Arts & cultures

Top of the lake

Top of the time

Par Paulina G.M., le 11/11/2013

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Vu à Cannes cette année lors des séances spéciales de la Quinzaine des Réalisateurs, Top of the Lake est la série élitiste de l’année. Réalisée par Jane Campion et Gerard Lee, produite par la BBC, elle est actuellement diffusée sur Arte et met tout le monde en émoi. Et pour cause ! Top of the lake se distingue par son rythme, sa beauté plastique et son intrigue nomade.

La réalisatrice néo-zélandaise qui avait remporté il y a exactement dix ans la palme d’or pour La leçon de piano a évoqué plusieurs raisons qui l’ont poussé à s’essayer au petit écran. L’une d’elle apparaît clairement dès le premier épisode : Jane Campion veut prendre son temps. Elle a ainsi déclaré que « le petit écran offre aujourd’hui ce que le grand ne se permet presque plus, à savoir, le temps ». Ses longs-métrages ne se déroulaient déjà pas à une vitesse folle, que ce soit La leçon de piano, Bright Star ou son dernier Sleeping Beauty, mais pour sa série, Jane Campion s’étire encore plus et démultiplie le temps en sept épisodes. Elle défie ainsi les séries américaines à rebondissements et confirme le désir de la BBC de se distinguer grâce à des productions originales telles que LutherGood Cop ou encore Peaky Blinders. Elles ont toutes le point commun de donner un nouveau rythme aux séries policières. Elles ne sont plus dans l’urgence mais dans l’errance. Top of the lake est le summum de l’intrigue nomade qui va de sujet en sujet, escarpant les magnifiques paysages de Nouvelle-Zélande.

Le rythme qu’installe Jane Campion permet de s’adapter à celui que vivent les habitants d’une petite ville perdue au bord d’un lac, au pied des montagnes, au cœur de la forêt. Un groupe de femme, mené par l’actrice Holly Hunter, s’installe sur un terrain appelé Paradise pour mettre de côté la société et se réapproprier leur corps, leur liberté. Elles oublient le rythme infernal des grandes villes comme est invité à le faire le spectateur. Mais cet apaisement apparent, cette magnifique nature vont être évidemment perturbés par un mal ambiant.

Une fillette de douze ans s’enfonce dans un lac, on découvre qu’elle est enceinte et l’enquêtrice Robin Griffin, jouée par une Elisabeth Moss un peu molle, se retrouve propulsée dans les secrets et manigances de la ville. Face au groupe de femmes se dresse une meute d’hommes dont le chef est incarné par Peter Mullan, le père de la fillette.
Jane Campion perçoit superbement les enjeux qui peuvent saisir une petite bourgade où tout le monde se connait et retranscrit vaillamment l’enfer que cela peut être.

Pourtant, personnellement, quelque chose ne fonctionne pas. Ce rythme qu’elle et Gerard Lee impose est trop proche d’un cinéma d’auteur qui jouerait avec l’oxymore d’évènement passif. N’appelons donc pas un chat ce qui est un chien, Top of the lake n’est définitivement pas une série. Il semble que Jane Campion, tout en déclarant que « la télévision est un nouvel eldorado […](qui) attire de plus en plus les auteurs qui, comme moi, trouvent qu’il ne se passe plus grand-chose dans le cinéma d’art et d’essai » ne soit finalement parvenue qu’à réaliser un long-métrage en sept parties. Un beau long-métrage cela étant dit malgré un écart déconcertant. Les personnages sont plus ou moins une accumulation de clichés. A l’image de ces femmes qui s’installent au bord du lac et que Jane Campion décrit ainsi : « Je suis curieuse de ces femmes, pas sexy mais qui se construisent une vie en marge, dans l’affirmation de leur liberté ». Dans les faits elles sont surtout d’une infantilité insupportable. Il est sublime et rare de voir au cinéma –non pardon à la télévision – des femmes normales, enrobées, âgées, en marge, alors pourquoi la réalisatrice a-t-elle tout gâché en leur faisant débiter des stupidités ? Ce n’est pas plus rassurant lorsque que celle-ci ajoute : « J’ai envie de les filmer car je suis comme elles… »

 

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