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Quelques heures de Printemps

Jonathan Arnoult, le 04/10/12

Cinéma lacrymal – Partie 1

Quelques heures de printemps, Stéphane Brizé

J’aime pleurer au cinéma. Ou plutôt, sentir quelques larmes monter devant la beauté d’une image, la puissance d’un geste, ou tout simplement quand j’ai la sensation que l’auteur a su saisir quelque chose de vrai, dans une situation ou dans la représentation d’un mec – ou d’une fille – comme moi. Mais quand on me prend la main pendant presque deux heures pour me forcer à chialer à la fin du film, j’aime moins.

Dans la catégorie « cinéma lacrymal », Quelques heures de printemps est certainement ce que l’on fait de moins bien actuellement. En revanche, dans la catégorie « prise en otage du spectateur », le film est très fort. Car si devant certains films on est encore libres de pleurer quand on le souhaite, Brizé ici ne nous laisse pas trop le choix, et le générique de fin  sera forcément accompagné d’une audience aux yeux mouillés et d’un concert d’émotions expulsées dans les mouchoirs.

Alors oui, c’est vrai, accompagner sa mère malade vers la mort, la mort qu’elle a choisie, bah c’est triste – scoop ! D’autant plus triste quand on est un presque-quinqua qui sort de prison, qui galère pour trouver un boulot à peu près correct et garder une femme auprès de lui et qui est forcé de vivre chez ladite mère, avec tous les conflits que cela peut engendrer. Sur ce point d’ailleurs, le film n’est pas si mal foutu : Brizé parvient parfois à nous faire sourire dans la description de cette cohabitation forcée, et on a l’impression de retrouver ce que l’on a pu vivre à la post-adolescence. Là, le réalisateur tenait peut-être quelque chose qu’il aurait pu développer. Mais au lieu de cela, il préfère mettre dans ses cadres trop calculés  des personnages incapables de communiquer, à tel point que cela en devient totalement arbitraire, et lassant. Filmer l’ennui sans ennuyer n’est pas chose facile, l’exercice ici est selon nous raté.

Restent des acteurs, qui n’ont pas grand-chose à jouer mais qui le font plutôt bien. Vincent Lindon, encore et toujours dans son rôle de bourru taiseux – on sent bien que le film a été écrit pour lui, Brizé l’ayant déjà dirigé dans son opus  précédent. Hélène Vincent, touchante, même quand elle épluche des pommes ou qu’elle fait son puzzle en regardant TF1. Puis Olivier Perrier, le gentil voisin sans doute épris de cette-dernière, et Emmanuelle Seigner, rayonnante mais trop rare, comme Ludovic Berthillot (l’acteur du génial Roi de l’évasion) en bon pote papa poule.

Si les quelques jours d’automne qui se sont écoulés ne vous donnent pas déjà envie de pleurer, allez voir Quelques heures de printemps. Sinon, passez votre chemin, et tâchez d’y croiser Resnais, Vous n’avez encore rien vu vaut le coup d’œil – les  émotions, bien que jouées dans un dispositif volontairement artificiel, nous y paraissent plus sincères.

Une réflexion sur “Quelques heures de Printemps

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