Arts & cultures/Cinéma & films

Chronique de l’été 14

Ingrid Lanoë, le 20/10/14

Il m’a pris l’envie, cet été, de continuer l’idée de Marguerite Duras à l’œuvre dans l’Eté 80 : une sorte d’actualité littéraire morcelée en épisodes afin de partager une autre façon de lire les informations. Un cinq reprises, au cours de l’été 2014, je me suis donc appliquée à cet exercice, voici celui du 3 juillet 2014 :

A well-worn stairway leads to a house on Oahu’s North Shore, November 1979. Photograph by Robert Madden, National Geographic

A well-worn stairway leads to a house on Oahu’s North Shore, November 1979. Photograph by Robert Madden, National Geographic

Le ciel est gris comme pour mouiller les esprits brûlés par les premières chaleurs. En ouvrant nos volets, c’est le maussade qui s’engouffre dans les pièces moites. Les baskets se trainent dans les flaques, les revendications se sont noyées un peu partout dans le monde. On préfère s’enrouler dans les drapeaux, véritable chromothérapie pour donner à l’été ses sourires. Sur la plage, au soleil, à la mer la fiction du bonheur commence ; la chaleur accable les corps, affaisse les esprits : les conversations sont échaudées jusqu’au crépuscule. Il n’y a qu’un allemand pour se réveiller en pleine journée.
L’homme aux yeux verts fête la musique dans sa ville natale, et au milieu de ses frères il aurait voulu se sentir chez lui, mais les cadavres en verre l’empêchent de marcher en chaussons. Quelle étrange soirée quand aucune note de musique ne parvient à vos tympans. Dormir pour oublier. Au petit matin il se traine vers la gare, la ville vomit encore, et lui fuit encore. Son reflet dans les vitres épaisses du TER lui plaît : enfin ses yeux marrons sont verts.
L’actualité n’est plus celle que du foot, et les drames de Wimbledon, ces tâches vertes sur les habits blancs, sont laissés aux machines à laver. Entre deux matches, je continue d’arpenter les couloirs de l’université, cherchant un jury à qui je pourrais réciter mes vérités en trois paragraphes.
(…)
Ce 3 juillet, les chats fuient leurs maîtres, les ouvriers s’activent sur les bitumes brûlants, et le moins de juin est rayé du calendrier. Les jours avancent à grande vitesse, nous nous croyons débordés, et pourtant notre table de travail n’imprime plus notre écriture. Dehors, j’appelle mon chat, une pie me répond et mes yeux sont verts. Je souris, naïve du spectacle de l’été 14.

Pour lire la chronique en entier : http://bergamesque.tumblr.com

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