Elisa GUIDARELLI | Pour ce troisième article de la série, nous nous intéressons à la bibliothèque de Cordoue (Cordoba), dans l’actuelle Espagne. En 961, Al-Hakam II succède à son père au pouvoir du califat omeyyade de Cordoue. Pendant son règne d’une quinzaine d’années, l’Espagne musulmane connaît son apogée, à la fois politique et culturelle.
L’université de Cordoue accueille la bibliothèque créée par le souverain, véritable symbole de la culture andalouse. On dit qu’elle est l’une des plus grandes bibliothèques royales de son temps, comptant plus de 400 000 ouvrages. Les thèmes sont très vastes : histoire, sciences, littérature et tant d’autres encore. La bibliothèque est très bien organisée dès le début : des copistes, relieurs, miniaturistes etc… : le personnel universitaire est spécialisé.
L’histoire a retenu deux personnages en particulier : deux femmes employées dans cette bibliothèque. La première, Lubna de Cordoue, est avant tout une intellectuelle, poétesse et mathématicienne, originaire d’Andalousie. Les débuts de sa vie sont peu connus. Selon certains, elle était esclave, puis libérée avant de recevoir une éducation exceptionnelle.
Elle gravit les échelons et devient la secrétaire personnelle du calife Al-Hakam II, une position très importante et influente. Son rôle le plus connu est bien sûr celui de bibliothécaire : elle est chargée d’acquérir de nouveaux ouvrages, d’annoter les livres et de les traduire. Car oui, c’est une polyglotte qui maîtrisait l’arabe, le latin, et l’hébreu, car elle était amenée à voyager fréquemment.
La deuxième femme que les sources médiévales ont retenue est Fatima. Les informations sont rares mais on peut affirmer qu’elle descend d’une famille de scribes. Elle est bibliothécaire en chef : elle organise, classe, rend les livres faciles d’accès pour les visiteurs grâce à son système ingénieux. Il est difficile d’affirmer avec certitude l’identité des autres travailleurs de la bibliothèque, mais les historiens estiment qu’il y en avait environ 500, chiffre exceptionnel pour l’époque. La place de ces deux femmes permet d’affirmer le rôle féminin essentiel dans la culture et les connaissances dans l’histoire médiévale, qui ont été invisibilisées par leurs successeurs.
Les bibliothèques sont avant tout des lieux de savoir mais aussi parfois de résistance, culturellement symboliques, ce qui en fait des espaces sensibles et fragiles. A la mort de al-Hakam II, des invasions étrangères prennent le contrôle de Cordoba et la bibliothèque royale doit se débarrasser de certains ouvrages qui ne correspondent pas aux valeurs religieuses des nouveaux dirigeants. Le successeur fanatique fait détruire complètement les collections par le feu. Ces nouveaux orthodoxes estiment que les sciences présentes dans les livres sont fausses, arriérées et ne servant pas leurs idéaux. Ces grands incendies marquent la fin de l’âge d’or culturel de la ville et la perte de connaissances précieuses.

