Arts & cultures/Cinéma & films

L’arnacoeur est une arnaqueuse !

Suite à la rencontre avec François Ozon organisé dans nos Amphithéâtres pour le cours d’Industrie du cinéma en licence 1 de cinéma, voici un article sur son tout nouveau film : Une Nouvelle Amie. Évidemment il va falloir révéler l’histoire, en dire un peu plus que la bande annonce : donc si vous n’avez pas vue le film, regardez-le avant que l’on vous raconte tout !

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« Les garçons naissent dans les choux et les filles naissent dans les fleurs ; moi j’ai dû naitre dans un chou-fleur »

Une nouvelle amie de François Ozon

C’est une histoire d’amitié. La première séquence est particulièrement magnifique : des gros plans sur une femme qui se maquille ; jusqu’à ce que l’on découvre qu’elle est morte. Dès lors le ton du film est donné. Dans une atmosphère légère, ce film aux couleurs chaudes traite de sujet plus grave ; au premier plan le deuil qui entraîne l’histoire et au second, d’autres problématiques s’articulent autour de la féminité et de l’identité. François Ozon dit avoir d’abord cherché à composer une histoire d’amitié. Après la découverte de la mort de Laura, le film revient en arrière en quelques minutes pour retracer l’amitié entre elle et sa meilleure amie, Claire, la véritable protagoniste du film : une série de flashback montre leurs moments de bonheur en quelques plans clichés que Ozon utilise pour les détourner ensuite. Mais ce qui se démarque, c’est l’effacement du futur personnage principal derrière sa meilleure amie, toujours mise en avant. Sauf que c’est elle qui meurt. Claire promet d’honorer leur amitié « à la vie à la mort » en s’occupant de son mari et de sa fille. On verse dès lors, peut-être, une petite larme.

Mais l’enterrement n’est finalement presque que contextuel, le véritable élément déclencheur est ce que va découvrir Claire derrière la porte de la maison de son ancienne amie : le mari de Laura (soit le beau Romain Duris) est habillé en femme ! Il berce son bébé, coiffé d’une perruque blonde et vêtu d’une des robes de sa défunte épouse. C’est autour de cette image que tout le film va se construire : l’histoire est celle de Claire et de la relation qu’elle va créer avec cette nouvelle femme, une nouvelle amie, Virginia. Parce que Virginia a besoin de Claire pour exister, c’est elle qui l’emmène faire les boutiques ou danser en boite, et Claire a besoin de Virginia aussi, pour faire son deuil mais aussi paradoxalement pour ressentir sa propre féminité. Elle trouve sa place et devient une femme, elle aussi, elle qui avait toujours été dans l’ombre de Laura. Un autre personnage qui a son importance, c’est le bébé. Il est le symbole de l’être pure, c’est lui qui donne à cet homme un désir maternel. Il explique à Claire qu’il a recommencé à se travestir pour calmer le bébé qui pleurait ; il y aurait derrière une certaine notion de perversité, quelque chose justifié par l’amour et les sentiments. Il est étrange de constater que ce triangle mis en place doucement rappelle quelque peu Mommy de Xavier Dolan ; mais surtout, la problématique du genre – bien que très courante au cinéma depuis quelques temps- rappelle très fortement Lawrence Anyways. Le sujet, tout comme l’esthétique s’en rapproche assez ; François Ozon répond à cela qu’il n’y a pas d’inspiration notable de sa part et que pour lui, l’histoire n’est pas la même : il crée un couple, du moins il rapproche des personnages, lorsque Dolan les sépare.

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François Ozon cherche plutôt à nous relater à conte, une histoire finalement assez universelle, qui ne s’ancre pas dans un temps ou un espace définit. Le schéma du conte apparait d’ailleurs avec l’élément déclencheur : Claire est derrière une porte, elle frappe, personne ne répond, mais la petite curieuse va ouvrir quand même. Ce schéma permet à Ozon d’utiliser des images symboliques, à la limite du cliché, comme la renaissance de Virginia en véritable (enfin presque) femme, après son pseudo-suicide en sortant de l’hôtel (très prévisible, soit dit en passant : mais comment conclure ce film sinon ?). Mais les conflits internes des personnages semblent beaucoup plus pervers que ceux des contes. Tout comme Claire, et comme dans beaucoup de films de François Ozon, on ne sait pas quoi penser ; sur le ton léger du film vient se superposer une musique presque anxiogène où les fantasmes révélateurs des personnages viennent parfois prendre le dessus sur la réalité ; dans un style de film toujours propre au réalisateur qui semble dans une vague de film relativement pervers, entre autre depuis Dans La Maison.

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