Arts & cultures/Jeux vidéo

Sous le soleil de satan, The tribe, critiques perso

Bruno vous propose ici deux critiques au style libre.

The Tribe, Myroslav Slaboshpytskiy, 2014

thetribe

On suit Sergey, jeune sourd/muet, qui arrive dans un nouvel internat. Et là, boum ! Il est initié à la violence, pris sous le joug d’une bande qui fait régner plus ou moins le chaos dans l’institut et ses alentours : prostitution, trafics en tous genres. Et puisque c’était trop facile comme ça, il tombe amoureux d’Anna, qui fait le tapin pour la tribu dans l’espoir de quitter l’Ukraine.

Deux partis pris sont flagrants :
Tout le film (pas loin de 2h15) est en plans-séquences (23).
Surtout, pas le moindre dialogue oral. Tout est en langue des signes. Et sans sous-titres.

Ce film pour moi, c’est l’exemple type des limites inhérentes à des partis pris aussi forts. D’un côté, y’a quand même l’attrait pour la nouveauté : et rien à dire là-dessus, la langue des signes fonctionne parfaitement. La violence du geste, l’absence de communication, c’est un peu la rage contenue dans tous ses personnages d’ados perdus. Aucun voyeurisme à ce niveau-là, on est spectateurs au sens même d’un point de vue externe ; du coup, les actions paraissent encore plus brutales, comme sorties de nulle part puisqu’on n’était pas préparés avant. La force de ce parti pris, c’est qu’il permet tout le temps le surgissement. Aussi, y’a l’aspect « morceau de bravoure » : on réduit le cinéma à sa plus simple expression (visuelle) et, sans artifice, l’émotion est là.

Les plans-séquences, c’est assez problématique. Si certains cinéastes l’utilisent non-stop (Haneke bien sûr), il n’est pas toujours justifié à mon sens. Tour de force technique : oui, mais j’aurais plutôt tendance à penser : et alors ? L’effet sur l’audience ? Ici bien entendu, le plan-séquence n’est pas aérien, c’est plutôt une grande baffe pour dire : « eh, toi, tu vas regarder de bout en bout l’action, tu vas tout suivre dans les moindres détails, tu vas comprendre ce qui se passe au fur et à mesure pour pouvoir mieux te chier dessus ». C’est là que je suis mitigé : le systématisme détruit son impact. Alors bien sûr, la scène du curetage par exemple mérite un plan-séquence, ou encore la mise en scène de l’acte final est parfaite. Mais parfois, c’est bien plus compliqué que ça : pourquoi un plan séquence pour toutes ces scènes administratives avec Anna, qui fait ses papiers, qui se rend à la police, etc. ? Je veux dire, bien sûr que c’est défendable : décrire la lenteur des services, l’impossibilité des personnages à se déployer dans un cadre cinématographique/légal trop établi… Mais C’EST JUSTE CHIANT ! Ou alors il y a un problème de montage (pourquoi ne pas couper le plan avant ?) ou alors un problème de mise en scène. Concrètement, plutôt que de faire office de soupape pour les scènes plus violentes, ça déglingue tout à fait la tension/l’attention.

The Tribe avait tout pour être un grand, je pense.

La violence parfois extrême marche bien comme catalyseur des problèmes sociaux, de la dénonciation d’un microcosme à celui du macro-Ukraine.

Deux scènes d’une beauté inouïe à retenir : le 69 entre Sergey et Anna et la séquence où Sergey mange les papiers d’Anna pour l’empêcher de partir, avant de se faire violemment punir par la tribu.

Sous le soleil de Satan, George Bernanos, 1926

souslesoleil
Mouchette flingue les vicelards, dégomme les bons sentiments et se fait une religion de son profil arrondi. Elle a seize ans et la vie, ben voilà, elle a plus rien à en apprendre.

Si l’abbé Donissan dépasse de finalement bien peu le stade du primate, ça ne l’empêche pas de croiser Satan au coin des fourrés, ou de voir le fond des âmes. Une mystification campagnarde lui donne des allures de sainteté, tandis que la discipline châtie bien et que le démon rôde.

Alors là, Bernanos arrive pour foutre le bordel dans ce qu’il nomme son « furieux rêve ».

Le prologue du livre est tout bonnement magnifique. Le génie se trouve déjà dans le personnage central de Mouchette qui est un feu d’artifice, un dynamitage complet des conventions. C’est une demoiselle construite avec un style résolument moderne – mais non moins élégant. L’intelligence et l’impertinence du traitement des personnages ne se laisse pas bouffer par le sensas’ de la tension noire qui n’a de cesse de faire reluire ses quenottes.

C’est ensuite une autre paire de manches. Tout est passé à la moulinette. Aller-simple pour l’étage nival qui, paradoxalement, est le passage qui explique le titre. L’altitude nous rapproche-t-elle du grand astre ? Les sens, la couleur, la chair et l’odeur de la poudre déroulent le tapis rouge au trip métaphysique extrêmement ardu.

Car voilà, le bouquin fini tristement engoncé dans une chape philosophico-religieuse. Parfois finaud, mais trop souvent délié et abscons… La logorrhée harassante des gens de Dieu, de concert avec les trémulations de la foi, éclipsent des rayons sataniques dont l’éclairage renoue pourtant avec l’intensité du prologue.

Tantôt, des éclats ressurgissent, avec le suicide de Mouchette ou le miracle du pseudo-saint (et inversement) Donissan, mais le joyau est terni.

Par Bruno L.

 

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