De l’écologie dans une faculté littéraire : penser l’écologie autrement ?

[Par Albien Gakegni]

 

Du 18 au 23 février 2019 a eu lieu le Festival de la création étudiante à la Sorbonne Nouvelle. A cette occasion l’Association pour la Responsabilité Environnementale à Paris 3 a accepté de répondre aux questions d’un rédacteur du journal Nouvelles Vagues. Fondée en novembre 2018 par Sophia Chhor, cette jeune association est composée d’une dizaine d’étudiant.e.s appartenant à différents départements. Elle a pour objectif principal de sensibiliser des étudiant.e.s de la Sorbonne Nouvelle sur les enjeux écologiques et surtout à l’urgence environnementale d’aujourd’hui en menant une série d’actions comme l’organisation de conférences, mais aussi d’autres activités comme le cas de “Sorbio”, qui consiste en la mise en place de paniers de fruits en collaboration avec un producteur local. 

 

Comment est née AREP ? 

AREP : Avant il y avait à Paris 3 une association écologique et solidaire qui s’appelait « Les collettes ». Lorsque Sophia Chhor a voulu adhérer à cette association, ce n’était plus possible parce que tous les membres avaient fini leurs parcours et avaient donc quitté la Sorbonne Nouvelle. C’est là qu’elle a décidé de créer une nouvelle structure et nous a toutes recrutées. Nous avons actuellement une quinzaine de membres. Ce qui nous permet d’avoir des pôles dédiés aux différentes actions. 

Est-ce que cette activité est liée à votre formation à l’université ? 

AREP : Nous sommes dans une faculté de lettres et de sciences humaines, et il n’y a donc pas de lien direct avec la préparation d’un diplôme d’ingénieur en la matière. Nous sommes persuadées que l’on n’a pas besoin d’un Master en écologie pour s’intéresser un tant soit peu à l’écologie. Beaucoup de personnes voient l’écologie comme purement physique, chimique et mathématique, alors qu’il y a plusieurs enjeux écologiques qui touchent à la construction sociale ou économique. C’est assez primordial et c’est quelque chose qui touche tout le monde. 

Comment définissez-vous l’écologie ? 

AREP : C’est un état de fait. Dans le contexte français, c’est une manière de poser des actes en pensant à l’avenir. Aujourd’hui nous n’avons pas l’impression que nous ayons un futur viable de l’espèce humaine. On nous a toujours nourris avec des phrases comme « il faut faire de petites choses », « il faut éteindre l’eau quand on se lave les mains… » Pour nous c’est important, mais il faut également se placer à une échelle politique. Il y a quelques semaines par exemple, nous avons organisé une conférence sur la compatibilité entre capitalisme et écologie. C’est une question tout à fait discutable. Mais pour nous l’écologie va de pair avec la solidarité et l’égalité. Et il faut donc penser aussi à repenser l’économie et le système dans lequel on vit. 

Que menez-vous comme action concrètement au sein de la Sorbonne Nouvelle ? 

AREP : Ce que nous promouvons sur le terrain ce sont de petites actions. C’est pour cela que nous proposons en ce moment des cookies vegan et des recettes de shampoing sec que l’on fait soi-même. Mais cela reste un travail de sensibilisation. En promouvant ces petites actions, on fait monter la question de l’écologie dans les consciences des étudiant.e.s de Paris 3. Parce que ce n’est que lorsqu’on commence à se demander « pourquoi j’avais mangé ce cookie vegan l’autre jour, pourquoi est-ce qu’on nous parle de production de produits d’origine animale ? » que l’on va décider d’écrire aux élus, d’aller manifester. Tous les vendredis d’ailleurs nous organisons des départs groupés pour les semaines de Vendredi Vert

 

Quels sont vos projets actuels, notamment pour le nouveau Campus de la Sorbonne Nouvelle ? 

AREP : Pour le campus Nation, nous avons l’intention de demander l’autorisation de mettre en place un compost et si possible un jardin partagé. C’est un travail à long terme qui nécessite impérativement que nous travaillions en collaboration avec l’administration, pour l’exploitation de l’espace. C’est primordial que ce nouveau campus, encore en construction, se mette au pas du futur. Rendre meilleur les conditions d’études dans une université passe à la fois par l’amélioration des locaux en fonction du confort des étudiant.e.s et aussi celle de la question écologique.

