Rencontre avec l’association Italie Nouvelle

Manon Escande et Federica Paglialunga | L’association Italie Nouvelle : la force du travail collectif et l’innovation culturelle

L’association Italie Nouvelle a été fondée en 2016 en parallèle du lancement du Master Industries Culturelles France-Italie (ICFI). Elle a pour but principal de promouvoir et de célébrer les cultures italienne et française, à travers l’organisation d’un festival annuel. Cet événement, qui représente le cœur du Master, permet non seulement aux étudiants d’appliquer leurs compétences théoriques, mais leur offre aussi une précieuse opportunité de mise en pratique de la gestion de projets culturels.  

Nous avons rencontré Lila et Céline, deux des protagonistes de l’édition 2024/2025 du festival “Identités Errantes : C(h)i Sono” qui s’est déroulé dans les locaux de Sorbonne Nouvelle (campus Nation), du 28 novembre à 15h00, au 1er décembre à 19h00.

Au cours de l’interview, les deux jeunes femmes nous ont expliqué le fonctionnement de l’association et comment les étudiants ont cette année réussi à renouveler et enrichir l’événement.

Comment fonctionne l’association et comment se prépare le festival ?

Lila : « L’association Italie Nouvelle a un président, un vice-président et un trésorier. Les membres changent chaque année ainsi que les pôles en fonction des compétences des étudiants. L’association, en tant que structure légale, permet l’existence et l’organisation du festival, qui est l’événement central du Master. La première phase du projet implique tous les étudiants dès la première année du Master (M1), avec le choix du thème du festival et une participation active à la planification. En deuxième année (M2), les étudiants prennent en charge l’organisation du festival, en appliquant les connaissances acquises en cours, notamment dans les domaines de la communication et de la gestion de projets culturels. »

Quelle est la mission principale de l’association ?

Lila : « L’association a pour vocation de promouvoir et célébrer la culture franco-italienne. Cet objectif est principalement porté par ce festival annuel, devenu le projet central du Master. Depuis neuf ans, le festival évolue chaque année, s’adaptant aux thèmes contemporains et aux besoins des étudiants. Il est amené à évoluer avec le Master, qui reste assez récent. »

Pourquoi avoir fait le choix du format du festival ?  

Lila : « Le format du festival est un choix stratégique qui permet de réunir les différents domaines abordés dans notre Master. C’est une occasion unique de traiter de thèmes variés, en combinant cinéma, théâtre, photographie et concerts dans un seul événement. L’objectif est d’attirer un public large et diversifié, avec une approche créative et accessible. En même temps, le festival reflète l’aspect technique de ce que nous étudions : la communication, la méthodologie, et la recherche artistique. Nous créons un projet complet, de la conception à la réalisation, en explorant les divers aspects de la culture à travers un événement qui est à la fois informatif et festif. Par exemple, nous incluons des ateliers immersifs où le public devient acteur, partageant une véritable expérience. C’est une façon de traiter des thèmes profonds tout en restant joyeux. »

Comment le travail est-il distribué entre les étudiants ?

Céline : « Chaque étudiant apporte ses compétences spécifiques au projet, ses passions : il y en a qui s’occupent de la gestion des réseaux sociaux, d’autres des finances, et d’autres encore des ateliers créatifs. » 

Lila ajoute : « L’intervention des professeurs est fondamentale, ils nous guident grâce à leur expérience. Ils nous indiquent qui contacter, nous donnent des suggestions, mais ce sont ensuite les étudiants qui se retroussent les manches. C’est à nous de passer les appels, d’écrire les mails, de suivre les partenaires et de nous assurer que tout avance comme il se doit. C’est notre festival, et nous le gérons en première ligne ! »  

En outre, Lila souligne que, en plus de permettre aux étudiants de mettre en pratique leurs compétences, le festival offre également l’opportunité aux artistes intéressés d’exposer leurs œuvres. « Cette approche favorise l’ouverture à différentes formes d’art et permet de développer des collaborations avec divers partenaires. »  Ainsi, le festival se veut un événement multiculturel, en évolution continue, toujours à la recherche de nouveaux moyens pour élargir sa portée et sa diversité, aboutissant à un résultat qui non seulement célèbre la culture, mais sert également de plateforme dynamique d’apprentissage et de croissance aux étudiants, qui relèvent les défis concrets de l’organisation d’un événement de cette ampleur.

Est-ce que vous constatez des évolutions d’une édition du festival à l’autre ? 

Lila : « Il y a toujours beaucoup d’évolutions d’année en année, on a l’expérience de nos prédécesseurs, on garde toujours contact avec les alumni. C’est la partie gérée avec les profs, on a des cours dédiés à l’organisation du festival. Ils nous donnent des contacts, des institutions fiables, des idées de partenaires. L’évolution vient aussi du fait que le thème n’est jamais le même. Donc c’est un autre défi chaque année. L’an dernier le thème c’était « L’una di note » donc autour des femmes et de la nuit, ce qui n’a rien à voir avec celui de cette année. Le but n’est pas la cohérence entre les thèmes chaque année mais d’en avoir une diversité. Le thème dépend de la promo et des étudiants au sein de la promo. » 

L’organisation d’un festival franco-italien, en particulier pour une association étudiante comme Italie Nouvelle, semble poser de nombreux défis. Quels sont les principales difficultés rencontrées dans l’organisation du festival ?

