JULIENNE Emma, ZELENINA Mariia | Peintre, émailleur et plasticien. La combinaison de ces domaines constitue le travail de Christophe Mirande. Artiste indépendant, il a récemment exposé ses œuvres aux Abbesses dans le 18e arrondissement de Paris. Du cuivre à l’émail en passant par le zinc, rien n’est laissé à la poubelle. À la recherche de nouveautés, Christophe Mirande ne cesse de tester de nouveaux formats artistiques pour « intriguer et toucher le spectateur ».

Caché entre les ruelles de Montmartre, se trouve l’atelier de Christophe Mirande, et dès qu’il reçoit un appel, il se dépêche d’ouvrir le portillon pour les visiteurs. Après, il regarde curieusement dans la rue, au cas où quelqu’un d’autre arrive à son exposition. Il n’y en a pas et il amène les venues à travers le labyrinthe de cours vers son lieu de travail. Une blanche porte de service avec un grand cercle rouge en émail au milieu d’une fenêtre s’invite dans un studio compact, qui lui rappelle de son chemin unique : « Chaque matin, quand j’arrive ici, je me dis que j’ai une chance folle ».

Passion avant tout
Destiné à l’origine au monde de l’édition, Christophe Mirande exerce le métier d’artiste depuis près de 15 ans, mais il ne se considère pas comme faisant partie des « médiums traditionnels » : « Parce que si j’étais artisan en tant qu’émailleur, on attendrait de moi beaucoup plus qu’un savoir-faire traditionnel, c’est-à-dire une maîtrise ». Par ses gestes expressifs, il exprime cette réorientation se voulant bénéfique : « Je mettais en avant des livres écrits par d’autres personnes, et moi-même j’avais envie de créer et je ne me voyais pas créer avec des mots. »
Le choix des matériaux n’est pas aléatoire, mais reflète la vision du monde de l’artiste. Pour lui, « la vie est comme ça, c’est le meilleur et le pire », d’où vient le mélange d’émail sophistiqué et un peu brillant avec des matières plus « raides, grossières et brutes », mais aussi le contraste de couleurs. Cette ambivalence est amplifiée par les images de « feu qui brûle, qui détruit, mais de feu qui protège et réchauffe », et les couleurs chaudes du feu des braises et de l’incandescence sont mis en avant « naturellement » par des matières sombres, noires, qui sont incarnés par le zinc, le bitume.Depuis longtemps inspiré par « l’esprit monochrome » de Mark Rothko et Pierre Soulages, la vision de l’émailleur, concernant la place de l’artiste reste similaire aux siècle précédent : « l’artiste a toujours été là pour mettre en lumière et pour réinterpréter et transposer toute une réalité qui n’est pas forcément perçue par tout le monde ». Dans ses expositions, il y a ces œuvres, les spectateurs et lui, mais sa capacité a y prendre du plaisir n’est pas anodine : « je considère que si même quelque chose que je réussis bien ou que je vends bien, si je n’éprouve pas de plaisir à le faire, je passerai à autre chose très vite. » Il a cette confiance en soi et en son génie, étant « le premier et le seul » artiste en France à mettre du zinc avec de l’émail, qu’il n’a pas soif d’approbation et de louange.

« Il n’y a pas de coupure »
En caressant la table dans son atelier, Christophe Mirande avoue qu’il était guidé par l’envie de toucher la matière quand il changeait le cours de sa vie et abandonnait le monde des lettres. Il appelle cette période sa « première vie » en soulignant le fossé entre le passé et le présent, bien que la transition soit graduelle et assurée par son érudition littéraire et son goût pour la littérature des écrivains japonais, tels que Tanizaki, Kawabata, Inoue : « Quand j’ai bifurqué, j’ai appelé mes premières pièces haïkus, mandalas ». Cependant, son livre préféré ne vient pas du Pays du Soleil Levant : c’est Le loup Des Steppes de l’auteur suisse Hermann Hesse, qu’il conseille de lire intégralement, précisément aux jeunes adultes.
Christophe Mirande accentue qu’il est un homme des ambivalences, comme le feu, auquel il a consacré plusieurs œuvres, et cela se manifeste dans ses préférences littéraires ainsi que musicales. La musique l’accompagne dans le processus de création, en coïncidant avec son état d’esprit et ses objectifs de travail : dans sa playlist éclectique la musique classique voisine avec Pink Floyd, Vitalic et AC DC. De plus, la polyvalence de caractère d’émailleur efface le contour entre son travail et temps libre. En tant qu’artiste indépendant, il n’a pas de calendrier ni de régime de retraite, mais il n’est pas encore des vacances traditionnelles : « Mon temps libre, c’est toute ma vie. Mais toute ma vie, je travaille ». Il revendique son destin avec fierté, en disant « si on l’est, on est tout le temps ».
