Arts & cultures/Expositions & musées

Chagall, entre enchantement et déception

Annabelle Dufraigne, le 14/06/2013

 

 

« Chagall, entre guerre et paix »

Du 21 février au 21 juillet 2013 au Musée du Luxembourg, Paris

Les examens ne sont qu’un lointain souvenir, l’été commence paisiblement à apparaître… Le doux sentiment de tranquillité estivale se fait sentir : « Merveilleux !, me dis-je, Je vais enfin pouvoir me rendre à cette fameuse expo Chagall qui me fait tant envie depuis le mois de février ». Si l’art de Chagall est toujours aussi enchanteur, l’exposition m’a malheureusement laissé un amer sentiment de frustration.

 

 

POUR

 

Marc Chagall (1887-1985) est le peintre de tous les rêves. Des rêves enfantins où se mêlent animaux, créatures hybrides et musiciens. Des rêves d’adolescents dans lesquels l’amour est idéalisé, presque magique. Des rêves d’adultes enfin, où la joie et la vie dominent tous les maux. Entre cubisme et symbolisme, sa peinture très singulière nous transporte grâce à un pouvoir unissant féérie et réalité. Les couleurs y sont éclatantes mais douces, les personnages nombreux mais parfois invisibles, la gaité côtoie la mélancolie… Ces délicieuses contradictions font de l’œuvre de Chagall un panel exaltant d’émotions dont on ne se lasse jamais.

 

Si l’on a tendance à connaître avant tout ses immenses tableaux, odes à la vie et à l’amour, on méconnait souvent une partie intégrante de son œuvre : les représentations sociales de la guerre, les représentations judaïques et bibliques. En cela, l’exposition du Musée du Luxembourg est une réussite. Elle nous apprend à connaître vraiment Chagall.

D’émouvantes encres sur papier nous invitent à nous plonger dans le rude contexte de la Première Guerre Mondiale : départ pour la guerre, soldats blessés… Presque comme des vignettes de bande-dessinée, ces dessins simples et expressifs rappellent ceux de Marjane Satrapi, un siècle plus tard.

Les tableaux uniquement consacrés au judaïsme nous apprennent à déceler dans tous les autres les références aux traditions juives qui y sont omniprésentes, souvent symbolisées par un personnage ou une créature imaginée par le peintre. Cet aspect culturel personnel nous fait entrer dans son intimité ; on ressent réellement la présence de Chagall dans chacune de ses œuvres – il se représente souvent par un animal, figure de l’artiste.

La rencontre entre Chagall et la Bible crée une magie et un mysticisme extraordinaires, comme s’il était le peintre fait pour les représentations bibliques. Hélas, et nous y reviendrons, ces illustrations manquent cruellement d’explications.

 

Le plaisir procuré par la peinture de Chagall suffit à passer un bon moment au Musée du Luxembourg. Toutefois, les problématiques matérielles de l’exposition la rendent parfois pénible.

 

 

 

CONTRE

 

Avant tout, un conseil : allez-y en semaine et tôt le matin. Victime de son succès, l’exposition se transforme rapidement en marée humaine. Il ne peut se passer un instant sans que quelqu’un ne vous coupe la vue d’une toile, ne vous bouscule… A moins de mesurer 1.80m, certains tableaux sont inaccessibles à la vue parce qu’ils sont petits, et parce que les œuvres sont assez proches les unes des autres. Même si le choix d’une scénographie thématico-chronologique est intéressant, on circule dans des espaces restreints peu appropriés à la visite en nombre. Parfois, on doit se contenter d’apercevoir faute de voir vraiment, à moins de se coller à son voisin et d’être ainsi serré comme une sardine. L’aspect « foule » rend l’exposition dès lors beaucoup moins agréable.

 

Ma plus grande déception reste le manque d’explications. Hormis quelques paragraphes concis et peu instructifs en termes artistiques, les tableaux sont seuls. Pourtant, ils nécessitent absolument un éclairage sur les intentions de l’artiste, ce qu’il a voulu montrer et symboliser. Les illustrations bibliques sont peu accessibles lorsqu’on ne connaît pas la Bible parfaitement. Les animaux, les objets et autres symboles prennent difficilement un sens quand on ignore ce qu’ils représentent vraiment. On se retrouve ainsi démuni car même en s’y efforçant, le déchiffrage reste peu aisé. Il ne reste qu’à supposer et contempler, sans saisir vraiment le sens de chaque œuvre.

 

Enfin, même si je suis capable de dépenser des sommes importantes lors de mes visites culturelles, je trouve que le prix, même pour des étudiants, est très élevé pour une courte exposition (45 minutes) sans réelle mise en scène, ni tentative d’expliquer ni de vulgariser la peinture de Chagall. Quel dommage, elle regorge pourtant de richesses inouïes.

 

 

CONCLUSION

 

Parce que Chagall est un peintre merveilleux qui mérite d’être découvert comme il se doit, rendez-vous au Musée Marc Chagall de Nice, agréable, lumineux et passionnant !

 

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