Lila : « L’un de nos plus grands défis est la gestion du budget. Étant une association étudiante, notre budget est limité, ce qui rend le projet d’autant plus intéressant. Nous devons être créatifs pour trouver des solutions qui couvrent les coûts, et nous sommes constamment à la recherche de nouveaux partenaires et sponsors pour nous soutenir, sans que les étudiants aient à investir leur propre argent. C’est une vraie difficulté, mais cela nous donne aussi l’opportunité d’apprendre à gérer un projet avec des ressources limitées. Notre deuxième plus grand défi c’est d’intéresser le public, de faire venir les gens. On se concerte et on essaye de trouver un thème à notre image et à l’image des gens qui vont venir. On réfléchit à comment faire venir, et intéresser le plus de gens possible, à la fois piquer leur curiosité et les satisfaire. Qu’ils sortent et soient heureux, touchés ou choqués selon ce qu’on veut provoquer chez eux. Attirer le public c’est avant tout le travail de la communication. »

Céline : « On cherche des partenariats. Si par exemple il y a une nouvelle association franco-italienne à Paris, on va aller les voir pour se présenter. Une autre difficulté c’est qu’on est une asso franco-italienne donc il faut intéresser les deux communautés. Dans nos partenaires on peut avoir des ambassades, des instituts… »

Lila : « Donc nos deux grosses difficultés c’est de faire un festival varié avec des choses intéressantes à voir et de satisfaire le public. Si le public est satisfait, nous aussi. »

Quels autres défis rencontrez-vous ?  

Lila : « Un autre défi est de trouver un équilibre entre les deux cultures, française et italienne. Comment attirer l’attention de la communauté franco-italienne tout en restant ouvert à d’autres publics ? Nous avons des partenariats avec des institutions comme l’ambassade italienne et l’Institut culturel italien, mais maintenir cet équilibre tout en attirant de nouveaux partenaires reste un défi. Nous voulons un festival qui mette en avant les racines culturelles communes et suscite des émotions fortes, sans implication politique. La communication est primordiale, et c’est notre rôle d’en assurer la cohérence. »  

Céline : « Il y a aussi la gestion de la diversité des activités. Notre objectif est de rendre le festival aussi varié que possible, avec une large gamme d’activités culturelles pour plaire à tous les goûts. Nous voulons répondre aux attentes de notre public tout en maintenant un aspect innovant chaque année. C’est un défi constant. »

Quel est le rôle des partenaires et comment gérez-vous le budget de l’association ?  

Lila : « Notre principal partenaire est Sorbonne Nouvelle, avec le fond FSDIE, qui soutient le festival chaque année et met à disposition les espaces nécessaires. Pour obtenir le soutien de ce partenaire, nous devons présenter une véritable initiative étudiante avec un projet concret et un budget bien planifié, afin que la commission puisse nous allouer un budget. En plus de Sorbonne Nouvelle, nous avons une liste de contacts développée au fil des années, incluant des partenaires avec lesquels nous avons établi des liens solides. Ce sont les étudiants eux-mêmes qui prennent contact avec eux, sous la direction des professeurs. »

Participez-vous à d’autres événements associatifs ?  

Lila : « Oui, nous participons à des événements comme “Benvenuti in Francia”, où nous pouvons promouvoir l’association et le festival. Cet événement rassemble la communauté italienne en France et représente une excellente occasion de faire connaître notre initiative et de renforcer nos liens. Nous avons aussi réussi à obtenir le soutien de certaines banques, qui contribuent à rendre le projet possible. »

Parlons maintenant du thème : pourquoi avoir choisi le thème ‘Identités Errantes’ pour cette édition du festival ?

Lila : « Le thème ‘Identités Errantes’ est particulièrement pertinent dans le contexte actuel, où l’identité personnelle et culturelle est de plus en plus fluide et multiple. Aujourd’hui, chacun porte avec soi un bagage personnel qui s’enrichit à travers des expériences diverses. Nous voulions créer un espace pour réfléchir à l’identité multiple, dans lequel chacun puisse se reconnaître tout en étant ancré dans un contexte et un lieu commun, ici à Paris. Le festival invite à explorer ces “identités errantes”, l’idée c’est que l’identité n’est pas figée mais en constante évolution, modelée par les expériences et les interactions. »

Chaque année, le festival se renouvelle en fonction du thème choisi. Les organisateurs collaborent étroitement avec les éditions passées et les professeurs pour bénéficier de leurs conseils et contacts. L’édition précédente, par exemple, avait pour thème « Lune de Nuit », très différent de celui de cette année. « Les étudiants doivent relever le défi d’innover », explique Lila, « tout en conservant une identité cohérente pour l’événement, permettant ainsi une évolution naturelle d’année en année. »

Quel est le message que vous souhaitez transmettre avec ce thème ?

