The We and the I

Guillaume Collet, le 27/09/2012

Effet de groupe.

The we and the I,

de Michel Gondry.

Sortie le 12 septembre.

Un asiatique, un noir et une obèse sont dans un bus. Cela commence comme une mauvaise blague, mais comme souvent l’important est la chute. Michel Gondry, le réalisateur à l’imaginaire sans limite (son Green Hornet so Hollywood restera une énigme), choisit un lieu clos : ce fameux bus ; des acteurs non professionnels : les protagonistes de la mauvaise blague, pour tourner son nouveau film, The We and the I.

Des choix conceptuels engagés qui font planer au-dessus de la salle, l’ombre du cinéma vérité. Rouch en ballade dans le Bronx, c’est-à-dire confronté à une misère sociale toute contemporaine, véritable mauvaise blague. Adolescence et quartiers difficiles s’accompagnent souvent à l’écran d’un sérieux vite étouffant.

Mais si Gondry nous interpelle sur cette jeunesse avec gravité, il use surtout d’un humour décomplexé. Car dans ce bus on ne peut que rire aux blagues excessives mais hilarantes qui humilient encore et toujours les boucs émissaires de cette petite société. Un rire collé à la brutalité, car la nonchalance de façade cache à peine l’instabilité émotionnelle de ces jeunes. Aussi violentes que soudaines, les humeurs noires de chacun interrompent les vannes constantes. Jeu de balle incessant : chaque thème sérieux est sujet à dérision, et chaque plaisanterie a une résonnance plus grave.

A l’image de ces personnages excessifs, la caméra de Gondry tente un audacieux mélange : faire l’aller-retour entre un réalisme documentaire et ces pastiches visuels attachants car décalés, dont Be kind Rewind était l’apogée. Ainsi, dans un grand écart conceptuel, l’auteur parvient à capter un maximum d’émotion de ce groupe d’adolescents, en ce dernier jour de classe.

Gondry illustre avec brio cette poétique moderne, au travers des vannes incessantes, de la tchatche, des histoires mi vécues mi inventées qu’on se répète inlassablement au sein du groupe forcé qu’est sa propre classe. Par ce traitement, il fait des paraboles burlesques du comment se comporter quand on est jeune.

Gondry ne juge, ni n’explique cette jeunesse : il nous la fait vivre notamment par ses rires collés de près à la violence. On savait Gondry poète, rêveur, maintenant on le découvre fin observateur du réel.

Collet Guillaume.

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