Arts & cultures/Cinéma & films

Le coeur a ses raisons que Guiraudie n’ignore pas

Paulina Gautier-Mons, le 01/07/2013

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Dans L’inconnu Du Lac d’Alain Guiraudie la passion se mêle à l’horreur pour n’en être que plus intense. Chaque jour sur les rives du lac artificiel de Sainte Croix se réunissent des hommes à la recherche du plaisir. Sur la plage ils découvrent leur corps, les confrontent, les envient, les désirent.C’est seulement dans les bosquets qu’ils s’expérimentent et s’extasient.
Frank, interprété par le bon Pierre Deladonchamps, s’y rend tous les jours et y rencontre Michel, le mystérieux Christophe Paou. Ce dernier semble tout droit sorti des profondeurs du lac, tout comme le monstre marin qui le hanterai. Michel bouleverse et obsède Frank pourtant mis en garde par Henri, soit Patrick Dassumçao, le seul vacancier à chercher une amitié plutôt qu’une partouze.

Ces personnages Alain Guiraudie les filme inlassablement avec brio. Instauré sur le mode de la répétition, la mise en scène est au service des sensations, des sentiments et du paysage. La caméra effleure l’eau, le bruit du vent bourdonne durant toute la projection et le spectateur a la nette sensation de se baigner dans ce lieu sublime. Les répétitions nous permettent de nous approprier le lieu et, comme le ferait un voyeur, de nous balader à travers les bosquets où se déroulent les parties de jambe en l’air, non simulées et crûment filmées.

Face à ce déferlement de débandade le long métrage sépare la jouissance de la passion. Ce qui semblait exceptionnel (ce lac, ces hommes, leurs orgasmes) devient une morne routine car c’est Michel qui devient l’extraordinaire du quotidien de Frank. Irrémédiablement attiré le héros de Guiraudie est prêt à coucher avec le monstre. Car Michel est destructeur, tueur, menteur. Mais l’atrocité et l’ambiguïté ne fait qu’intensifier son personnage qui incarne à merveille la citation de Pascal : “le coeur a ses raisons que la raison ne connait point ». Jusqu’aux dernières minutes les spectateurs, eux aussi, se laissent emporter par le désir de Frank, espérant que tout le reste n’est qu’un malentendu.
L’immersion dans cet univers est telle qu’on ne peut que se réjouir du prix de la mise en scène (ainsi que la Queer Palm) que Guiraudie a reçu à Cannes cette année dans la sélection Un Certain Regard. Un long-métrage qui donne enfin envie d’avoir confiance dans le cinéma français

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