Céline : « Le message central du festival est l’importance du partage des expériences. Nous souhaitons que le public réfléchisse à la façon dont la diversité – tant culturelle que personnelle – peut enrichir une communauté sans créer de barrières. C’est une invitation à s’ouvrir aux autres et à reconnaître que nos différences ne sont pas des obstacles, mais des ressources. »

Donc, l’idée d’une communauté unique ?  

Céline : « Exactement. L’idée c’est qu’au final, nous sommes tous liés par une expérience commune : celle d’êtres humains dans un monde en constant changement. Notre valeur réside dans l’enrichissement mutuel. Dans ce sens, le festival célèbre la diversité tout en promouvant l’unité et le partage, en construisant un sentiment de communauté. »

Quelle place accordez-vous à l’inclusion et à l’accessibilité dans le festival ?

Céline : « L’inclusion est une priorité pour nous. Nous avons conçu le festival pour être accessible, indépendamment des capacités physiques. Par exemple, tous les lieux sont équipés d’ascenseurs, de signalisation claire et sont facilement accessibles aux personnes à mobilité réduite. Nous avons également veillé à rendre les projections accessibles : tous les courts métrages sont projetés avec des sous-titres pour que chaque participant puisse profiter du contenu sans restriction. »

Il s’agit donc d’un festival inclusif au sens large, pas seulement pour les personnes en situation de handicap physique ?

Lila : « Exactement. Nous abordons un thème identitaire qui va au-delà des catégories traditionnelles du genre ou de l’apparence physique. L’objectif est de réfléchir sur qui nous sommes, par rapport à nous-mêmes et aux autres. L’inclusivité ne concerne pas seulement l’accessibilité physique, mais aussi l’accueil de toutes les identités, sans préjugés. Peu importe qui vous êtes, l’important est que vous apportiez votre identité personnelle et votre façon d’être. Pour nous, ce qui compte, c’est que chacun se sente le bienvenu et puisse participer. »

Cette approche semble assez avant-gardiste… qu’espérez-vous que le public retire du festival ?  

Céline : « Merci ! Nous espérons que chaque personne devient plus consciente de son identité et qu’à travers le partage d’expériences, une communauté se crée, où la diversité est perçue comme une valeur. Nous voulons que le public emporte avec lui non seulement l’expérience du festival, mais aussi un message d’ouverture et d’accueil envers toutes les formes d’identité. » 

Céline, Lila, parlez-nous un peu de vos motivations !  

Lila : « D’abord, j’avais envie de faire l’expérience d’organiser professionnellement un événement culturel, de communiquer avec le monde réel de la culture. La deuxième raison c’est que j’ai des centres d’intérêts très divers. 

Céline : « Je suis intéressée par le cinéma en général,  suis sensible au théâtre et ai toujours été passionnée par la communication, le cinéma et le théâtre, et c’était donc naturel pour moi d’apporter ces compétences au festival. D’autant que j’avais déjà une expérience en communication, j’ai hésité à faire un Master en communication. Ici, j’ai la possibilité d’apprendre et d’appliquer ce que je sais faire  dans un projet stimulant et créatif. Chaque année, le festival devient une opportunité d’expression personnelle et de plaisir ! »  

Lila : « En tant que trésorière, je m’occupe des partenariats, notamment avec les institutions. J’apprécie particulièrement d’interagir avec ces entités et de bâtir des collaborations qui soutiennent le festival. C’est une opportunité de mettre en pratique mes compétences dans un contexte dynamique, tout en contribuant à la vie culturelle parisienne. »

Donc, le festival est aussi une opportunité de grandir ? 

Céline : « Exactement ! Ce n’est pas seulement un événement, mais une expérience formatrice qui nous permet de gérer un projet culturel réel. Nous travaillons avec différentes compétences professionnelles, chacun apportant ses passions et ses talents. »  

Lila : « En plus de l’aspect professionnel, le festival nous permet de nous amuser et de partager nos passions. Chaque édition est unique, mais l’objectif reste le même : unir, célébrer et apprendre. »

Information pratiques :

N’hésitez pas à jeter un coup d’oeil sur le site web de l’association http://www.italienouvelle.fr et sur le profil Instagram @italie_nouvelle

1 commentaire

  1. Merci pour cet article captivant qui met en lumière, une fois n’est pas coutume, le travail collectif et l’innovation culturelle portés par l’association Italie Nouvelle. L’implication des étudiants dans un projet aussi riche et diversifié est non seulement inspirante, mais aussi bien sûr ultra-formatrice pour leur avenir professionnel. Après la question est de savoir comment l’association envisagera d’assurer la pérennité et l’évolution du festival tout en maintenant son essence collaborative et inclusive, face aux défis croissants de financement et de renouvellement des partenariats…

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