Arts & cultures/Littérature & philosophie

Belle et bête

Justine le Moult, le 24/03/12

C’est du lard ou du cochon?

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Belle et Bête, Marcela Iacub.

Marcela Iacub ne fait pas dans la dentelle. Pas étonnant, me direz-vous, de la part d’une intellectuelle subversive comme elle, qui s’amuse à mettre à bas les revendications du féminisme moderne. Non pas que toutes ses idées soient mauvaises. Mais quand même, on n’en attendait pas tant. Avec Belle et Bête, elle y va fort, la p’tite dame, en s’attaquant à un grand, aussi déchu soit-il. Car le « Roi des cochons », le roi des pervers, elle l’a avoué à demi-mots, puis étalé au grand jour dans les journaux, c’est DSK, rien que ça. Et c’est sa brève aventure avec lui, le mi-homme, mi-cochon, qu’elle relate dans son roman (si on peut vraiment appeler cet ouvrage de 115 pages : « roman »). On pourrait parler plutôt de vague essai sur les bas-fonds humains brimés par la société moraliste, tout au plus. Déjà, rien de nouveau sous le soleil. Le thème du cochon avait déjà été (plus habilement) repris par Marie Darrieussecq dans sa brillante fable licencieuse: Truismes pour évoquer les désirs interdits et refoulés par la collectivité. Avec les mêmes perversions fantasmatiques, les même déviations fantasmagoriques. Ensuite parce qu’on oscille ici sans cesse entre pure provocation littéraire (Iacub aurait-elle sauté sur le bon filon DSK?), la romance douloureuse où l’auteure se place en position de victime et martyr au service de l’écriture, et l’éloge du « Roi des Porcs », dernier garant de la jouissance présente et de l’égoïsme salvateur dans un monde dominé par une morale puritaine (tel un Don Juan des temps modernes, en moins fringant tout de même ! N’est-il pas présenté d’emblée par l’auteure comme « vieux, gros, petit et moche? »). Entre tentatives d’explications pseudo-psychologiques où la femme est tenue responsable de tout (DSK ne chercherait finalement qu’à exprimer dans ses déviances l’humiliation de son honneur de mâle blessé et castré par sa femme), et dénonciation du personnage grotesque et abject qu’il incarne ici, on ne sait plus sur quel pied danser. C’est fourre-tout, un peu fourre-rien finalement. D’autant plus que jusqu’au bout, on se questionne: où est le livre? Iacub ne cesse d’en parler, de s’en justifier, mais on n’en voit pas le bout du nez. Finalement, elle nous aura bien eu, la Marcela: tout cela ne reste « qu’illusion et paroles« , comme son histoire avec le cochon. Tout ça pour ça? Ca laisse perplexe.

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