conventionnelle, avec des personnages d’une inconvenance conventionnelle. Formule très lourde pour une équation à trois inconnues. Ce qui est plutôt dommage, car la reconnaissance n’était pas loin.  

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