Axelle VANBERG | Au cours des dernières semaines, les attaques du président des États-Unis, Donald Trump ainsi que du vice-président J.D Vance envers la recherche et l’enseignement supérieur qualifiés de “menaces” pour l’État, insurgent la communauté internationale, notamment en France. Pourtant, qu’en est-il de ces domaines dans notre pays si fier de son université publique ?

Le 5 février 2025, la loi de finance proposée par le gouvernement a été adoptée, prévoyant 10 milliards d’économies au total, afin de pallier la dette française. Ces économies ont été réparties dans les différents ministères et, concernant le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, une coupe de 1 milliard lui a été imposée. Ainsi, nombreuses sont les universités dénonçant ces coupes budgétaires comme l’amenuisement des ressources qui leur sont allouées, amenuisement initié depuis 2 décennies.
En effet, la cible de ces coupes et ses implications inquiètent. Les conditions d’étude et de recherche se voient bouleversées : les bibliothèques universitaires ne disposeront plus de nouveaux ouvrages et d’œuvres plus récentes, faute d’argent pour les commander. Par ailleurs, certaines de ces bibliothèques pourraient fermer. De même que les infrastructures universitaires ne pourront être rénovées si besoin, tout comme elles ne pourront être équipées de sorte à assurer aux étudiants des conditions optimales.
Les boursiers seront également affectés par ces restrictions car elles opéreront une réduction drastique des bourses délivrées. En outre, les responsables du CNOUS (Centre national des œuvres universitaires et scolaires) ont annoncé le dégel des loyers en résidence universitaire qui seront désormais soumis aux lois du marché immobilier, elles-mêmes suivant des logiques bien souvent croissantes.
Enfin, la recherche française pâtit de cette volonté de réduire la dette puisque les universités ne pourront plus assurer le financement de toutes les thèses de doctorants, pour certaines universités, c’est 80% de celles-ci qui ne seront plus soutenues. De plus, la position des vacataires se précarise davantage : les vacataires, représentant 30% de l’enseignement supérieur, sont bien souvent les chargés de TD. Avant février 2025, ils ne pouvaient déjà pas cotiser pour leurs retraites et étaient payés aléatoirement car ils n’étaient pas la priorité. Ils pouvaient alors quelquefois attendre leur salaire, bien souvent maigre, pendant plusieurs années. De ce fait, les vacataires et doctorants seront certainement la frange la plus affectée directement par la réduction du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche.
L’enjeu tel que présenté par les universités est simple : ou bien accepter ces coupes, se résoudre à trouver ces financements manquants ailleurs auprès d’entreprises privées, de mécènes et risquer l’indépendance des universités, ou bien résister.
Pour cela, plusieurs réactions se positionnent comme des tentatives de protestation contre les coupes budgétaires imputables à l’État.
Certains décident de bloquer leurs universités, partout en France, comme l’ont fait l’Université de Rennes 2, l’Université de Caen, l’Université de Bordeaux-Montaigne, l’Université de Poitiers et bien d’autres. Toutefois, cela soulève des critiques car le blocus des universités isole les étudiants qui ne sont pas mobilisés, ne leur permet pas de s’informer sur la situation et surtout empêche l’éducation alors que l’objectif de ces blocus est justement de lutter pour.
Lorsque les enseignants décident de se mobiliser, un blocus Parcoursup peut être décidé. L’avantage : les commissions de tri des vœux Parcoursup propres à chaque UFR délèguent cette tâche au rectorat qui se retrouve alors débordé et embarrassé de la situation. Cependant, cette méthode d’action est débattue car elle introduit une sélection injuste des vœux, basée uniquement sur les notes du baccalauréat.
Les professeurs, enseignants-chercheurs et chargés de TD d’un même UFR sont également à même d’appliquer un “chômage technique” ou une grève afin de se soulever contre cette décision budgétaire. Prenons l’exemple de l’École de Science Politique de La Sorbonne (Paris 1) qui l’a mis en place : globalement les professeurs font de leurs cours ce qu’ils choisissent d’en faire. Ils peuvent l’annuler ou proposer un cours alternatif qui permet de discuter de la situation actuelle de l’enseignement supérieur et de la recherche, de s’informer et de réfléchir en collectivité. D’autres tiennent simplement leurs cours. Seulement, cette déclaration de “chômage technique”, ou grève dans les faits, souligne l’universalité de cet enjeu qui ne peut se réduire aux étudiants. Par ailleurs, ces enseignants tentent de médiatiser les conditions imposées à l’université publique par diverses démarches telles que la publication d’une tribune dans le Nouvel Obs (18/03/2025).
L’annonce des coupes budgétaires est aussi à l’origine d’un vaste mouvement de manifestations publiques réparties en France.
Afin de mobiliser, les protestataires questionnent le statut de ces coupes budgétaires : sont-elles seulement contextuelles et ponctuelles, ou bien sont-elles plutôt un symptôme du mépris de l’université publique, révélateur de la suite du traitement qui lui sera réservé ?
Acceptons-nous ce que l’Etat prévoit pour l’université publique ? Comment veut-on miser sur son avenir, sur notre avenir ?
