La dictature en Iran : la crainte d’un retour en 1988 ?

Justine GAUTIER | La dictature en Iran, installée depuis les années 1950, menace de recommencer le schéma de répression sanglante de l’été 1988, où près de 30 000 prisonniers furent exécutés dans des circonstances allant à l’encontre des droits de l’Homme.

Un contexte politique et géopolitique : entre convoitises et dominations 

La fin du XVIIIe siècle voit le début du règne de la dynastie des Qadjars (1794-1925). Autrefois, sous une monarchie, l’Iran, auparavant appelé la Perse (le pays change de nom pour l’Iran en 1935) est au centre des enjeux territoriaux alimentés par le rendement de provinces. Les britanniques ainsi que la Russie s’intéressent à la Géorgie (cédée à la Russie en 1813) et au Daghestan, connaissant le même sort en 1828 par le traité de Torkamantchaï. Un parlement est créé en 1906 suite à un mécontentement envers le shah de la part d’une élite intellectuelle, diminuant ses pouvoirs. C’est en 1941 que le dernier shah prend le pouvoir en Iran : Mohammad Reza Pahlavi.

La date du 19 août 1953 marque l’opération “Ajax”, le coup d’état qui renverse le premier ministre Mohammed Mossadegh. Il est nommé Premier ministre aux côtés du shah en 1951. Ce dernier mit alors fin à son exil afin de reprendre pleinement le pouvoir. Il est couronné le 26 octobre 1967 malgré une forte contestation entre janvier et juin 1963, en réponse à des réformes ainsi qu’un référendum visant à moderniser et affirmer son économie, son soft et hard power dans le plateau de jeu international. Perspective Monde estime le nombre de morts cette année-là à environ 1 000 morts. 

Puis, les partis politiques sont dissous en 1975. Le shah fut renversé par le retour de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, qui réclame une République Islamique le premier février 1979. 

Elle n’a rien de république ni d’islamique” témoigne une militante de la CSDHI (Comité de soutien aux droits de l’Homme en Iran. “Les élections sont une mascarade électorale, le guide suprême choisit quatre pions […] c’est pas le peuple qui les choisit, ils doivent passer par le filtre du guide suprême pour accéder aux candidatures” dévoile la militante, “Même si personne ne va aux urnes, on dit qu’il y a 60% de participation”. Ainsi se met en place une république tournant vers des méthodes totalitaires afin d’assurer sa durabilité “Khomeiny a coupé toutes sortes d’espoir de réformes. Il n’y avait plus d’espoir, on ne pouvait plus rien faire de l’intérieur.”

La mise en place d’un autoritarisme qui perdure 

Les années 80 sont un exemple de la répression anti-démocratique : une fatwa est publiée par le régime en 1988 : « Comme les [Moudjahidine du peuple (OMPI ou MEK)] ne croient pas en l’islam… et comme ils font la guerre à Dieu… Il est décrété que ceux qui sont en prison dans tout le pays et qui restent fermes dans leur soutien à l'[OMPI] font la guerre à Dieu et sont condamnés à être exécutés.” cite la 49e session du Conseil des droits de l’Homme est publié le 4 février 2022.

Les exécutions commencent. Des familles sont parfois exécutées communément. C’est le cas de la famille Shafaei : le médecin de la famille est arrêté par le régime de mollah pour son soutien à l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI). Le médecin accompagné de son épouse, quatre de leurs enfants et leur gendre, arrêtés à sa suite, furent exécutés. Un des enfants, Zohreh Shafaei, survivante de massacre, prend la parole lors d’une conférence organisée le 24 août 2024 en compagnie d’autres familles de victimes, la vidéo est diffusée sur le site de NCRI Women Committee

Mahmood Amiry-Moghaddam, représentant de l’ONG Iran Human Rights, dans une interview consacrée à France Info en 2023, estime que plus de 70% des enfants tués dans le monde par une politique sont des enfants de la République Islamique d’Iran. Les enfants sont parfois arrêtés et emprisonnés avec leur famille. C’est le cas de la militante A.

Elle même arrêtée à deux reprises dans la prison de Vignes, une première fois avec sa mère et sa grand-mère et une seconde fois uniquement avec sa mère. Âgée de 6 ans et demi la seconde fois, “Je me rappelle de tout, de tous les moments vécus là-bas ; à partir du moment de l’instant où on était dans la voiture, ma mère avait les yeux bandés pour qu’elle ne sache pas où elle va, c’était l’usage” raconte-t-elle “j’ai vécu avec ma mère pendant deux mois dans une cellule d’isolement, froide, sans lumière, rien du tout…C’est là où ma mère était amenée toutes les nuits pour être interrogée, torturée. Quand je m’endormais, on l’arrachait à moi et je restais toute seule”.

Il est urgent de mettre fin à l’impunité en République Islamique d’Iran pour l’exécution massive de milliers de prisonniers politiques en 1988”, publie la 35e session du Conseil des Droits de l’Homme en mai 2017. Le terme de “crime contre l’humanité” est employé pour désigner ces faits accusés. Près de 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés l’été 1988 par le régime des mollahs. Arrêtés parfois pour avoir tenté de quitter le pays, d’autres fois pour avoir été surpris dans une manifestation. Selon différents témoignages des membres de la famille des défunts, ces derniers furent exécutés après un procès “express”, de quelques minutes et centralisé autour d’une question : “Quelle est votre appartenance politique ?”, des faits confirmés par le rapport. Trois personnes forment le Comité de la Mort et décident du sort du prisonnier. Avec ou sans preuves des crimes dont il est accusé, il est exécuté, parfois publiquement. 