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(Source photo du futur Campus à Nation)

Est-ce que sensibiliser les étudiant.e.s suffit pour atteindre les objectifs que vous visez ? 

AREP : Avec la volonté de mettre en place un compost et potentiellement un jardin partagé, on touche à la fois les étudiant.e.s et l’administration. Nous avons un système législatif aujourd’hui dans la gestion des facs, et ça devient extrêmement compliqué. L’attitude très sceptique de l’administration française, et des facs en particulier, montre qu’elle est très frileuse en ce qui concerne les nouvelles initiatives que pourrait mener à bien un nouveau campus. Pour nous, mettre en place un campus vert ne pourrait être que bénéfique parce que cela permettrait de montrer que l’on peut repenser le système d’éducation autrement.

Pensez-vous que l’administration est favorable à votre démarche ?

AREP : C’est une situation compliquée. On aimerait par exemple réutiliser les toits du campus de Nation qui sont des toits plats, pour faire de l’agriculture hors sol, comme les bacs de jardinage que l’on retrouve dans certains collèges du 20ème arrondissement. Le but est de revendre ses légumes, ou de les offrir à des associations qu’elles soient caritatives ou non. On aimerait surtout reverdir le toit du campus dans un environnement parisien assez pollué. Ce serait un idéal. Mais la question d’y arriver est toujours particulière, parce qu’encore une fois on se heurte à l’administration qui ne semble pas approuver le projet. 

Parler écologie dans une fac de lettres, est-ce la repenser ?

AREP : Nous ne sommes pas là en tant qu’étudiantes en lettres, mais en tant qu’étudiantes simplement et en tant que personnes jeunes qui voulons un avenir meilleur. L’écologie a toujours été politique et non scientifique. Nous pensons que c’est un devoir de créer une association écologique dans une fac, quelle qu’elle soit.

L’écologie dans une fac, n’est-ce pas un travail de politisation de la vie étudiante ?

AREP : D’une certaine manière, c’est le cas, dans ce sens où sur la question de la politique et de l’écologie il y a soit un manque d’information, soit tellement d’informations qu’il est impossible de savoir où se positionner. Notre action permet aux jeunes qui vont voter dans le futur, de pouvoir prendre de bonnes décisions après qu’ils soient informés. Nous pensons que les associations se disent apolitiques simplement parce qu’elles ne veulent pas se heurter à l’administration. Mais en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas apolitiques, parce que pour nous l’écologie est forcément politique. C’est une urgence sociale humaine, et ce serait hypocrite de notre part de le dire.

Quel moyen d’action pour faire face à la politique « législative » de l’administration ?

AREP : Nous pensons que face à l’administration c’est la diplomatie qu’il faut mettre en place comme moyen d’action. Nous n’avons pas l’intention de taguer tous les murs de l’université pour avoir des toits verts à Nation, par exemple. Il y a déjà une subvention de la ville de Paris qui soutient ce genre d’action étudiante dans sa politique « verte urbaine ». Si on se heurte à l’administration qui n’a pas forcément le temps ou l’envie de travailler sur ce sujet-là, on pourra toujours « déjouer » ces administrations-là en passant par un appui de la mairie. Le problème c’est que l’administration elle-même n’est pas la principale force au-dessus de la pyramide. Ce sont des personnes qui se heurtent à plusieurs règles et régulations. 

Quel est votre avis par rapport aux contraintes rencontrées et aux politiques opposées?

AREP : Nous pensons qu’il y a une espèce de paranoïa générale qui est transmise. Aujourd’hui nous savons qu’avec l’urgence climatique, les architectes et les politiques devraient repenser les bâtiments. A l’Arsenal à Paris par exemple, ils ont fait une exposition sur la ville verte pour montrer comment introduire l’agriculture en ville. On constate là une réflexion autour de la question de la réutilisation de l’énergie. Lorsqu’on a un système de refroidissement de la salle informatique de la fac, ça produit une chaleur énorme qui pourrait être utilisée à un autre endroit. Mais on n’est pas encore dans cette dimension, et c’est ça qui est triste. Nous ne connaissons pas évidemment l’architecte du campus Nation. Mais c’est dans notre devoir de nous questionner et de faire part de ce questionnement aux étudiants.

 

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