Arts & cultures/Cinéma & films

Blancanieves

Justine Le Moult, le 09/02/13

Blancanieves, ou la femme qui prenait le taureau par les cornes.

 De Pablo Berger.
 
Naître sous le prénom de Carmen est souvent porteur d’une destinée passionnée et tragique, en réfère à la fameuse nouvelle de Mérimée. Et en effet, la malédiction semble bien jetée sur la jolie Carmenita, élévée par sa douce grand-mère après que son père, célèbre toreador, ait été victime d’un accident sur le terrain et soit paralysé, et que sa mère, grande danseuse flamenco, soit morte en couche le jour-même pour lui donner vie. Douce enfance dans la campagne familiale, avec pour seul point d’ombre, l’absence du père… jusqu’à ce que la vielle femme meurt. La petite va alors vivre chez sa marâtre, et, releguée au fond d’une chambre-cave, grandit dans l’humiliation et la méchanceté, avant d’échapper au meurtre commanditée par celle-ci et d’être recueillie, amnésique, par une troupe ambulante de nains torreros, bêtes de foire au grand cœur et à la roulotte brinquebalante. La relecture est criante: Blanche-Neige renaît dans un baroque espagnol qui n’a rien à envier aux grands maîtres expressionnistes du muet. Pablo Berger revisite, dans le fameux format Super 16,  le conte (les contes, pourrait-on dire, tant les références àCendrillon, à la Belle au Bois Dormant, voire au mythe du Minotaure affleurent) dans des plans stylisés à l’extrême, au noir et blanc magnifiant. Un véritable exercice de style mêlant ombres et lumière, étrange et humour, dans un tourbillon musical, étonnamment harmonique, poétique et symbolique (Carmen flottant sur l’eau telle l’Ophélie de Millais, la marâtre allégorie de la mort sous son voile noir…). Mais la force de ce mélodrame, c’est cette princesse des temps modernes, ayant jeté casseroles et balai au bûcher, et n’hésitant pas à prendre la place des hommes, dans l’arène. Dans la quête du passé, du souvenir, d’une mémoire retrouvée. Princesse en attente éternelle d’un Prince Charmant… qui n’existe plus (ou qui dévie drôlement des normes). On aime aussi le côté très freudien de l’ensemble, du complexe d’Oedipe inachevé de la belle Carmen aux penchants SM de la belle-mère, révélateurs des déviances de chacun qui permettent de dépasser le pur manichéen du conte. Bref, un petit bijou de cinéma, sur tous les plans. 

 

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