Arts & cultures/Théâtre & spectacles

Le repas des fauves

Valérie Vuille, le 18/10/2012

Au Théâtre Michel

Un huis clos déboussolant et drôle qui pose des questions fondamentales sur la nature et les valeurs humaines.

Cette pièce de théâtre, adaptée du cinéma par Julien Sibre en 2010, a un contexte assez simple : sept amis se rencontrent pour un anniversaire, durant le régime de Vichy. Les réjouissances commencent sur les chapeaux de roues, mais le meurtre de deux officiers de la Gestapo bouleverse ce schéma joyeux. En effet, pour punir ce crime, la Gestapo décide de prendre deux otages par appartement. Or, dans sa grande bonté, l’officier chargé de ramener les otages laisse deux heures aux amis pour choisir qui l’accompagnera.

Les personnages, mais également le public, se retrouvent dans une situation délicate, ou plutôt invivable. Au niveau de la mise en scène, on soulignera les animations au style cauchemardesque qui participent à l’intégration du spectateur dans une atmosphère pesante. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, elles donnent une impression de réalisme, sans doute parce qu’elles permettent de conserver l’homogénéité de la scène, en évoquant d’autres espaces annexes (l’extérieur, l’entrée de l’appartement, etc.). Le spectateur est ainsi plus facilement intégré dans l’espace-salon et plus proche des personnages. Certes, avec ces animations, mais aussi les jeux de lumières et la musique, la pièce joue avec les émotions et les tensions, mais on soulignera également sa légèreté à certains moments. Ainsi, les acteurs ont la capacité à rendre cette situation vivable, voire agréable, grâce à leur jeu, au service d’un texte pointu et vrai.

Le texte mérite justement que l’on s’y attarde. En effet, Julien Sibre, à travers la caractérisation de plusieurs vécus de l’occupation, oppose mais aussi lie les personnages. Chacun essaie de survivre à sa manière et la pièce devient de plus en plus politiquement incorrecte. Pourtant, il est difficile de les blâmer… Plus que la nature humaine, c’est la valeur humaine qui est remise en question. En effet, pourquoi l’un plus que l’autre ? Mais aussi, pourquoi les officiers, eux, méritaient-ils de mourir ? N’est-ce pas des hommes parmi les hommes ? Une fois la guerre terminée qu’est-ce qui différenciera ces êtres, hormis le passé ? C’est ainsi un message de paix et d’égalité que l’on peut lire en filigrane. C’est d’ailleurs à cette même paix que les amis trinquaient en début de soirée.

Une pièce qui incite à la méditation donc, le tout emballé par un charmant papier cynique et drôlatique.

Une réflexion sur “Le repas des fauves

  1. Le film m’avait filé la phobie des anniversaires…mais pas du théâtre auquel cette chronique m’invite à nouveau. bonne description du politiquement correcte que cette histoire propose.

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