Ces dénonciations résonnent avec les témoignages des proches de prisonniers politiques qui ont pris la parole lors de la visoconférence du CSDHI du 14 août 2025 diffusée sur Youtube. Les intervenants, dont certains sont proches de prisonniers politiques et l’un lui-même prisonnier politique, témoignent d’injustices similaires : un manque d’honnêteté et d’empathie de la part des autorités et du gouvernement, des mensonges autour du décès même dans l’acte de décès, des remarques froides et cruelles, de mauvaises conditions au sein des prisons,… 

Le rapport relate l‘existence d’une cassette audio d’Ahmad Montazeri, membre du système des pères fondateurs du régime. Cette cassette, apportée par son fils, confirme les accusations sur les membres du judiciaire et du ministère des Renseignements. Son fils fut arrêté pour “propagande contre le système” et “atteinte à la sécurité nationale”.
Les exécutions se sont faites plus discrètes par la suite, sans s’arrêter. Le 15 novembre 2019, des manifestations contre la hausse du prix de l’essence élargissent leur combat à des revendications contre le régime. En réponse à ces soulèvements, l’État engage une répression sanglante. Le CSDHI compte 1 500 personnes tuées, 4 000 blessées et 12 000 arrêtées.  


D’autres exécutions, parfois publiques, ont été orchestrées au début des années 2000, jusqu’en 2024 où la répression connaît une hausse de crimes, se rapprochant de 1 000 personnes exécutées ; selon Le Courrier International reprenant les chiffres d’Iran Human Rights et Ensemble contre la peine de mort.

En février 2022, le rapport de la 49e session du Conseil des droits de l’Homme est publié par une convergence d’associations dont Women’s Human Rights International Association et Edmond Rico. Ils furent à l’origine d’autres rapports demandant une enquête internationale sur les faits antécédents et actuels des potentiels crimes du régime. Le terme de génocide est employé par l’ancien juge de l’ONU, Geoffrey Robertson. 

À l’heure actuelle, on compte 55 prisonniers politiques, des femmes comme des hommes. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 1 000 condamnés à mort ont été exécutés entre janvier et fin septembre 2025. Parmi ces exécutions, 64 d’entre elles seraient conduites uniquement la semaine qui précède la publication du décompte.

Sur le site du Sénat, la sénatrice Mireille Jouve du sénat de Bouches-du-Rhône alertre le ministre de l’Europe à propos des exécutions de la peine de mort en Iran, parfois sur des mineurs. Condamnés à des reconnaissances de charges comme la consommation de stupéfiants, de vols,… Des peines trop sévères pour ces condamnations, selon le droit international.

Un rapport de 2025 allie International Federation of Business and Professional Women, Women’s Human Rights International Association et l’association internationale pour l’égalité des femmes. Ce rapport demande une action internationale “pour éviter la répétition du massacre de 1988 en la République Islamique de l’Iran”. Il évoque également une éloge du massacre de 1988 faite le 7 juillet 2025 par l’agence Fars News, une presse liée au gouvernement. Vingt jours plus tard, deux prisonniers politiques ont été tués. 

Les associations internationales rédactrices de ce rapport réclament des mesures immédiates auprès de l’ONU face à son manque d’action. La situation interroge les participants de la visioconférence du 14 août 2025. Certains invités et le dernier intervenant ont émis l’hypothèse sur ce jeu de l’aveugle. Seuls les rapports liant l’Iran aux autres pays membres de l’ONU seraient prioritaires..

Un espoir d’affaiblissement du régime serait à espérer. Avec l’évolution numérique, il devient plus compliqué de cacher ce qui se passerait au sein des prisons “du fin fond des prisons, ils sortent des informations instantanément, il y des smartphones qui circulent en cachette dans les prisons […] On ne peut plus cacher ce qui se passe dans les prisons” explique la militante A. S’ajoutent les défailles économiques (coupures d’eau et d’électricité quotidiennes selon Le Monde et France Info) ainsi que des manifestations extérieures comme celle de la CEDH aux Etats-Unis. Le Président iranien était Washington dans le cadre d’un déplacement professionnel. Le but de ces manifestations est d’attirer l’attention internationale qui motiverait et donnerait le champ libre au peuple de se rebeller à son tour. 

L’avenir du gouvernement d’Iran semble osciller entre : un affaiblissement progressif ou un retour en arrière rappelant 1988 ?

Merci au CSDHI et à A pour leur coopération.

Sources 
  • Larousse, “Titre honorifique donné aux principaux chefs religieux de l’slam chiite” ce terme serait également utilisé pour évoquer une “personne aux idées rétrogrades qui use de manière arbitraire et tyrannique des pouvoirs étendus dont elle dispose” 
  • Perspective Monde,  “Iran | Histoire du pays |” et Universalis “Iran – Histoire et Politique”
  • France Info,  Nathanaël Charbonnier, 13/04/2023,  Exécutions en forte hausse en Iran : “La seule solution qu’ils ont trouvé pour intimider la population” dénoncent des ONG 
  • Le Courrier International pour la quantité de personnes exécutées 
  • NCRI Women Committee  pour évoquer le cas de la famille Shafaei 
  • Sénat : Question écrite n°02955 – 17e législature
  • La Croix : Iran : au moins 1 000 condamnés à mort exécutés depuis le début de l’année, selon une ONG, 23 septembre 2025
  • Le Monde : En Iran, des coupures quotidiennes d’électricité et d’eau affectent la vie quotidienne et l’activité économique, par Ghazal Golshiri, 06 août 2025
  • France Info :  “Eau, électricité, vie !” : Les Iraniens bravent la répression, 28 août 2025

 1Que nous appellerons A pour conserver son anonymat

2Une association regroupant des militants, voyageant parfois à travers le monde pour leur manifester

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