Du vent dans mes mollets

Sarah D., le 17/09/2012

Rigolons un peu, pour voir.

Du vent dans mes mollets

Carine Tardieu

sortie : Août 2010 ( attention, derniers jours pour aller le voir en salle ! )

Une tragi-comédie  qui soigne ses détails, de la raie des fesses de Denis Podalydès aux ongles de pied rigoureusement vernis d’Isabelle Carré. Une tragi-comédie où l’on rit et pleure autant à l’écran que dans la salle.

Les acteurs, deux à deux, font vraiment la paire (les mères et leurs filles, les femmes et les maîtresses) et tout particulièrement les petites actrices principales, Rachel et Valérie (Juliette Gombert et Anna Lemarchand) dont le film retrace l’histoire d’amitié enjouée, à la vie à la mort.

Rachel dont la mère, Colette (une Agnès Jaoui méconnaissable, transformée en mama juive), passe son temps à faire des « boulettes » au sens propre et figuré dans une cuisine qui tombe en ruine pendant que son mari (Denis Podalydès) refait celle de la jolie Catherine (Isabelle Carré), la mère célibataire de Valérie ; Rachel qui dort avec son cartable sur le dos aux côtés de sa grand-mère mortifère, qui vit sous l’autorité douteuse de sa mère, une ophtalmo angoissée, et de son père, un employé Mobalpa rescapé d’Auschwitz.Valérie, elle, le double espiègle de Rachel, est élevée au Nutella et aux préceptes adolescents de son frère aîné.

Heureusement, pour rattraper l’environnement familial, il y a l’école où l’on apprend comment s’inscrire au club des amies de Barbie, où l’on apprend qu’ « il ne faut pas sucer des bites » grâce aux frasques de la maîtresse et de son Ken le professeur de gym.

Carine Tardieu use de ressorts comiques établis, fricotant avec la thématique de l’adultère, jouant avec les figures de la vieille peau de vache et de la maîtresse en peau de lapin, et resservant les clichés de fillettes amoureuses respectivement du frère de l’une et du père de l’autre ; mais elle le fait avec distance, soit qu’elle exagère soit qu’elle atténue ces procédés comiques,  et ce par des références discrètes ou directes à des films bien connus (comme Tatie Danielle ou La Boum), qui font rire au premier et au second degré. Elle utilise en toute subtilité les instruments grossiers du montage comique, entre ralentis et gros plans, non sans une forte touche personnelle avec un découpage travaillé méticuleusement et une stylisation des scènes oniriques qui retraduisent l’imaginaire enfantin de Valérie au sujet du passé de son père et de la mort.

On craint que certaines répliques, à trop vouloir faire rire, manquent leur effet, ce  que permet d’éviter en grande partie la qualité du jeu des acteurs, à la fois celle du trio Jaoui-Carré-Podalydès et celle des deux petites filles.

Boulette sur le couscous, la présence mesurée d’Isabella Rossellini en pédopsychiatre. Elle vient incarner les nombreuses références à la psychanalyse dans tout le film dont le fil de la narration est tenu par la lettre que Rachel rédige à cette dernière, Madame Trebla. Education, Sexe, Mort du Père, Mort de la Mère, Mort tout court, Carine Tardieu signe, après Dans ma tête, un nouveau film « Freud aime ».

Et nous aussi, nous aimons.

1h29 de psychophtalmologie qui nous soigne de l’allergie aux films français vaguement drôles, ou, au contraire, trop drôles et devenus cultissimes, pour nous proposer, par cette adaptation de la BD et du roman éponyme de Raphaëlle Moussafir, de flotter, vent dans les mollets, dans l’entre-deux d’une poésie joyeuse, scabreuse et attachante.

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