Arts & cultures/Cinéma & films

Camille Claudel 1915

P.G.M, le 21/03/13

Binoche chez les Claudel

Avec lenteur et délicatesse Benoit Dumont nous mène dans l’asile de Montdevergues où a été enfermée Camille Claudel, ancienne élève et amante du sculpeur Auguste Rodin, mais aussi soeur de l’écrivain Paul Claudel, qu’elle attend avec espoir.

 

Le septième long métrage de Dumont s’ouvre sur Camille Claudel, interprétée par une superbe Juliette Binoche, qui est déshabillée, lavée puis rhabillée. L’identité, la nature et le génie de l’artiste maudite, tout comme les traits de la comédienne, sont effacés par le savon passé sur la peau, par l’importance donnée à la propreté des mains de la sculptrice. Alors que Camille Claudel est enfermée entre quatre murs, sa création, elle, se retrouve confinée dans son corps. C’est à travers ses regards, son errance dans l’institution et son rapport aux autres que la sensibilité de l’artiste perdure.

 

Avec des plans  entre ombres et lumières, Benoit Dumont ne cesse de semer le doute sur l’état de son personnage. A la fois trop lucide pour être mélangée aux autres patients, interprétés par de véritables internés, et trop singulière pour être associée au corps soignant, Camille Claudel sent la vie libre s’éloigner. Elle est privée de son atelier, elle empoigne la terre du jardin à pleine main mais celle-ci lui échappe, à l’image de son destin. A ses pleurs d’abandon, de détresse, répondent des bruits infernaux comme les cris ou les rires des malades. Benoit Dumont filme ces derniers à la fois avec justesse et attendrissement. Son approche nous incite à les voir comme des dépossédés, non pas d’une conscience humaine, mais d’une conscience du monde. Ainsi face aux majestueux paysages l’une des patiente ne cherchera qu’à obtenir l’affection de l’artiste.

Face à cette folie réelle Juliette Binoche apparaît souvent trop parfaite parce que toujours belle. Pourtant au milieu des espaces vides et des profondeurs de l’asile, filmé avec un grand angulaire, le personnage apparaît avec sa fragilité et ses blessures.
Si Benoit Dumont réussit complétement à nous transporter dans le quotidien de Camille Claudel à l’asile, il échoue au moment où Jean-Luc Vincent prend place à l’écran pour interpréter Paul Claudel. Ce dernier, emporté dans un mysticisme exécrable, est déterminé à laisser sa soeur dans un asile, où elle n’a manifestement pas tout à fait sa place, convaincu que « croire en Dieu c’est aussi ne pas agir ». A travers cet aveuglement nous retrouvons la peur que lui aussi, en tant que génie, finisse maudit. Dumont marque et surligne l’idée que la folie n’est pas forcément là où on l’attend. Une idée merveilleuse mais qui, malgré une série de plans remarquables, perd sa force dans l’interprétation théâtrale de Jean-Luc Vincent, ses monologues sans fin qui contrastent avec la finesse du rôle de Binoche. Camille Claudel apparaît définitivement comme une princesse déchue d’un conte de fée sans prince.

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