Arts & cultures/Cinéma & films

Bellflower

Julien Zimmer, 08/04/2012

 Etats-Unis, 2012, 1h46

De Evan Glodell, avec Evan Glodell

Sortie: 21 mars 2012

 

Bellflower a été réalisé avec un budget ridicule de 17000 dollars. De l’aveu même du réalisateur, cette somme aurait pu être bien inférieure si la Medusa, la voiture-personnage du film, n’avait pas demandé autant de soins. Pourtant, la Buick Skylark hyper bricolée est bien l’élément clef autour duquel s’établit un fétichisme destroy : armes à feu, lance-flamme fait-maison… Si ces objets fascinent autant les deux personnages principaux, Woodrow et Aiden, c’est parce qu’ils leur permettraient de régner en maîtres sur le monde post-apocalypique qu’ils fantasment.

Cette domination ne devrait rien à la puissance mécanique de ces objets, mais à leur force d’hébétement. Associés les uns aux autres, leur simple vue suffirait à susciter le respect de ceux qu’ils croiseraient. Le style comme arme performative.

Cette puissance du style n’est pas juste un fantasme. Au début du film, quand Woodrow et Aiden font la rencontre de Milly et Courtney dans un bar, un filtre posé sur l’objectif donne l’impression de voir la scène à travers une boule de cristal. L’aspect evanescent est contrebalancé par la matérialité du verre qui est donnée à voir. Bellflower est un film halluciné qui se concrétise dans sa force hypnotique.

La stylisation très marquée crée de toute pièce une sphère où les évènements peuvent se dérouler librement. Le drame est affranchi de toute contrainte institutionnelle. On ne sait pas de quoi vivent Woodrow et Aiden, ils ne se soucient jamais d’argent. Pas de familles, pas de voisins, et quand la situation dégénère (sérieusement), même pas le sifflement d’une sirène de police. Dans cette banlieue monotone, seules les passions font lois. Le film est en ce sens profondément romantique. L’amitié, l’amour, la haine, la jalousie… la violence des sentiments gouverne – chaotiquement – ce monde livré à lui-même.

Ce no man’s land est un peu comme le terrain vague où les deux personnages principaux font leurs expérimentations pyrotechniques. L’enjeu de leurs tests est quasiment nul, il s’agit simplement de voir ce que ça fait quand on tire sur une bombonne de gaz. Avant de tirer, Woodrow prévient Aiden: « On pourrait prendre feu ». Et Aiden: « Alors on brûlera ». Cette posture désinvolte et innocente est aussi celle du cinéaste. Le film d’Evan Glodell est un lieu d’expérimentations. Le seul enjeu est de faire des images, et c’est ce qui donne au film sa liberté formelle et narrative.

A la fin, le cinéaste donne corps aux différents épilogues possibles: le fantasme de domination d’Aiden et de Woodrow, la réconciliation avec Milly… La cinégénie de ces deux scènes est telle qu’on remercie Glodell de ne pas trancher. Même si sa générosité donne parfois lieu à des résultats plus discutables, il y a dans cette démarche quelque chose de profondément rafraîchissant. Tout donner au cinéma, pour faire des images qui ne prétendent rien de plus qu’être des images (Evan Glodell a consacré toutes ses économies à ce film, et le scénario est largement inspiré de son histoire personnelle). L’intégrité totale de cette approche nous fait considérer avec bienveillance les irrégularités du film.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s