Arts & cultures/Cinéma & films

Projet X

Julien Zimmer, 28/03/2012

Les yeux vitreux

Etats-Unis, 2012, 1h27

De Nima Nourizadeh

Sortie: 14 mars 2012

Projet X

Thomas Kub fête aujourd’hui ses 17 ans, et ça tombe bien, ses parents lui laissent la maison pour le week-end. Sous l’influence de Costa, le plus déluré de ses trois compères loosers, une soirée gigantesque s’organise petit à petit.

Tout se fait sous l’œil de la caméra de Dax. Dax est censé être un des meilleurs amis de Thomas, mais les trois personnages principaux ne s’adressent quasiment jamais à lui, le laissant dans un étrange mutisme pendant presque tout le film. Rarement assumée, souvent évacuée, la question du filmeur embarrasse Nima Nourizadeh. C’est qu’il veut nous faire croire que, si cet opérateur est aussi proche de l’action qu’il filme, c’est parce qu’il est capable de s’effacer. On se demande alors ce qui motive d’intégrer la caméra à la narration : sûrement la croyance au mythe du journaliste invisible qui, muni de son appareil enregistreur parfaitement objectif, peut filmer le réel sans pour autant le modifier. Cette quête impossible se fait donc au détriment de la mise en scène, réduite à sa plus simple expression. Reste à savoir si le film atteint cette authenticité.

Sous ses airs décontractés, le film se prend terriblement au sérieux. L’ambition de Nima Nourizadeh est d’esquisser le portait d’une génération qui se caractérise par sa fascination pour l’excès. Alors que Very Bad Trip assumait l’excentricité de ses situations en tant que telles, Projet X cherche à les valider par un regard qui serait plus sérieux que celui de la caméra de Dax. Dans l’échelle des valeurs du film, l’image télévisuelle, et a fortiori celle du journal télévisé est la plus précieuse, la plus sérieuse. Le cadre autoritaire et le montage strict du journal télévisé transforment les images adolescentes de la caméra de Dax en des produits adultes.

A l’apogée de la soirée, un hélicoptère de la télévision survole la maison et pointe un projecteur sur Thomas qui hurle alors sa joie, et la manifeste par des doigts d’honneur dirigés vers l’hélicoptère. Ce geste traduit davantage la satisfaction de passer à la télé plutôt que le rejet de cette instance. Le paradoxe de cette scène était l’occasion de parler du rapport de cette génération aux images, et en particulier avec celles de la télévision, mais le film embrasse tellement le discours télévisuel qu’il est incapable d’effectuer une telle réflexion. Le film se complaît dans la médiocrité divertissante ; ce n’est pas pour rien s’il s’apparente à une compilation de clips musicaux.

En outre, l’autodérision est absente du film. Dans Supergrave – modèle évident du film de Nima Nourizadeh -, la vulgarité des dialogues baignait dans une dérision sympathique. La norme était largement dépassée, mais le rire naissait moins de la transgression que du ridicule de la surenchère verbale. Dans Projet X, la vulgarité relève de l’exploit idiot. Un enfant qui dit un gros mot est honni par ses parents. La vulgarité des conversations, les dizaines de seins nus et les litres de vomi ne sont motivés que par un désir naïf de subversion. Les images pataugent dans un premier degré dont elles ne s’échappent que trop rarement.

Au milieu de la transe généralisée chez les adolescents, la tonalité d’une autre caméra semble pourtant amorcer une brèche. A plusieurs reprises, un des vigils préadolescents engagés par Costa se filme avec son téléphone portable. Son discours nous fait penser à ceux entendus dans des films comme REC ou Chronique des morts vivants: « Je viens d’être attaqué par cette femme… très sexy. La situation est désormais hors de contrôle. La maison a été envahie, c’est le chaos dans la rue, et la police se déploie. Ils sont trop nombreux. » A ce moment là, une figure zombique vient s’écraser sur la voiture et vomit sur la vitre ; ce n’est qu’un homme îvre. L’ivresse : le virus de cette génération ? Ce pourrait être une des questions soulevées par ce clin d’œil aux films de zombies, mais le film ne va pas plus loin, il s’en tient à la simple allusion. Le clin d’œil de Nima Nourizadeh tient plus du tic de l’ivrogne que du signe d’intelligence dirigé vers le spectateur. A croire que comme nous, le cinéaste ressort de ce film saoulé par son flot d’images.

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