Arts & cultures/Théâtre & spectacles

Rencontre avec Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philippe

Photo d'Alice Collin.

Photo d’Alice Collin.

 

Université Sorbonne Nouvelle, Salle 25, 11 heures du matin, Jean Bellorini, la trentaine, de noir vêtu, cheveux bruns,  assis sur une chaise, les lunettes en mains, face aux étudiants. Il est calme, accessible. Quelques secondes de gêne avant les premières questions puis il se lance. Tout d’abord il explique son travail de directeur, ses initiatives, ses souhaits, ses projets en cours et ses futurs, les difficultés à gérer un grand théâtre comme celui de Saint-Denis.  Plusieurs mots reviennent régulièrement : « responsabilité », « plateau », « jeune », « action », « éducation ». Il nous transmet avec une touchante simplicité  son amour du théâtre et sa joie de nous rencontrer en citant régulièrement une certaine Ariane Mouchkine. Sa voix est tremblante, sûrement intimidé de se voir là, devant des élèves à faire ce qu’il désirer tant : aller à la rencontre des jeunes, dans les collèges, les lycées, les universités, redonner de la valeur aux rencontres entre artistes et spectateurs, faire progresser le lien social sur lequel on parle tant mais qui en réalité n’est pas encore ce qu’il devrait être.

Il parle du TGP comme d’une maison dans laquelle chaque espace se doit d’être investi, comme une « mission », un « devoir » de prendre les choses en mains. De tenter, de risquer des choses même si le résultat n’est pas tout de suite concluant. Il raconte la démarche citoyenne qu’il a entreprise à Saint-Denis, rendre accessible le théâtre, en défilant avec une parade par exemple dans la Rue de la République. Ce qu’il souhaite avant tout : concerner. Il se définit également comme un homme de textes, prônant le retour du théâtre récit à l’ère des nouvelles théâtralités contemporaines, croyant qu’il faut un retour au texte, à l’auteur, et le metteur en scène serait le lien, le passeur, du langage écrit au plateau de théâtre. Plonger dans le texte, puiser dans celui-ci de la matière poétique. Réinvestir la parole et révéler au plateau ce qui se passe ici et maintenant. Le metteur en scène comme révélateur et observateur du hasard. « Il faut de l’intuition, être alerte à ce qui se passe sur le plateau ».

Photo d'Alice Collin.

Photo d’Alice Collin.

Les questions s’enchaînent et Jean Bellorini se cache derrière son écharpe en attendant la prochaine question. Comme s’il était à notre niveau, surpris qu’on lui pose toutes ces questions. Il y répond tranquillement et justement, avec la même vérité à chaque fois : le seul guide c’est le plateau. Il parle également de la musique, qui pour lui, est inhérente au théâtre. Tout est musique donc théâtre. Un acteur est un chanteur, un danseur est un acteur, les disciplines se croisent au plateau, sans différences marquées. Et puis comme un Molière, il nous parle de troupe, d’acteurs-amis de longue date, de chemin fait ensemble,  de cohésion,  des grands textes, des grandes scènes de France, de tournées, le théâtre comme on pouvait en rêver petit. Faire le tour du monde, apprendre de grands textes, jouer dans de grandes salles, bref, la vie de bohème. Jean Bellorini est jeune et ça fait du bien. On pourrait s’y voir à sa place. Il n’hésite pas à nous livrer des petits secrets, nous divulgue que là-haut il y a de la jalousie, des tensions, et que lui ne cède pas. Enfin, redonner la force aux mots. « Le théâtre public, c’est public, tout le monde peut y travailler ! » Comme un nouveau souffle, à la fois exigeant, simple et grand.

« On passe au plateau, allez! »

Photo d'Alice Collin.

Photo d’Alice Collin.

Tous les étudiants se précipitent sur le plateau, ils marchent, s’arrêtent, écoutent, continuent, Jean Bellorini les guide, leur parle de simplicité, de présence, d’ici et maintenant, il commente : « c’est juste, oui, continuez. ». Puis une idée lui vient en tête, les étudiants se rassoient, il amène une table au centre avec une bouteille vide dessus, fait une démonstration. C’est un exercice de présence. L’acteur entre, rencontre l’autre, le public, l’acteur d’un simple regard fait exister la bouteille et quand il le sent, la fait tomber, il laisse la bouteille résonner dans le silence, fait exister ce moment et disparaît. Comme une simple présence, comme un instant peut prendre tout à coup mille chemins possibles. La force du théâtre c’est peut-être ça. Une rencontre, un instant, unique, commun, éphémère. Alors merci Jean Bellorini d’être disponible, d’avoir envie et de donner envie d’y croire.

Par Flavien Bellec

 

 

 

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