Chloé RANSOU | Je suis une femme et j’aime le rose.
Beaucoup de femmes l’ont détesté pendant longtemps. Mais au fond ça n’a jamais été contre le rose. C’était ce qu’il représentait, c’était la cage qu’il construisait autour de nous. Comme si notre existence se résumait à une couleur. Qu’elle renfermait ce que nous devions être. Coquettes, mignonnes, discrètes, jolies, appliquées, sages… Des femmes.
De nombreuses petites filles n’ont pas même appris le nuancier de couleurs, pour exprimer leur féminité on ne leur a montré que le rose. Elles en aimaient la couleur sans y penser, car aucun autre chemin ne leur avait été présenté.
Une enfant qui en porte est une enfant douce, qui joue à la poupée, qui se maquille comme maman, qui fait de la corde à sauter et qui aime les robes à volants.
Pourtant dans le rose il n’y avait plus de place pour courir vite, sauter dans la boue, parler fort ou mettre des joggings. Car ce ne sont que quatre petites lettres. Un mot trop court pour renfermer deux idées, deux personnes, deux réalités.
Alors, pour de nombreuses femmes, détester le rose apparaît comme une évidence.
Pourtant quelle belle couleur. Celle du ciel qui se réveille, des fleurs qui s’épanouissent, des sentiments qui teintent les joues. Mais plus encore celle des femmes. Celle de notre combat.
Un combat pour ne plus avoir à regarder par-dessus notre épaule le soir, pour n’avoir qu’à s’affaler sur le canapé en rentrant, pour rigoler des plaisanteries stéréotypées même les plus absurdes, pour être accepté sans devoir en faire plus.
Car aujourd’hui toutes ces choses ne sont pas nôtres. La loi nous défend, la société nous rejette. Il semble falloir se résigner à ce que la lutte s’arrête là. Qu’il y a pire alors il n’y aura pas mieux.
Chaque jour il nous faut défendre notre égalité, et expliquer qu’elle n’est toujours pas présente. Nous devons argumenter nos droits et débattre de nos capacités. Mais les explications ne contentent pas. Les recherches ne convainquent pas. Exister ne suffit pas.
Notre engagement ne se résume plus à l’égalité des droits, mais à la nécessité d’un système pensant aux besoins des femmes comme elle le fait avec nos homologues humains. Notre existence réclame égalité et équité.
Aujourd’hui encore, être une femme c’est se contenter, accepter, endurer.
Se révolter face aux plaisanteries nous présente comme des rabats joie. Reprendre un commentaire fait de nous des hystériques. Être semblable aux stéréotypes nous ramène à la case départ.
La nature nous a différencié alors les humains nous ont hiérarchisé. Après de longs combats nous ne sommes toujours pas arrivées à nos fins, cela malgré trois vagues de luttes féministes, le mouvement MeToo… Nous sommes pourtant citoyennes des pays accordant le plus de droits à sa population. Ailleurs les femmes appartiennent aux hommes. Elles doivent se taire, se dissimuler, rester ignorantes. Elles apprennent à subir. Pire encore, elles apprennent à survivre, non à vivre. Le quotidien des femmes régresse quand le monde avance.
Mais le malheur de nos sœurs ne fait pas de nous des plus heureuses. Nous ne nous arrêterons qu’à l’égalité. Quand une femme au volant ne fera plus rire, quand un décolleté ne fera plus lorgner, quand notre travail sera récompensé indistinctement, quand nous ne ferons débat dans aucun domaine…
Quand le rose ne sera plus une définition. Quand les femmes ne seront plus roses, et l’aimeront à nouveau.
