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Entretien avec Jeanyves Guérin

JEANYVES GUERIN

Jeanyves Guérin est professeur de littérature française, spécialiste du théâtre du XXè siècle et directeur de l’Ecole doctorale de Littérature française et comparée.

 

(photographie: Laurent Nalin).

–       Comment en êtes vous venu à Camus ?

J’ai lu Camus quand j’étais au lycée, j’ai lu L’Etranger puis quand j’étais en classe prépa j’ai lu L’homme révolté. Ce livre m’a vraiment marqué : j’y retrouvais les interrogations de l’époque. Puis j’ai abandonné, ce n’est pas à lui que j’ai consacré ma thèse, mais à Audiberti.

Je l’ai retrouvé dans les années 80, un peu par hasard : il entre du hasard dans la carrière universitaire. Au premier colloque français sur Camus à Cerizy, j’ai proposé un sujet sur la question du socialisme en me disant que s’il n’était pas accepté, ce n’était pas grave. Je participe donc à ce colloque où est fondé la société des études camusiennes : je pensais que ce serait un hapax dans mon parcours de recherche. Or, j’ai eu énormément de commandes : « on aimerait que vous parliez de Camus, Camus et le terrorisme, Camus et la Guerre d’Algérie, etc. » ce qui m’a emmené à écrire un livre dans les années 90.

–       Vous vous êtes intéressé également tôt au théâtre ? En avez-vous fait vous-même ?

Alors que j’étais provincial, mes parents me conduisaient souvent à la Comédie Française, à l’Odéon, j’ai donc vu des pièces importantes quand j’étais collégien et lycéen. A chaque fois qu’une troupe venait jouer dans ma petite ville mes parents m’y emmenaient. Quand je suis devenu étudiant à Paris j’allais une ou deux fois au théâtre par semaine, tout mon argent y passait.

Je n’ai pas fait de théâtre hormis une très courte expérience. Je n’ai jamais trouvé le temps : j’en ferai quand je serai à la retraite.

A vingt, vous aviez déjà la vocation de professeur ?

Oui, j’avais la vocation de l’enseignement et de recherche. J’ai eu la chance de faire ce que je voulais et ce que j’aimais.

-( Vous êtes passé par Nanterre, où vous avez été assistant de communication ; vous  avez mené également une activité éditoriale : considérez-vous votre parcours comme atypique ?

Oui, j’étais à Nanterre alors qu’il y avait une sorte d’utopie de l’éducation permanente. J’en ai longtemps été un des membres actifs, ensuite je suis passé dans les ufrs. Concernant l’édition, on m’a demandé de fonder des collections chez un grand éditeur universitaire : c’est important de donner des déboucher aux thèses des jeunes collègues. )

– Vous dirigez l’école doctorale en littérature générale et comparée, vous encouragez à ce titre une association de doctorant comme Relisons. Selon vous les étudiants devraient s’engager davantage dans la vie universitaire ?

Oui, quand j’étais étudiant à Nanterre après 69 j’ai été actif aux conseils d’UFR à l’époque un peu tendue, j’ai même siégé au conseil universitaire. Je suis heureux quand les étudiants s’investissent et qu’ils ne sont pas seulement des consommateurs savoir ou des touristes. Dans la programmation des cours de doctorat la demande des étudiants est déterminante.

La vie universitaire semble désormais moins en prise avec l’histoire, moins trépidente. N’est-ce qu’une impression ?

Non : La vie universitaire est devenue un pue atone sauf dans les périodes de grandes crises, de blocages. Ce n’est pas du tout ce que j’ai connu à Nanterre. Ce n’est pas le cas… Pour plusieurs raisons. On a tendance à bourrer les programmes parce que malheureusement les étudiants arrivent à l’université avec beaucoup moins de savoir. Avant on avait lu avant d’entrer à l’université 4 pièces de Racine, 4 pièces de Corneille, Stendhal. Maintenant, comme il faut transmettre des savoirs. Ajouté au contrôle continu, il reste beaucoup moins de temps pour des pratiques culturelles ou les pratiques associatives. Et c’est vrai que nous sommes sortis de l’époque de grand débat, politique et de civilisation.

Chez les enseignants il y a un peu une culture commune, on est d’accord sur les grandes options, sur les programmes… Il n’y a pas d’enjeux qui créent de grands clivages. C’est un peu pareil, un peu partout. Atone.

– Vous pensez que des « réveilleurs » pourraient surgir?

Je ne sais pas. Le monde universitaire est ce qu’il est. Je crois beaucoup plus en des petites associations qui éventuellement se mettent en réseau. L’association Relisons est une association très vivante, très inventive, exemplaire : elle met les étudiants en contact, fait des cafés littéraires. Des membres de l’association sont élus au conseil de l’école doctorale.

Quant aux syndicats… Les étudiants ne se sentent pas représentés. C’est un problème classique de la démocratie : les structures intermédiaires fonctionnent mal. En revanche vous voyez de petites associations formées sur un objet précis : une troupe de théâtre, la réunion des étudiants de master, ça, ça fonctionne bien.

– Si je devais vous demander, pour clore l’entretien, l’écrivain dont vous vous sentiriez le plus proche, que répondriez-vous ?

Sans doute Camus. Je me sens très proche de sa sensibilité : le refus du dogmatisme et du manichéisme, le sens de la complexité, l’attention aux discours et aux souffrances des autres. Ce qui ne m’empêche pas d’admirer des écrivains très différents de lui. Je pense pour le théâtre à Claudel, Racine, Audiberti. Mais le rapport est un peu différent.

Camus qui n’entrera pas au Panthéon.

En sortant de l’entretien, Jeanyves Guérin revient sur un événement récemment, lui directement en prise avec l’histoire. Il arrive un matin à la Sorbonne et reçoit un appel du Nouvel Observateur qui lui demande de donner son avis sur l’entrée de Camus proposée par Nicolas Sarkozy: il écrit dans son bureau un papier qui va créée la polémique. Repris, traduit dans toutes les langues, il va largement contribuer à ce que Sarkozy ne fasse pas rentrer Camus au panthéon puisque « la potique sarkozyste est anti-camusienne au possible » comme l’évoque l’article.

 

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Dernière publicationDictionnaire Eugène Ionesco sous la direction de Jeanyves Guérin Paris : Honoré Champion, coll. « Dictionnaires et Références », 2012.

 

 

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