Arts & cultures/Cinéma & films

Une histoire d’amour, Deux critiques.

Emilie Chergui, le 17/01/13

Une Histoire d’amour de Hélène Fillières, sorti le 9 janvier 2012

laetitia casta

On pourrait croire au premier abord que la réalisatrice se contente de mettre en scène la relation sadomasochiste entre un homme (Benoît Poelvoorde) et une femme (Laetitia Casta) couplée à une sombre et inquiétante atmosphère.  Hélène de Fillières fait valser les personnages entre le désir et dégoût, l’amour et la haine. Poelvoorde et Casta, revêtent, à tour de rôle, ceux de dominant et dominé, non seulement physiquement en ligotant les poignets de l’une ou en fouettant l’autre mais aussi par le chantage. Les acteurs apparaissent physiquement et psychologiquement affaiblis par cette épuisante relation et oscillent entre une infinité de sentiments jusqu’à oublier qui ils sont tant ils se sont plus à se rabaisser aux injures crues et peut-être excitantes  d’une relation sadomasochiste.

Celle-ci peut paraître difficile à comprendre par le spectateur tant la souffrance habite les personnage, les fragilisent. L’amour est dans un premier temps à peine perceptible dans la mesure où la rencontre des personnages n’est pas narrée et que leurs rendez-vous nocturnes est la principale pénétration du spectateur dans l’intimité des personnages. L’amour réside dans l’attachement mutuel des personnages et leur impossibilité à mettre fin à cette relation qui les ronge jusqu’à l’os.

Les premières scènes révèlent une Laetitia plutôt fade, perchée sur des hauts talons mettant en valeur ses longues jambes minces, qui marche comme si elle défilait sur un podium. Un jugement vite réexaminé quand  la jolie corse rend compte qu’elle est attachée à son amant dominateur, peut-être pas si attaché qu’elle.  Les émotions des personnages ne sont données qu’au compte-goutte et ne sont pas forcément là où on les attend. La non-réciprocité ou la non-formulation des sentiments et l’incapacité à l’accepter s’accouple en général avec une torture émotionnelle incontrôlable, qui se déguise parfois en Grande Faucheuse.

Justine Le Moult.

-Cinquante-nuances-

Une histoire d’amour  Vs  Cinquante nuances de Grey : qui aura la fessée ?

Un film, un livre. A priori, rien en commun. Et pourtant… Histoire de sexe, histoire de pouvoir. Histoire d’amour, aussi ? Dans le désormais best-seller de E.L.James, Anastasia Steele, jeune diplômée, tombe sous le charme du sombre et prestigieux Christian Grey ; pour le garder près d’elle, une seule solution, accepter de devenir sa Soumise. Dans le premier film d’Hélène Filières (transposition d’ailleurs d’un roman, Sévère, libre adaptation de l’affaire Stern), une femme (obscure Laetitia Casta) est contrainte, pour vivre son amour, de répondre aux penchants sadomasochistes de son amant (Benoît Poelvoorde) et de se faire dominatrice. Dilemme tragique donc, pour chacune ; où il faut renier une part de soi ; où la jouissance rejoint toujours la douleur (physique et morale). De plus près maintenant : les personnages masculins sont riches, très (trop) riches ; l’un est un maniaque du contrôle quand l’autre est totalement paranoïaque. Deux « monstres » pervers, dérangeants, aux failles pourtant bien humaines. Les figures féminines oscillent, elles, entre indépendance perdue, allégeance à leur amour, et naïveté romantique. Mais, d’un côté, le dépouillement, la rigueur trop formelle, des décors aseptisés, aussi vides que les personnages. Une mise en scène clinique et obscure (de la lumière aux vêtements et au maquillage de Casta), où la bande-son vient trop souvent combler les silences. Une réalisation aux effets de flou et de lenteur exaspérants… Bref, une épure trop parfaite qui en exclurait presque le spectateur. De l’autre, une romance érotique menée tambour battant, dans la lignée des romans arlequins, plaisir coupable qui fait friser les couettes et frémousser les moustaches, le soir sous les draps. Film comme livre, c’est le même goût du risque. Ou du voyeurisme. Et de l’excès, aussi (n’est pas SM qui veut).  En bref, un livre qui donnerait presque envie de  s’y adonner… et un film qui rappelle à la dure réalité. Pile ou face, à vous de choisir.

 

3 réflexions sur “Une histoire d’amour, Deux critiques.

  1. De bonne remarques…l’érotisme reste très, trop codifié, ( homme riche, femmes manipulables ) etc…rien ne bien nouveau sous le cuir en somme… Cela devient navrant quand c’est l’unique argument commercial d’un film ou d’un livre.

  2. Je ne crois pas que ce soit l’unique argument d’Une histoire d’amour, néanmoins, de Cinquante nuances de Grey, clairement oui! A quand une manif’ pour l’érotisme décomplexé?

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