Le Roi David entre souvenir et vision imaginaire.

Juliette BARIS | Perchée sur ses hauts talons roses, Shana rêve d’une autre vie, de partir loin et de laisser David derrière elle.

Prime Vidéo – Le Roi David.

Moyen-métrage réalisé par Lila Pinelle en 2021, Le roi David nous plonge dans la vie de Shana incarnée par l’actrice Éva Huault. Jeune femme à la vie compliquée, elle cherche à se reconstruire après une relation abusive. Le récit de son histoire commence par un plan sur son visage et ses yeux bruns, pendant qu’un médecin lui retire un bandage blanc posé le long de son nez. Shana raconte alors quelques éléments de son passé, qui nous donnent des clés majeures pour la suite de l’histoire. Elle évoque notamment des tableaux présents chez sa mère lorsqu’elle y vivait enfant. Un premier tableau représentant Bethsabée prenant son bain, une servante lui séchant les pieds, ainsi que le tableau d’un roi, qu’elle identifie comme le roi David, son David. L’évocation de ces tableaux qui semblent à première vue des éléments attachants car reliés à un souvenir d’enfance, permettent la mise en lumière de sa vie passée quelque peu compliquée. En effet, le public comprend rapidement que David, c’est l’homme qui était amoureux d’elle. Et donc l’homme qui usait de la violence. Shana navigue alors entre les beaux quartiers de Belleville et ceux de Drancy à la recherche d’une autre vie. 

Le personnage de cette jeune femme semble aborder plusieurs problématiques, comme la question du changement, sa place au sein de la société et sa valeur. Provenant d’une famille plutôt aisée, Shana se retrouve finalement à errer d’appartement en appartement dans des quartiers défavorisés. Mais Shana à un plan, elle veut quitter la France pour un avenir meilleur, plusieurs opportunités s’offrent à elle. Un projet en Californie pour un salaire de 5000 euros par mois pour récolter du cannabis, ou encore un mariage arrangé avec une personne qu’elle ne connaît pas, en échange d’une certaine somme d’argent… Malgré sa recherche acharnée pour trouver un travail, personne ne l’accepte, jugée trop vulgaire, inspirant de la méfiance, elle se voit refuser chaque poste où elle se présente. A travers le caractère têtu et sanguin de Shana, nous pouvons déceler via ses altercations, des relations émotionnelles compliquées avec son entourage. Sa mère ne souhaite plus l’accueillir dans sa propre maison, par déception de ce qu’elle est devenue. Des disputes éclatent au moindre désagrément et le ton monte, caractérisant ainsi une envie de se faire entendre et de faire valoir ses choix. Concernant le personnage de David, qui fait partie intégrante du titre de ce moyen-métrage, il est adapté à l’écran comme une figure mystérieuse et presque religieuse, potentiellement en référence au roi David, personnage biblique. C’est à l’aide de multiples plans lents et flous, concentrés sur son visage et sa couronne scintillante que l’on aperçoit ce personnage. En effet, David est présent tout au long du film sous forme d’apparitions régulières, mais surtout par l’évocation de son prénom au sein de discussions. Comme si en tant que spectateur, nous ne pouvions le voir uniquement à travers les souvenirs ou les pensées de Shana, rendant la vision de ce personnage énigmatique. Son existence devient alors discutable, existe-t-il vraiment à travers Shana ou est-il le fruit de son imagination. 

Ce film aborde la reconstruction, l’envie de grandir, d’évoluer afin de se trouver une place dans ce monde. Et le public l’a très bien compris car Le Roi David, remporte en 2022 le Grand Prix du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand et le Prix Jean Vigo du court métrage en 2021. Puis est nommé aux César du meilleur court métrage en 2023. Le roi David est une histoire touchante, au personnage complexe, mettant en avant force et rébellion tout en laissant apparaître une fragilité causée par certains choix de vie. Shana incarne liberté, résolution et ne s’arrêtera devant rien. 

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