Marie GLIMPSE | Diplômée l’an dernier d’un master en littérature comparée à Paris 3, je m’affaire depuis à tenter d’obtenir un contrat doctoral : vaste entreprise faite de stress, de déceptions, mais aussi d’immenses joies, comme ce fut le cas lors de mon expérience du Synapsis.

C’est une simple annonce sur un site spécialisé qui a retenu mon attention il y a plusieurs mois : la Scola Normale Superior de Pise organise son école d’été de littérature comparée, au mois de septembre, en Toscane. Ouverte aux étudiants du master au post doctorat de toute l’Europe, elle promettait de travailler ensemble sur le thème : “knots and bonds”
Avec beaucoup de naïveté, et sans vraiment y croire, j’ai alors préparé mon dossier de candidature, parmi lesquels devait figurer un curriculum vitae universitaire, mais aussi et surtout une présentation de mon projet de recherche et de son lien avec le thème proposé cette année. Cet élément est essentiel, et si vous souhaitez y participer, il faudra le soigner : certains étudiants normaliens, malgré un CV prestigieux, n’ont pas été retenus, faute d’avoir suffisamment travaillé ce point.
Après plusieurs semaines d’attente, et alors que je ne m’y attendais pas du tout, j’ai été surprise de recevoir ce mail: “Chère candidate, nous sommes heureux de vous informer que vous avez été sélectionnée pour participer au Synapsis 2025”. 90 candidatures pour 40 places: je n’en croyais pas mes yeux.
J’ai donc pris la route vers San Miniato pour cette semaine, dont les frais sont généreusement pris en charge par l’ENS de Sienne, grâce à une subvention européenne. J’ai eu le plaisir de découvrir un lieu sublime, en plein cœur de la Toscane. Nous avons été accueilli, pour les conférences et ateliers au conservatoire de la ville, ainsi que pour les repas et les nuits à l’hôtel le plus proche. Des étudiants de toute l’Europe étaient présents: Allemagne, Italie, France, Belgique, Portugal, Danemark, Angleterre.
Chaque matin, deux conférences plénières étaient proposées par des professeurs du monde entier : Université de Chicago, UCLA, Université de Rome, Université de Gant, Université de Pau … Une expérience linguistique et de pensée exigeante puisque certains étudiants parlaient jusqu’à 8 langues couramment. L’après-midi, en groupe plus restreints, sous la direction d’un professeur, nous menions des réflexions sur un corpus commun. Au programme du panel dirigé par Helena Beauscu (Université de Lisbonne) : Musset, Racine, Lobo Antunes et Machiavel. Des échanges chaleureux, de haut niveau, qui avaient pour but que chacun puisse élaborer un pré-projet de recherche, en vue, pour les plus téméraires, de la publication d’un article de recherche.
Après quoi, du théâtre ou des films étaient proposés, avant le dîner, où se mêlent étudiants, organisateurs et professeurs.
Je ne saurais vous dire à quel point cette semaine a été marquante pour moi. Au plan professionnel, car j’ai pu me confronter à des chemins de pensée différents, à des bagages culturels variés et travailler les langues étrangères. Au plan personnel, car ce rythme intense, en vase clos, a donné naissance à des amitiés fortes avec les autres étudiants mais aussi du fait de la rencontre des professeurs. Les écouter en conférences était passionnant, pouvoir échanger de manière informelle avec eux sur les temps de pause était édifiant. Je pense notamment à des échanges avec Thomas Pavel, éminent professeur, qui est une leçon d’humanité et d’humilité. Très disponible, il a échangé avec nous en toute simplicité et a répondu à nos questions en étant très didactique. De même, je garde en mémoire les conversations avec Barry Mc Crea ou Arnaud Schmitt, qui ont discuté avec nous avec une grande générosité.
Ainsi, je recommande à tout un chacun de tenter, en master ou plus tard, ce type d’expérience qui permet, non seulement de créer un réseau professionnel et personnel formidable, mais aussi de se remettre en question sur le plan intellectuel comme d’avoir une idée du monde de la recherche à l’étranger.
